Comme attendu, le passage au Sénat fait prendre un sérieux virage à droite au budget. La chambre haute a voté samedi 22 novembre pour augmenter la durée annuelle de travail des salariés de douze heures supplémentaires, de 1 607 à 1 619 heures par an. Le tout, au lendemain de la validation par la Cour de cassation de la possibilité de faire travailler un salarié douze jours d’affilée.
Un amendement du sénateur UDI Olivier Henno, voté par l’alliance majoritaire entre la droite et le centre au palais du Luxembourg, a été adopté à 199 voix contre 135 dans le cadre de l’examen du budget de la Sécurité sociale. Les chances de cet amendement d’aboutir dans la version finale du texte paraissent nulles, tant l’immense majorité des parlementaires ont fait part de leurs doutes sur la capacité des deux chambres à s’entendre pour un texte commun pour 2026.
L’amendement est en revanche un moyen pour la droite sénatoriale de relancer l’ultra-sensible débat sur le temps de travail, la droite parlementaire y voyant un moyen commode pour remplir les caisses de la Sécurité sociale. «On ne pourra pas s’en sortir si on ne crée pas plus de richesses. Pour produire plus de richesses, il faut investir plus, mais surtout augmenter le temps de travail», s’est justifié Olivier Henno, qui bataille par ailleurs contre l’augmentation des prélèvements sur le capital, comme la flat tax. Et l’élu du Nord de donner du concret pour relativiser l’effet de sa proposition sur le temps de travail des Français, qui ne reviendrait pas sur les 35 heures hebdomadaires prévues par la loi : «Douze heures de travail rémunérées par an, c’est une heure par mois, 15 minutes par semaine.» Un moindre mal, semble-t-il dire, alors qu’il prévoit un rendement annuel supérieur à 10 milliards d’euros grâce à l’élargissement de cette assiette.
«C’est du lourd»
La gauche s’est insurgée face à cette proposition jugée «arbitraire et injuste». «Comment pouvez-vous parler d’efforts imperceptibles quand il s’agit de rajouter du temps de travail à des concitoyens qui exercent des métiers pénibles ?», s’est désespéré le socialiste Simon Uzenat à l’attention de la droite, dénonçant «une provocation absolue».
La mesure n’a pas franchement obtenu le soutien plein du gouvernement. «C’est du lourd», a ainsi réagi le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou. L’ancien président de la SNCF a beau se dire «solidaire» des objectifs de la mesure – combler les déficits – il a jugé inopportun de l’adopter dans le cadre de ce budget, renvoyant cette «piste de débat» à plus tard, notamment «dans le cadre de la conférence sociale Travail et retraites» qui s’ouvrira le 5 décembre.
Ce n’est pas la première fois que le Sénat émet des propositions de ce type : l’an dernier il avait voté pour ajouter une journée de solidarité supplémentaire (travaillée gratuitement) pour financer l’autonomie. L’ex-Premier ministre François Bayrou avait aussi investi ce terrain avec sa proposition très décriée de supprimer deux jours fériés. Deux propositions qui n’ont pas prospéré.




