Depuis le 8 mai, l'offre de séries originales Netflix a pris un coup de vieux. Du moins en termes de moyenne d'âge de casting. Grace et Frankie est le nouveau bébé en treize épisodes signé Marta Kauffman (cocréatrice de Friends) et Howard J. Morris (vétéran de la comédie télévisuelle plus ou moins drôle, genre Papa bricole). Le pitch est le suivant : les septuagénaires Robert (Martin Sheen) et Sol (Sam Waterston) sont depuis longtemps collègues et amis. Et même plus encore, puisqu'ils sont depuis deux décennies secrètement amants, en mode Brokeback Mountain.
Un soir, au restaurant, les deux compères vident leur sac devant leurs épouses respectives, Grace (Jane Fonda) et Frankie (Lily Tomlin), à qui ils annoncent leur désir de mariage («car on peut, maintenant») après des années d'amour clandestin. Robert et Sol emménageant ensemble, leurs deux ex que tout oppose (la blonde coincée, la brune hippie) vont passer quelque temps sous le même toit, dans la maison de plage commune.
L'accueil critique américain – majoritairement des articles écrits par des journalistes n'ayant vu que les six premiers épisodes – n'a pas été des plus bienveillants, certains s'attendant visiblement à une comédie plus drôle venant d'une des responsables de Friends. La faute à une promotion peut-être trop portée sur la gaudriole, comme en témoigne d'ailleurs la bande-annonce, alors que la série est clairement qualifiable de «dramédie» – et sans trop en dévoiler, c'est peu dire que cette première saison ne s'achève pas dans un grand éclat de rire.
Certes imparfaite – l'humour un peu facile sur l'opposition entre les deux héroïnes, façon Absolutely Fabulous, tombe parfois à plat malgré la complicité des deux actrices déjà réunies dans le film Comment se débarrasser de son patron en 1980 –, Grace et Frankie réserve malgré tout quelques francs moments de rigolade. Les meilleurs exemples en la matière proviennent des quatre personnages d'enfants trentenaires accusant le coup après les révélations parentales, un peu dans l'esprit de la série Transparent produite par Amazon et visible sur OCS, dans laquelle un père de famille retraité assume son identité transgenre auprès des siens. Parmi cette jeune génération, on retiendra la prestation hilarante de June Diane Raphael, aperçue auparavant dans des films comme Légendes vivantes (Anchorman 2) et des séries comme New Girl et Burning Love.
Pour certains observateurs – à l'image du très terre à terre critique de Variety –, la série est surtout remarquable d'un point de vue économique, marquant l'ouverture de Netflix à un public plus âgé. Comme s'il fallait être soi-même en préretraite pour apprécier les tribulations de cheveux blancs et nécessairement ado attardé pour jubiler devant Daredevil. Souvent touchant, aussi bien via ses personnages septuagénaires que leur progéniture trentenaire, Grace et Frankie mérite bien mieux que ces simples considérations marketing.




