Alors que la mobilisation des agriculteurs reflue, après près de deux semaines de mobilisation, un nouveau front vient de s’ouvrir. Lundi 22 décembre, la Chine a pris les premières mesures douanières contre les exportations laitières de l’Union européenne découlant de l’enquête lancée par Pékin en août 2024, en rétorsion aux taxes sur les véhicules électriques fabriqués en Chine.
A partir de ce mardi, les producteurs laitiers européens verront la majorité de leurs marchandises taxée de 21,9 % à 42,7 %. Une mesure «provisoire» avant l’annonce, le 21 février, des droits définitifs. Sont visés par les taxes les fromages frais et transformés, les fromages bleus ainsi que certains laits et crèmes. La poudre de lait, qui pèse quasiment autant dans les exportations que tous ces produits réunis, n’est, elle, ni concernée par l’enquête de Pékin, ni par les nouveaux frais de douane.
«C’est inacceptable», a réagi sur X la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, promettant de «contester fermement cette décision» avec les autres pays européens.
C’est surtout la crème, déjà taxée à 15 %, qui sera touchée, a précisé à l’AFP François-Xavier Huard, PDG de la Fédération nationale de l’industrie laitière, qui représente les géants privés du secteur comme Lactalis, Danone ou Bel. Sur les 34 000 tonnes de fromages européens exportés en Chine, seules 6 000 tonnes viennent de France. En revanche, l’Hexagone produit la moitié des 100 000 tonnes de crème exportées.
Un «coup de massue»
La France a exporté pour près de 370 millions d’euros de crème, lait et fromages vers la Chine en 2024. Sur les neuf premiers mois de 2025, les exportations ont atteint 245 millions d’euros, en légère baisse par rapport à l’année précédente sur la même période, selon les douanes.
«C’est un choc, un coup de massue […] notamment pour le groupe Savencia, qui a été longuement mobilisé par les autorités chinoises» lors de l’enquête chinoise, portant sur des accusations de subventions illégales perçues par le secteur laitier européen, a déclaré François-Xavier Huard.
L’industriel, qui a annoncé l’ouverture d’une «phase de contre-argumentaire» avec les autorités chinoises prévient : «Si ces montants-là devaient perdurer, une grande partie des exportations de crème et de fromages vers la Chine vont être menacées. Et derrière, des producteurs, des territoires, notamment la Normandie, vont être directement concernés». Le message envoyé aux agriculteurs, en pleine crise face à la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), n’est «pas bon», a-t-il souligné.
Vers une baisse de la rémunération ?
Même inquiétude du côté de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL). Pour la branche spécialisée de la FNSEA, cette taxe est «une mauvaise nouvelle, susceptible d’entraîner des pertes de marchés», mais ne doit pas certainement pas entraîner une baisse de la rémunération des éleveurs par les industriels.
Malgré la hausse des prix et le maintien du niveau de la collecte de lait, qui pourrait dépasser les 23 milliards de litres en 2025, selon les chiffres du ministère de l’Agriculture, les organisations de producteurs ont tiré plusieurs fois la sonnette d’alarme quant aux risques de baisse de la rémunération des éleveurs ces dernières semaines, période traditionnelle de négociations entre producteurs et industriels privés mais aussi entre industriels et distributeurs.




