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Airbags défectueux : au moins 15 morts en France et des rappels de véhicules trop tardifs, selon Radio France

Selon une enquête publiée ce mercredi 8 janvier par Radio France, au moins 15 décès sont attribuables en France depuis 2016 aux airbags Takata, dont les défauts sont connus depuis au moins dix ans. Le groupe Stellantis est pointé du doigt.

Remplacement d'un airbag sur Citroën DS3, à Vitrolles, en juillet 2024. (Laurent Le Crabe/Hans Lucas.AFP)
Publié le 08/01/2025 à 14h22

Depuis 2016, au moins 15 personnes ont perdu la vie en France à cause de défaillances liées au scandale des airbags Takata, dont 14 en outre-mer. C’est ce qu’affirme une enquête de la cellule investigation de Radio France, publiée ce mercredi 8 janvier, qui met aussi en évidence des rappels de véhicules tardifs de la part des constructeurs, notamment les marques de Stellantis, Peugeot et Citroën.

Selon les informations de Radio France, la moitié de ces victimes conduisaient des Citroën C3, tandis que les autres circulaient à bord d’autres marques : DS, Mazda, Toyota, Ford ou Volkswagen. Le problème, concernant les airbags fabriqués par le japonais Takata (qui a fait faillite suite au scandale en 2017), est pourtant identifié depuis plus d’une décennie.

Interrogé par Radio France, Christian Grosjean, expert automobile en Suisse, explique : «Le défaut des [airbags] Takata, c’est qu’en plus d’éjecter le gaz pour gonfler les coussins de l’airbag, la pièce éclate. Et ces bouts de métal qui partent peuvent par exemple vous transpercer un œil.» Ce dysfonctionnement est lié à la présence de cristaux de nitrate d’ammonium dans la capsule de l’airbag. Cette substance, qui se transforme en gaz hautement instable, a été à l’origine d’autres catastrophes, telles que l’explosion du port de Beyrouth en 2020 ou de l’usine AZF, près de Toulouse, en 2001. Le risque est encore accru si le véhicule est situé dans une région humide et chaude : typique de la plupart des départements d’outre-mer.

Multiples alertes

En France, certaines marques ont pris des mesures préventives bien avant Stellantis : Honda a commencé à remplacer les airbags dès 2013, suivi de Toyota en 2015. Pendant ce temps-là, Citroën continuait d’équiper certains de ses modèles C3 avec des airbags Takata. Pourtant, selon les éléments recueillis par Radio France, le constructeur avait précédemment eu de multiples alertes de la part des autorités sur la dangerosité de ces airbags et aurait donc trop tardé à prendre des mesures radicales.

Ainsi, dès fin 2020, Stellantis prévient ses importateurs ultramarins qu’il faut changer les airbags de plusieurs modèles dont des C3 et DS3. «Ce qui nous pousse à déclencher ces rappels, c’est le résultat des différentes analyses que nous avons faites par prélèvement dans différentes zones du globe qui montrent que le risque est plus élevé dans les zones chaudes et humides comme les DOM [départements d’outre-mer]», explique Stéphane Cesareo, directeur de la communication de Citroën à Radio France. Mais le groupe n’envoie pas pour autant de courriers alarmistes de rappel aux conducteurs.

Ce n’est qu’après le décès d’un automobiliste dans les Hautes-Pyrénées, en novembre 2023, que Stellantis, annonce une mesure exceptionnelle, le 17 mai 2024. Le constructeur envoie un courrier dit «stop drive» à 600 000 propriétaires de C3 et DS3 dans une vingtaine de pays, leur demandant de cesser immédiatement d’utiliser leur véhicule en raison du danger mortel encouru.

A-t-il trop tardé à le faire ? Pour Charles-Henri Coppet, avocat de l’association Advairbag, qui regroupe les victimes françaises et leurs proches, seule une «enquête unique pourrait apporter des réponses plus solides aux victimes».

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