Un constat préoccupant pour la sécurité des mineurs en voiture. Près de deux enfants sur trois voyagent avec un siège mal installé ou inadapté. Une négligence souvent invisible aux yeux des parents mais aux conséquences graves en cas d’accident, alerte l’association Prévention Routière dans une enquête publiée jeudi 22 janvier.
L’organisme s’appuie sur le projet d’étude OURSE (Observer sur les Routes la Sécurité des Enfants), qui croise des observations de terrain de 2024 et l’analyse d’accidents mortels. Si 89 % des moins de 10 ans disposent d’un siège auto, l’erreur humaine reste massive (62 %). Le piège réside souvent dans l’inattention ou la méconnaissance. «Dans bien des cas, malheureusement, l’enfant est mal attaché alors que le parent croit de toute bonne foi l’avoir bien fait», comme le souligne Christophe Ramond, directeur des études et recherches de l’association.
«Bien serrer»
Pour les plus petits maintenus par un harnais (bretelles de sécurité), le danger vient d’un mauvais ajustement. Dans 21 % des cas, les épaules ne sont pas retenues, souvent à cause de vêtements trop épais qui créent du jeu. «Lorsque les enfants ont des manteaux de pluie, des grosses doudounes, on a du mal à régler le harnais et à bien serrer, c’est ça le problème», complète Christophe Ramond. «L’enfant va être projeté partiellement de son siège auto, il risque de se blesser par exemple gravement à la tête en percutant un montant de porte», alerte-t-il. D’ailleurs, les blessures les plus sévères concernent la tête (54 %), la colonne vertébrale (15 %) et le thorax (13 %).
Chez les plus grands sur rehausseurs (sièges surélevant l’enfant), le risque majeur concerne le mauvais positionnement de la ceinture ventrale. Si elle est placée trop haut sur le ventre au lieu des hanches, elle peut provoquer des lésions internes graves.
Stéphane Buffat, directeur du Lab (Laboratoire d’accidentologie et de biomécanique), met en garde contre ce «phénomène de sous-marinage», où le corps glisse sous la ceinture. Un risque d’autant plus critique que le choc est «fulgurant» : «L’accident c’est 100 millisecondes, c’est un battement de cils», rappelle l’expert.
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Même les dispositifs modernes comme l’Isofix (fixation métallique au châssis) ne garantissent pas le zéro défaut : le troisième point d’ancrage antibasculement est oublié une fois sur dix.
Ces négligences transforment l’habitacle en «danger mortel». L’analyse de 100 accidents récents montre que 46 % des enfants tués étaient mal attachés. Selon l’association, la sévérité des blessures aurait pu être réduite pour au moins un enfant sur deux.
D’après l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR), 14 000 enfants ont été blessés sur les routes françaises en 2024, dont 700 grièvement. Et 46 ont perdu la vie, soit près d’un enfant par semaine.




