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Interview

Olivier Schrameck : «Delphine Ernotte a une vision originale et ambitieuse de la mutation numérique»

Olivier Schrameck, du CSA, revient sur la nomination de la numéro 2 d’Orange à France Télévisions.

Olivier Schrameck à l'Assemblée nationale le 23 janvier. (Photo Laurent Troude pour Libération)
Publié le 24/04/2015 à 21h06

Au lendemain de la nomination de Delphine Ernotte-Cunci à la présidence de France Télé et après une procédure de désignation jugée opaque, le président du CSA, Olivier Schrameck, s’explique.

Photo Samuel Kirszenbaum pour Libération

La transparence sur la procédure de nomination du président de France Télé a suscité de fortes critiques.

La procédure ne comporte qu’une innovation par rapport à celle de Radio France : nous avons décidé de garantir la confidentialité dès lors qu’elle était réclamée par un candidat. Dans certaines entreprises qu’elles soient publiques ou privées, le fait de se porter publiquement candidat peut vous mettre gravement en difficulté.

Ce n’est pas anachronique à l’ère d’Internet ?

Lorsque nous veillons au pluralisme politique, on nous objecte que sur Internet il n’y a aucune règle. Lorsqu’on se préoccupe de la protection des mineurs, on nous objecte qu’il y a déjà eu des millions de visionnages sur les plateformes vidéo. Faut-il revoir le système des nominations publiques à l’ère des réseaux numériques ? C’est une problématique qui ne dépend pas de nous mais du législateur.

Vous vous attendez à des recours ?

Je n’ai aucune crainte. En revanche, il y aurait eu des problèmes juridiques si les auditions avaient été publiques ou si j’avais fait usage d’une voix prépondérante.

De recours pour partialité ?

Je n’ai pas de raison de douter de notre collégialité, sauf preuve inverse et administrée par la voie judiciaire.

Pourquoi Delphine Ernotte a-t-elle fait la différence ?

Au-delà de ses capacités et de son expérience, de son projet stratégique, elle a été appréciée sur sa personnalité. Elle a géré de très grandes organisations et exercé ses fonctions avec une attention constante à ses salariés et un engagement sans limites. Nous savons que l’entreprise est confrontée à de lourds enjeux, de nature financière et sociale. Il était important pour le CSA de désigner une personnalité en mesure de les affronter.

Mais elle ne connaît pas l’audiovisuel public…

L’audiovisuel est immergé dans l’univers numérique. Donc les activités d’Orange et de France Télévisons sont non seulement cousines, mais même consanguines. Orange fait également de la production et de la diffusion audiovisuelles, affronte la concurrence et l’évolution accélérée des techniques au service des utilisateurs. Le grand débat sur la fibre optique, le développement des technologies 5G, ce sont les mêmes types de problèmes d’ouverture à la modernité que ceux auxquels France Télévisions sera confrontée pour l’adaptation de la plateforme TNT - généralisation de la HD, ultra HD.

Le CSA met en avant ses capacités au dialogue social, alors qu’on parle de «cost-killeuse»…

Elle a montré en de multiples circonstances, parfois dramatiques, qu’elle savait aborder humainement ces problèmes de relations sociales. Le CSA ne désigne pas seulement un manager ou un technicien en tant que tels. Ce qui importe à un moment de mutation très profonde c’est la capacité d’anticipation et de renouvellement. D’ailleurs son projet stratégique n’est pas un programme tout fait mais la base d’une négociation avec les partenaires de l’entreprise.

Fallait-il donc quelqu’un du privé ?

Orange est issu de France Télécom, la culture du service public imprègne l’histoire de cette entreprise. Dans le projet de Delphine Ernotte, l’importance du service public et de ses principes est omniprésente.

Quels éléments concrets vous ont séduit dans son projet ?

Plusieurs. Elle insiste notamment sur le rapport avec les producteurs. France Télévisions, doté d’un budget de 2,8 milliards d’euros, représente la source principale de la production audiovisuelle française et la transparence est fondamentale. Elle a une vision originale et ambitieuse de la mutation numérique qui doit irriguer le groupe. Du point de vue de la méthode, elle est attachée à la clarification et à la décentralisation des responsabilités. Et sensibilisée aux questions d’éthique et de gouvernance.

Sur le contenu ?

Elle exprime une volonté de renouvellement, d’audace, de recherche et de développement avec comme objectif de développer un lien avec les téléspectateurs dans leur diversité, notamment en luttant contre le vieillissement de l’audience.

Ne va-t-elle pas devoir faire mieux avec moins, comme Mathieu Gallet à Radio France ?

Le gouvernement a dit qu’il ne garantissait un maintien des crédits que jusqu’en 2016. Il faudra affirmer la gratuité là où elle est indispensable, comme en matière de retransmissions sportives majeures, mais il faudra aussi rechercher des diversifications financières.

La tutelle poussait à une mutualisation des moyens…

Le projet de la future présidente met l’accent sur les ressources considérables que pourrait permettre la mise en commun de différents moyens des pôles publics de l’audiovisuel.

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