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Libération
Éditorial

«Les Guignols» : le message très clair de Bolloré

Publié le 26/07/2015 à 17h46

Vincent Bolloré peut perdre des batailles. Mais rarement la guerre. Tout le monde a cru les Guignols sauvés début juillet quand le patron de Vivendi, et donc de Canal +, expliquait, après les avoir menacés de disparition, qu'il n'était pas question d'abandonner ce programme. Et qu'il faisait bien partie des actifs de la chaîne cryptée. On saluait alors la mobilisation qui avait permis de faire reculer l'hyperactif homme d'affaires. Il fallait plutôt y voir un changement de stratégie pour parvenir à ses fins. Une mort plus lente, mais une mort certaine. Tout en conservant leur budget, les Guignols seront diffusés en crypté, juste avant le programme du soir. Lot de consolation : ils auront droit à une diffusion en clair sur Dailymotion dans la foulée. L'audience ne sera pas la même. Et l'impact des marionnettes en sera forcément limité. Or c'est ce qui faisait la particularité des Guignols : son impact - réel ou supposé - sur les débats, les carrières, les discussions de machine à café…

Samedi, dans le Parisien, est survenue la deuxième lame : au moins une partie des auteurs - les historiques, comme on dit - vont laisser leur place à une nouvelle génération. Jusqu'à présent, la succession des auteurs des Guignols s'était gérée dans une forme de continuité, avec passage de relais, voire adoubement par les anciens. Là, Bolloré rappelle qu'il est aussi DRH. Et les prochains sauront qu'ils peuvent sauter à tout moment. On pourrait saluer cette volonté de renouvellement : une forme de lassitude s'était installée dans notre relation quotidienne avec les marionnettes. Mais il y a quelque chose de gênant dans la manière dont cela se passe. Un exemple : un chiffre circule sur le montant de la rémunération d'un des auteurs sur le départ. Un montant très élevé - plus élevé même que ceux habituellement avancés par les blogs d'extrême droite qui véhiculaient ce genre d'infos sur eux. Ça pue la manipulation médiatique à plein nez pour rendre plus difficile tout soutien aux auteurs, en première ligne dans la défense de leur programme.

En creux, cela pose forcément cette question au lecteur-téléspectateur : «Etes-vous sûr de vouloir défendre quelqu'un qui gagne autant d'argent ?» Et cela fonctionnera sans doute. Ceux qui vont prendre leur suite vont devoir être bons, très bons, pour éviter que la prochaine étape soit la disparition pure et simple des Guignols, dans l'indifférence générale.

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