Il y a deux manières de fêter les 70 ans de la fin de la Seconde Guerre mondiale à la télévision. La première consiste à chausser des gros sabots, à jouer la carte du storytelling – quitte à prendre quelques libertés historiques – et à coloriser tout ce qu'on peut trouver. C'est pour cela que France 2 nous ressort son Apocalypse, désormais décliné à toutes les sauces, et TF1 inaugure Délivrance, un film historique à base d'images colorisées – on vous avait prévenus – mais avec des témoignages d'anonymes.
La seconde repose sur un résultat moins clinquant mais d'autant plus passionnant. C'est la voie suivie par Stalingrad, un documentaire diffusé en trois épisodes sur France 2 et proposé dans le cadre de la case Infrarouge (encore elle, décidément). Ce film permet de reconstituer, sur la base d'archives – non colorisées – et de témoignages de correspondants de guerre, cette bataille qui a changé le cours de la Seconde Guerre mondiale. La force de cette trilogie écrite par Pascale Lamche et Daniel Khamdamov repose sur la puissance des images tournées par les opérateurs russes dans des conditions incroyables, au plus près des combats, puis reconstituées en un grand récit palpitant de plus de deux heures au total. Avec sobriété et au service de la rigueur historique.
Le premier épisode nous amène de juin 1941, quand l’Allemagne nazie décide d’envahir l’URSS, à juillet 1942, lorsque les forces allemandes se retrouvent au bord de la Volga. La prise de Moscou a été évitée de justesse et Hitler vise désormais le pétrole du Caucase. Surtout, il entend faire de la conquête de Stalingrad un symbole et espère prendre la ville en quelques jours. Staline aussi veut faire de la ville qui porte son nom un emblème et il décrète un mot d’ordre – «Plus un pas en arrière» – qui augure de la terrible bataille et des 1,2 million de morts à venir.
Le deuxième volet nous amène au cœur des combats et explique comment la résistance russe s’est organisée durant trois mois, dans un secteur de seulement quelques kilomètres carrés de la ville, au prix de dizaines de milliers de morts. Les soldats allemands avançaient avec toute leur machine de guerre quand les Russes répliquaient par du combat de rue, sans relâche.
Dans le troisième épisode, on comprend pourquoi la résistance de Stalingrad était si importante, car elle a permis aux généraux russes d’organiser une contre-offensive massive qui va servir, en quelques jours, à encercler les soldats allemands dans la ville. Coupé de toute retraite et de tout renfort, le général Paulus est forcé à se rendre après trois mois d’une bataille qui a fait 400 000 morts côté allemand et 800 000 côté soviétique. La guerre, elle, prend un autre tournant.




