Les tracteurs sont sagement garés en file indienne devant le nouveau complexe de cinémas qui a poussé le long de l’ancienne piste d’envol des avions de l’Aéropostale, à la sortie de Toulouse. Les agriculteurs en colère qui menaçaient de bloquer les abords du siège du quotidien la Dépêche du Midi, ce jeudi 12 novembre, ont finalement changé leur plan à la dernière minute. Les «Ultras A64» de Jérôme Bayle, l’éleveur du sud de la Haute-Garonne qui avait pris la tête de la contestation agricole durant l’hiver 2024, ont annoncé ce changement sur leur page Facebook. Une excellente illustration du débat du jour organisé par le quotidien régional avec Emmanuel Macron sur le poids grandissant des réseaux sociaux dans notre démocratie numérisée.
Des dizaines d’engins agricoles venus de tous les départements du secteur ont convergé dès le début de la matinée vers le périphérique toulousain. Les embouteillages habituels à l’heure de pointe ont juste été un peu longs que d’habitude. «Pas de blocage», «pas de dégradations», défilé «sur une seule file» : les consignes d’action des «ultras», qui avaient jadis bloqué l’autoroute entre Toulouse et Tarbes, se voulaient volontairement modérées.
«Des efforts pour produire proprement»
Pendant que le président de la République échangeait avec un public trié sur le volet, les agriculteurs ont retrouvé leur ministre à l’autre bout de la ville. Annie Genevard et ses conseillers leur ont donné rendez-vous sur le campus universitaire de Rangueil. Les discussions se sont déroulées à huis clos dans les locaux de l’Ecole nationale de l’aviation (Enac), mitoyenne du Centre national d’études spatiales, où Emmanuel Macron avait prévu de se rendre après son débat. A 14 heures, la petite troupe de journalistes qui fait le pied de grue devant l’entrée voit passer, sans s’arrêter, un long cortège présidentiel.
La question de la ratification des accords commerciaux avec les pays du Mercosur figure parmi les principaux griefs des agriculteurs en colère. «On ne peut pas accepter d’être concurrencé par des importations de viande à bas coût venues d’Amérique du Sud alors qu’on fait des efforts pour produire proprement», témoigne Tony Cal, un jeune éleveur venu en éclaireur. Ce responsable des Jeunes Agriculteurs du canton de Verfeil, sur les terres balafrées par le chantier de l’A69 à la limite avec le département du Tarn, a traversé le périphérique en solitaire. Il se déclare aussi très préoccupé par l’épidémie de dermatose bovine qui a fait son apparition dans les Pyrénées, après avoir durement frappé les Alpes cet été.
Finalement, en milieu d’après-midi, Annie Genevard a fait savoir que la rencontre entre le chef de l’Etat et une délégation d’agriculteurs avait bien eu lieu. Selon la ministre de l’Agriculture, Emmanuel Macron «a été extrêmement clair» pour leur dire que le projet d’accord entre l’UE et le Mercosur, «tel qu’il existe aujourd’hui, recueillera un non très ferme de la France».




