Une énième tentative pour éteindre le feu. La ministre de l’Agriculture Annie Genevard a de nouveau appelé samedi 3 janvier à la «désescalade», dans un entretien à la Tribune Dimanche. Les syndicats agricoles rencontreront le Premier ministre en début de semaine et veulent relancer leur mobilisation face notamment à la crise de la dermatose bovine.
Assurant vouloir défendre les intérêts de la France pour la prochaine politique agricole commune (PAC), le traité UE-Mercosur ou le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) – autres sources d’inquiétude des organisations syndicales – la ministre a déclaré que ces dernières «préciseront leurs attentes ces prochains jours». «Il faut vraiment opérer une désescalade de la violence, cesser les blocages, et cela est la responsabilité des organisations syndicales», dit Annie Genevard. Et d’appeler à sanctionner les violences et les dégradations, l’«œuvre d’une minorité», selon elle.
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Sur le traité de libre-échange entre l’UE et le Mercosur, qui suscite une forte opposition dans le monde agricole et dont la signature a été reportée au 12 janvier, Annie Genevard indique avoir «activé une mesure conservatoire applicable à la France et sur laquelle Bruxelles devra se prononcer». Elle consiste à «suspendre l’importation de denrées d’Amérique du Sud qui contiennent des substances interdites en Europe».
Plus d’avocats, de mangues ou de goyaves venues d’Amérique du Sud
Dimanche, Sébastien Lecornu a précisé les intentions du gouvernement : «Un arrêté sera pris dans les prochains jours […] pour suspendre l’importation de produits contenant des résidus de substances interdites en Europe : mancozèbe, glufosinate, thiophanate-méthyl et carbendazime», des produits fongicides ou herbicides, a-t-il annoncé sur X. Avocats, mangues, goyaves, agrumes, raisins et pommes «d’Amérique du Sud ou d’ailleurs», mais aussi melons, cerises, fraises ou pommes de terre ne pourront plus entrer en France ni être commercialisés, a listé le Premier ministre.
Contacté, le ministère de l’Agriculture a indiqué que l’arrêté serait publié mardi. La France devra toutefois obtenir le feu vert de la Commission européenne dans les 10 jours, un accord qu’espère obtenir mercredi la ministre lors de son déplacement à Bruxelles, a-t-on expliqué de même source.
Appel à la «responsabilité»
Interrogée sur le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) de l’Union européenne entré en vigueur le 1er janvier, qui pénalise les céréaliers importateurs d’engrais, Annie Genevard assure avoir «déjà agi pour réduire la facture de plus de moitié». La FNSEA, principal syndicat du secteur agricole, estime son impact à «500 millions d’euros pour les grandes cultures».
«Le coût reste tout de même de 4 000 euros par an par exploitation. Nous voulons un coût zéro pour nos agriculteurs», a détaillé Annie Genevard. La ministre a par ailleurs souligné que Sébastien Lecornu a écrit à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, à ce sujet et qu’elle entend rallier d’autres pays européens pour «exiger un report ou une suspension du mécanisme pour les engrais».
La ministre a enfin appelé les députés «à la responsabilité», avant la reprise des discussions budgétaires jeudi. «Le fait que le budget ait été retoqué par le Parlement suscite une énorme préoccupation, notamment pour l’agriculture, déclare-t-elle. De nombreux dispositifs, comme le plan viticole, dépendent de l’adoption rapide d’une loi de finances.»




