Les Guignols devraient rester à l'antenne de Canal + à la rentrée prochaine grâce à une mobilisation qui a permis de faire reculer Vincent Bolloré, le big boss très cow-boy de Vivendi, et donc de sauver la tête des marionnettes. Bonne nouvelle pour eux mais aussi pour nous. Car depuis quelques jours, vu l'ampleur du mouvement, on n'osait plus trop dire que ça fait un moment que l'on ne le trouvait plus très drôle, ce rendez-vous télé. On a même trouvé un peu gênants ces débordements énamourés adressés aux Guignols et à leurs auteurs.
Que Juppé prenne fait et cause pour eux en changeant sa photo de profil de Twitter par celle de sa marionnette, on voit bien l’intérêt du Premier ministre de 1995 de profiter de l’occasion pour rajeunir son image. Que tous les partis politiques - FN compris - suivent le même élan pour ne pas rester à la traîne d’un mouvement viral sur les réseaux sociaux, on peut comprendre aussi. Mais il y a quelque chose de bizarre à placer en rempart de la démocratie une émission de télé qu’on ne regardait plus que d’un air gêné.
Pourquoi gêné ? Parce qu'on les a tant aimés, probablement. Parce qu'il n'y a pas que nous qui avons vieilli. Eux aussi. Avoir gardé la marionnette de PPDA alors que son original n'est plus aux commandes du 20 heures de TF1 depuis sept ans en dit long sur le fossé entre cette émission et le reste du monde. Longtemps, cette marionnette portée en étendard était emblématique de son époque, d'une manière de faire de l'info, de percevoir le monde, d'en critiquer les excès, d'en rire. Aujourd'hui, elle n'est plus que l'emblème de son passé glorieux, avec moins de profondeur dans le regard qu'elle porte sur la société. Aujourd'hui, le mieux que puissent faire les Guignols, c'est être drôles.




