Après plusieurs semaines de mobilisations des chauffeurs de taxi, la manifestation du mercredi 11 juin sera-t-elle celle où ils obtiendront gain de cause ? Plusieurs centaines d’entre eux se sont réunis à Paris pour faire part de leur mécontentement contre la nouvelle convention de l’Assurance maladie, régissant le transport des malades en taxi, qui pourrait les impacter financièrement. Dans un concert de klaxons, les chauffeurs ont bloqué l’avenue de Bercy avec leurs véhicules, devant le ministère de l’Economie, dans le sud-est de la capitale. D’autres manifestants ont bloqué les bases taxis des aéroports d’Orly et de Roissy, mercredi matin, avant de se lancer dans des opérations escargots sur les autoroutes.
En fin de matinée, à l’issue d’une réunion entre les représentants de la profession et le ministère de la Santé, le gouvernement a proposé d’étudier leurs revendications. Le ministre, Yannick Neuder, a assuré qu’il fallait «continuer à travailler ensemble pour trouver des solutions qui soient d’intérêt national». Il a renvoyé une nouvelle réunion dans 15 jours. D’ici-là, l’Assurance maladie devra évaluer les propositions faites par les taxis.
Le président de l’Union nationale des taxis, Rachid Boudjema, a souligné que le ministre avait «compris que le système proposé» par l’Assurance maladie «n’était absolument pas viable pour les entreprises de taxis.» Les taxis sont toutefois prêts à se remobiliser en cas de déception, car ils sont «pris à la gorge», a fait savoir le représentant syndical.
45 % d’augmentation des dépenses en transport sanitaire
Si rien ne change, la nouvelle convention de l’Assurance maladie entrera en vigueur le 1er octobre. Ce nouveau système est censé reposer sur une prise en charge de 13 euros par la Sécurité sociale, puis un tarif kilométrique, afin de dissuader les retours à vide ou les temps d’attente trop longs.
L’objectif est de limiter les dépenses en transport sanitaire, qui ont augmenté de 45 % entre 2019 et 2024, pour atteindre plus de 3 milliards d’euros pour les taxis conventionnés. L’Assurance maladie souhaite économiser de l’argent en développant des plateformes de transport, centralisant les demandes, pour rationaliser les allées et venues des taxis.
Les taxis craignent que le temps d’attente lorsque le patient est en consultation ne soit plus rémunéré. Le chiffre d’affaires de certains chauffeurs de taxi repose parfois aux deux tiers sur le transport de malades vers les hôpitaux ou leurs rendez-vous médicaux, notamment dans les zones rurales ou les petites villes.
La bataille contre les chauffeurs VTC
Autre grief des chauffeurs de taxi : les VTC. Ils les accusent de concurrence déloyale et de pratiquer la maraude - le fait de circuler à vide à la recherche de clients - ce qui leur est interdit. Ils réclament un moratoire sur le nombre de chauffeurs VTC et un gel des examens d’admission, en raison de l’afflux continu de chauffeurs sur les plateformes qui tirent leurs revenus à la baisse.
Le gouvernement a affirmé qu’il allait accentuer les contrôles pour s’attaquer aux fraudeurs. Une célérité qui a mis en colère les chauffeurs VTC à leur tour, reçus au ministère des Transports le 3 juin. Ils ont eux aussi appelé à une semaine de mobilisation à partir du mardi 10 juin.
Pendant la deuxième quinzaine de mai, la profession avait déjà bloqué gares et aéroports, et occupé certains axes dans plusieurs villes de France. Le secrétaire de la Fédération nationale du taxi (FNDT), Dominique Buisson, avait annoncé la reprise de la mobilisation à Pau, jeudi 12 juin. La capitale du Béarn avait été l’épicentre de la première contestation en sa qualité de ville du Premier ministre François Bayrou.




