Ni gazole ni essence dans les pompes. A Lille même, dimanche matin, aucune station-service n’est ouverte. A la station près de l’hôtel de ville, Ingrid, avec son petit chien et ses 72 ans, se promène, hèle les automobilistes qui tentent leur chance : «On va encore dire que les mamies ne savent pas lire !» se moque-t-elle, ciblant une conductrice à cheveux blancs. En effet, l’habituel affichage lumineux des prix n’affiche que des rangées de 0, signe tangible de la pénurie. Terme que la préfecture du Nord récuse, préférant parler de «difficultés d’approvisionnement». La dame, dans sa voiture, ne le prend pas mal : «J’ai espéré…» dit-elle avant de quitter les lieux. Ingrid enchaîne : «Hier soir, ils faisaient la queue avec des belles voitures, alors qu’il ne restait que du diesel. Je leur ai demandé, ils étaient tous à l’essence, ils bloquaient la file pour rien !» Ce qui l’a bien fait rire.
Pas d’autres solutions que de se rabattre sur l’hypermarché Cora, à Villeneuve-d’Ascq, un petit dix minutes du centre-ville de Lille. Pas la peine de tenter BP sur la route : la préfecture du Nord a publié la liste des stations «avec file d’accès prioritaire» réservée à des professions ciblées, forces de police, soignants et ambulances, et elle en fait partie. On a été échaudée vendredi au Carrefour de Lomme, dans la banlieue de Lille : la file prioritaire était la seule existante, les automobilistes lambda étaient déroutés ailleurs. «Réquisitionné pour




