«Marine Le Pen a prédit que je finirai SDF. Eh bien, peut-être. Mais pas avant de l'avoir envoyée en prison.» La phrase est signée Sophie Montel et s'adresse à la présidente du Rassemblement national : l'eurodéputée, aujourd'hui sans étiquette, mais trente ans de FN au compteur, publie le 13 mars Bal tragique au Front national, un livre (d'abord titré «Cul de sac»), qui n'est «pas un règlement mais un solde de tout compte», dit-elle. «Son» expérience du parti d'extrême droite, mais qui consiste plutôt en un dézingage en règle de ses anciens camarades. A commencer par le plus récent. L'élue a quitté la formation mariniste en septembre 2017, avec l'ancien numéro 2 du Front national, Florian Philippot, pour fonder les Patriotes. Mais après une défaite cuisante dans une législative partielle à Belfort, elle a vite claqué la porte du miniparti souverainiste, qu'elle codirigeait pourtant, en dénonçant «la divine solitude» de Philippot.
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Montel consacre d'ailleurs un chapitre à l'embrouille : à l'en croire, son ancien ami lui aurait fait un enfant dans le dos en lui faisant signer, sans son accord, une délégation de «budget 400», ces crédits alloués aux eurodéputés pour les dépenses liées à leurs activités politiques dans le cadre de l'UE. «Mi-février 2018 lors d'une conversation avec mon assistant accrédité à Bruxelles, je lui demande de se renseigner auprès du secrétariat du groupe EFDD pour savoir où en est mon budget 400. Nous finirons par nous apercevoir que seul Philippot et son assistant décident des dépenses. […] Et qu'il existe un pouvoir sur lequel figure une imitation de ma signature», écrit-elle. Peu importe que, selon nos informations, la signature en question a été réalisée par l'assistant accrédité en question…
Sinon, qu'écrit Montel sur Marine Le Pen ? Ce qu'elle avait déjà raconté à la police, lorsqu'elle a été auditionnée en juin 2018 dans le cadre de l'enquête sur les assistants parlementaires FN présumés fictifs. Dans cette affaire, le parti d'extrême droite est accusé d'avoir mis en place un système généralisé pour rémunérer avec des fonds de l'UE des personnes qui travaillaient en réalité pour la formation, mais avec la qualité d'assistant parlementaire européen. Une quinzaine de personnes, dont Marine Le Pen, ont déjà été mises en examen depuis l'ouverture du dossier, certaines, comme l'ancien comptable de la présidente de RN, Charles Van Houtte, pour «complicité de détournements de fonds publics».
L’affaire des assistants
Dans son livre, Sophie Montel assure que lors d'une «sorte de rentrée des classes des députés européens» organisée à Bruxelles le 4 juin 2014, Marine Le Pen aurait demandé aux eurodéputés FN nouvellement élus de ne choisir qu'un assistant parlementaire sur leur enveloppe et de laisser à Van Houtte le soin de choisir les autres, par le biais d'une délégation de pouvoir. Celle de Montel aurait été signée par elle le 17 septembre 2014. Lors de cette réunion, Le Pen aurait dit : «On ne vous ponctionnera pas votre indemnité, en revanche, chacun d'entre vous dispose d'une enveloppe budgétaire pour embaucher ses assistants. Je vous indique donc que vous aurez le choix de recruter par vous-même un assistant et que le reste de votre enveloppe d'assistance parlementaire sera mis à la disposition du mouvement», écrit Montel.
L'eurodéputée ajoute que, dans le cadre de cette délégation de pouvoir, sa collègue au Parlement européen Dominique Bilde aurait hérité à l'époque d'un assistant parlementaire du nom de Loup Viallet. Le jeune homme aurait par la suite écrit un mail à cette dernière, qui prouverait qu'il était payé par le Parlement européen alors qu'il travaillait en réalité pour le Front national. Envoyé le 5 janvier 2015 à Dominique Bilde, et intitulé «matériel efficace», ce courriel est reproduit in extenso dans le livre de Montel : «Chère Madame Bilde, je me permets de vous adresser la présente car j'ai appris aujourd'hui seulement qu'il existait une possibilité pour les collaborateurs européens de se voir attribuer du matériel professionnel. Travaillant dans les faits au Carré [le siège du Rassemblement national à Nanterre, ndlr], je ne puis cependant pas disposer de matériel financé par le Front national, puisque mon statut est celui d'un assistant parlementaire. Ainsi je travaille depuis quelque trois mois avec mon mini-ordinateur d'étudiant. […] C'est pourquoi M. Philippot m'a suggéré de vous écrire pour vous demander s'il était envisageable de disposer d'un ordinateur me permettant de travailler plus efficacement. […] Bien cordialement, Loup Viallet.»
Coïncidence ? Selon nos informations, doit être votée le 12 mars, veille de la sortie du livre de Montel, au Parlement européen en plénière, la levée de l’immunité parlementaire de Dominique Bilde, demandée par la justice française dans le cadre de cette enquête.




