Il était souvent appelé à commenter l'évolution de la télévision et celle de Canal+ en particulier, et il avait gardé tout son mordant dans ses analyses. A la fin de l'année dernière, il plaidait encore dans une interview au Monde que les patrons de chaine s'investissent dans des projets originaux. Le mois dernier, il taclait Jean-Pierre Coffe qui se répandait sur lui. Alain de Greef est mort hier à 68 ans et sa liberté de parole nous manquera, autant que sa liberté de création manque à nos écrans depuis près de 15 ans. Canal+ a confirmé au Monde sa disparition, annoncée par BFM business.
Depuis son départ de la chaîne cryptée en 2001, Alain de Greef avait réussi à garder une aura particulière dans le paysage audiovisuel français, là où normalement au mieux vous finissez sur une étagère poussiéreuse, et au pire vous êtes définitivement oublié. Cette persistance dans nos mémoires, notamment rétiniennes, tient en une litanie de noms : Les Nuls, Les Guignols, Jamel, Groland, La Grande Famille, Nulle Part Ailleurs, Karl Zéro, Lafesse, le Top 50… Tout ça c’était lui alors qu’il était grand patron des programmes de Canal+ et détenteur du fameux esprit du même nom.
Lui-même ne savait pas trop ce qu'était l'esprit Canal+ souvent associé par ses détracteurs à la fête et la coke qui était censée circuler par saladiers entiers à la grande époque. Deux ans avant son départ subi de la chaîne cryptée, il rappelait que celle-ci était née en 1984, au beau milieu «d'un concert de critiques, d'une haine médiatique qui a été enthousiasmante et a forgé une solidarité, et c'était peut-être ça l'esprit Canal».
Nous, on aura toujours tendance à penser que c’était d’abord lui. Parce qu’il aura incarné une autre manière de faire de la télévision, de lancer des concepts et des jeunes animateurs en se basant sur son flair et son talent de les placer au bon endroit, au bon moment. Et on ne lui doit pas que les grandes heures de la télé de divertissement mais aussi une refonte complète de la chaîne info i-Télé.
Aujourd’hui, Canal + vit toujours sur des formats et des concepts imaginés par Alain de Greef, mais la folie qu’il avait su leur insuffler n’est plus là. Mais l’esprit « de Greef » survit toujours à un héritage que ses successeurs n’ont pas su faire fructifier. Peut-être même comprendre.




