Ils s’appellent Grégory, Marie, Jean-René, Alain ou Mady… Ils sont chauffeur routier, metteur en scène, pasteur, commercial… Et ils sont réunis au même endroit dans un but commun, récupérer des points pour ne pas perdre un précieux sésame : le droit de conduire leur véhicule. Cela s’appelle un stage de sensibilisation à la sécurité routière mais beaucoup de ceux qui y participent sont assez clairs là-dessus : ils ne sont là que pour retrouver 4 précieux points.
Pour son documentaire Crash diffusé ce soir sur France 2, Didier Cros a posé sa caméra durant deux jours pour suivre 12 conducteurs qui entretiennent des rapports particuliers avec leur voiture et le code de la route. Car tous estiment être de bons conducteurs; le problème ce sont les autres, eux ne sont que les victimes d'un système répressif et injuste. «Le permis à points c'est du racket, moi je me fais mon propre code de la route», estime Mady, chauffeur livreur qui aime à se faufiler entre les voitures avec son scooter. Grégory, routier et forte tête, a une vision de la sécurité routière très radicale : «La route c'est de la sélection naturelle, comme les guerres ou la famine.» Hugues lui justifie l'excès de vitesse : «A 130 km/h, c'est dangereux. Moi, je roule à 160, c'est la vitesse à laquelle je me sens bien.» Même si certains comprennent qu'il n'est pas tout à fait normal «de se mettre sur la gueule avec un type parce qu'il vous a dépassé deux fois», peu sont prêts à se remettre en cause. « Le permis est un diplôme, on devrait l'avoir à vie», dit l'un d'eux.
Les deux spécialistes de la sécurité routière qui mènent ce stage − un formateur et une psychologue − ont beaucoup de mal à calmer leur colère et leur frustration et à les amener à prendre conscience de l'irresponsabilité de leur conduite. «Sortez de votre voiture, prenez de la hauteur, la route est un espace social et suivre les règles est un acte de solidarité vis-à-vis des autres», essaient-ils de leur faire comprendre. La réponse d'Eric est révélatrice de leur état d'esprit qui aura peu changé durant ces jours : «Je n'ai rien contre vous mais ce que vous faites a autant d'impact que les cours de philo en terminale.»
On ressort frustré de cette heure passée avec des conducteurs qui ont accepté de se faire filmer et de livrer une réalité peu encourageante. Et le pire, c’est de se dire qu’ils sont la norme.
[ A quoi sert le code ? - Extrait de "Crash… ]
par france2




