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Une heure, pas plus ?

«Kholat», frissons sous la neige

Une heure, ça suffit, au moins pour savoir si on a envie de continuer… Aujourd'hui, un jeu d'exploration glacial et horrifique.

Pas très rassurante, l'ambiance... (Photo DR)
Publié le 20/06/2015 à 14h59

La première heure d'un jeu est fondamentale. Avec un nombre de sorties devenu astronomique, les créateurs doivent, dès les premières minutes, réussir à convaincre les joueurs de persévérer. On va voir si, pour Kholat, ils ont réussi.

Pourquoi lui ?

Par hasard. Parfois, on a entendu parler d'un jeu des mois ou des années avant sa sortie (c'est un des objectifs de l'E3, qui vient de se terminer). Parfois, des sites spécialisés ou des amis nous conseillent de s'essayer à un nouveau titre. Et puis, d'autres fois, sans trop savoir pourquoi, on traîne sur les plateformes de jeux comme Steam, le PS Store, le Nintendo e-shop ou le Xbox Live, en espérant trouver un truc séduisant. On sait très bien qu'on a une liste longue comme le bras de jeux à tester, mais on ne peut s'empêcher de scroller sur la page des dernières sorties ou celle des meilleures ventes. C'est comme ça qu'on est tombé sur Kholat sur Steam. Jeu à la première personne, indépendant, qui a l'air de faire peur. Bingo. On tremble encore rien qu'en se souvenant de notre périple dans Amnesia : The Dark Descent en 2010. Ce serait dommage de passer à côté de nouveaux cauchemars…

Insert Coin

Kholat est un jeu développé en Pologne dont l'intrigue est tirée d'une histoire vraie qui est racontée en introduction par une série de planches dessinées. Il s'agit de l'affaire du col Dyatlov où neuf étudiants disparurent dans le nord de l'Oural dans des conditions inexpliquées et mystérieuses qui donnèrent naissance à tout un tas de croyances. On débarque donc dans une ville enneigée, on suppose qu'on va tenter d'élucider ce mystère. On suppose, parce qu'il n'y a aucune indication, juste cette gare, cette ville déserte, et nous. On déambule alors avec un sentiment de fausse liberté, car la seule sortie possible est ce petit sentier qui s'enfonce dans la forêt. La musique douce se mue alors en mélopée inquiétante. On doit être sur la bonne voie. «Venez-vous à moi ?» demande alors une voix venue de nulle part. Brrr… On finit par arriver à un campement perdu en plein milieu d'une tempête de neige. L'acte 1 se conclut ici. Le jeu peut commencer.

Contexte

Kholat est un jeu d'exploration où le joueur se retrouve paumé au milieu des montagnes, avec de la neige et du vent dans les oreilles, sans trop savoir quoi faire ni où aller. Mais il a avec lui une carte détaillée et une boussole. Sur cette carte sont indiquées les coordonnées GPS de neuf lieux. Il va sans doute falloir aller voir par là-bas. Ce qui ne va pas être une mince affaire, parce qu'on est loin des cartes classiques dans les jeux vidéo ou le joueur est localisé en temps réel, et où son prochain objectif clignote. Non, ici, on a une boussole et une carte en papier, point. Et là, on se souvient de s'être moqué des demi-finalistes de Koh-Lanta pendant la course d'orientation et on fait moins le malin.

Mais le premier passage obligé, c'est sans doute ces gros rochers là devant. On s'y rend, on trouve une page d'un journal, celui d'un des enquêteurs qui est venu étudier les lieux après la disparition. S'ensuit un phénomène étrange à base de pierres qui volent et de fumée colorée. Bizarrement, on se sent rassuré par ce premier contact surnaturel qui arrive bien trop tôt dans le jeu. On passe d'une ambiance inquiétante, avec une menace indicible (comme dirait Lovecraft), à du fantastique beaucoup plus balisé. Un premier faux pas qui, peut-être, en dit beaucoup sur Khorat.

Et ensuite ?

Bon, on vous passe les moments où on est perdu au milieu de nulle part parce qu'on a confondu le Nord et le Sud sur la boussole. Kholat est un jeu lent (on évite de trop courir, sauf pour fuir, ça fatigue). On avance donc péniblement dans des décors plutôt réussis, même si on finit par avoir l'impression de se promener dans les clichés du genre. Le village abandonné dont l'église se détache dans un paysage éclairé par la lumière blafarde de la pleine lune, la silhouette lumineuse étrange qui s'estompe quand on se rapproche, l'apparition menaçante sous la forme d'une fumée noire aux contours humanoïdes, et la voix qui nous guide et nous menace. Tout ceci aurait finalement pu être sympathique si on avait un tant soit peu l'impression d'avancer dans l'intrigue. Mais la narration éclatée, qu'on a déjà vue dans des titres comme Dear Esther, Gone Home ou The Vanishing of Ethan Carter, peine ici à captiver.

Continue ? 9… 8… 7… 6… 5… 4… 3…

Oui, bon, peut-être, mais c'est bien parce qu'on a lu a posteriori que Kholat n'était pas bien long et qu'il se bouclait en quatre ou cinq heures. C'est dommage, car les intentions des développeurs du studio Imgn.pro étaient sans doute bonnes. Mais leur titre manque de consistance et des petits détails pénibles - comme ce monstre qui surgit de nulle part et nous tue, nous obligeant à revenir quinze minutes en arrière sans plus d'explications - viennent polluer l'expérience. Bon, on avoue, on a quand même eu quelques jolis «jump scares» et l'environnement graphique est assez bluffant pour un titre indé, mais ça n'a vraiment pas suffi pour nous accrocher à cette enquête paranormale.

«Kholat», sur PC, 18 €

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