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Contournement

La SNCF va lancer en 2027 un TGV Lyon-Bordeaux via l’Ile-de-France, le Massif central se rebiffe

La liaison Intercités entre les deux métropoles régionales, interrompue en 2014, va se transformer en une liaison TGV Ouigo via la gare de Massy dans l’Essonne, a annoncé l’entreprise ce jeudi 27 novembre. Au grand désespoir des acteurs économiques d’Auvergne et des usagers du Paris-Clermont.

Le PDG de la SNCF Jean Castex soutient le projet qu'«il faut faire parce que cela répond à une demande», dit-il. (Stéphane Mouchmouche/Hans Lucas. AFP)
Publié le 27/11/2025 à 9h24, mis à jour le 27/11/2025 à 13h46

Une nouvelle ligne low-cost. La SNCF a annoncé ce jeudi 27 novembre l’ouverture en 2027 d’une liaison TGV Ouigo Lyon-Bordeaux via l’Ile-de-France, afin de «répondre à une demande». Les trains s’arrêteront «à Massy en Ile-de-France, Saint-Pierre des Corps près de Tours, Poitiers et Angoulême», a déclaré à la presse Jérôme Laffon, directeur Ouigo au sein de SNCF Voyageurs, lors de la présentation à la presse des nouvelles offres Ouigo pour les deux ans à venir.

«D’ici 2030, nous allons avoir 30 % de rames en plus, 30 % de places de plus et 30 % de voyageurs en plus sur le réseau Ouigo», a ajouté Alain Krakovitch, directeur des trains TGV et Intercités au sein de SNCF Voyageurs. Selon lui, l’entreprise ferroviaire ambitionne de parvenir à «200 millions de voyageurs» sur l’ensemble de son réseau TGV en Europe qui comporte aussi la gamme Inoui, ainsi que Eurostar.

Pour y parvenir, Ouigo va recycler et rénover complètement les rames de TGV qui vont bientôt être sorties de la flotte Inoui et remplacées par des rames neuves construites par Alstom. Ouigo devrait ainsi voir sa flotte gonfler à 50 rames contre 38 actuellement.

«L’Auvergne encore à quai»

Cette nouvelle ouverture de ligne se fait au grand dépit des voyageurs, responsables économiques et élus du Massif central évincés du parcours alors qu’ils s’estiment déjà maltraités par l’entreprise ferroviaire. Le maire de Vichy (Allier) et vice-président chargé des Transports au conseil régional Auvergne-Rhône-Alpes Frédéric Aguilera «ne comprend pas l’obsession de contourner le Massif central», a-t-il protesté sur X. Dans son édition du 21 novembre, alors que les rumeurs de l’ouverture de cette ligne fusaient, le quotidien régional La Montagne titrait en première page : «L’Auvergne encore à quai».

Un train Intercités Lyon-Bordeaux passant par l’Auvergne et le Limousin a existé jusqu’en 2014, avant d’être abandonné pour raisons financières. En 2019, une coopérative ferroviaire avait lancé un projet, mais a dû y renoncer. De son côté, le PDG de la SNCF Jean Castex soutient le projet. «Il faut le faire parce que cela répond à une demande», a-t-il expliqué en marge d’un déplacement cette semaine à Sète (Hérault).

«Et en même temps, il faut aussi améliorer la desserte» ferroviaire «du Massif central» a-t-il ajouté, reconnaissant les problèmes récurrents de pannes de locomotive hors d’âge et de retards géants dont souffre la liaison Paris-Clermont depuis des années. «Pour moi la priorité, c’est le Paris-Clermont, je me rendrai sur place bientôt», a souligné l’ancien Premier ministre.

«Tiers-monde ferroviaire»

Florent Menegaux, PDG du groupe Michelin dont le siège est à Clermont-Ferrand, s’était lui-même ému début 2025 devant une commission du Sénat de la mauvaise desserte de la ville, qui fait selon lui partie du «tiers-monde en matière ferroviaire». «C’est un vrai handicap d’être obligé de prendre la voiture […] quand le train est aléatoire dans ses horaires», a-t-il critiqué le 9 novembre dernier sur France 3.

«Je comprends le besoin immédiat d’avoir un TGV Lyon-Bordeaux, mais il faut remettre de la transversalité dans le transport», a pour sa part estimé Stéphanie Picard, qui dirige le collectif «les usagers du train Paris-Clermont». «Il n’y a pas que les Lyonnais qui ont le droit d’aller à Bordeaux, les gens de Clermont, d’Aurillac, de Vichy, de Brioude, de Lozère ou du Cantal ont aussi le droit d’aller à Lyon et à Bordeaux», a-t-elle déclaré. Ce que ne permet pas la liaison TGV évoquée.

Même discours chez Renaud Lagrave, vice-président du conseil régional de Nouvelle-Aquitaine. «Tant mieux pour ceux qui veulent faire du Bordeaux-Lyon, qui auront une offre possible. Mais la vérité m’oblige à dire que ce n’est quand même pas la route naturelle. […] J’aurais préféré que la SNCF annonce des travaux sur la ligne qui est actuellement fermée. Il y a des territoires ruraux qui auraient pu être mieux desservis grâce à ces transversales, et on sait bien que dans notre pays, les transversales, elles n’existent pas beaucoup.»

Pour recréer une liaison transversale Lyon-Bordeaux sous forme d’un train dit «d’équilibre du territoire» (TET ou Intercités), «il faut poser la question à l’autorité organisatrice qui est l’État», a pointé Jean Castex. «Si l’État dit faites-le, nous le faisons tout de suite.»

Le collectif Aurail, qui regroupe diverses associations d’Auvergne-Rhône-Alpes, appelle «à se mobiliser» en faveur du ferroviaire en participant à la consultation publique sur les mobilités de la région jusqu’au dimanche 30 novembre.

Mise à jour à 13 h 45 avec l’officialisation de l’ouverture de la ligne en 2027.

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