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Ariège : fortes tensions dans la nuit entre éleveurs et gendarmes dans une ferme touchée par la dermatose bovine, les animaux en cours d’abattage

Les forces de l’ordre ont pris dans la soirée de jeudi le contrôle d’une ferme ariégeoise où se trouvaient plusieurs dizaines d’opposants à l’abattage d’un troupeau de vaches, en raison d’un cas de dermatose nodulaire contagieuse (DNC).

Gaz lacrymo contre projectiles autour de la ferme à Bordes-sur-Aize, le 11 décembre 2025. (ANTOINE BERLIOZ/Hans Lucas via AFP)
Publié le 12/12/2025 à 7h24, mis à jour le 12/12/2025 à 11h43

L’abattage du troupeau de 200 vaches a débuté vendredi matin dans l’élevage d’Ariège où un cas de dermatose bovine a été détecté. Après deux jours d’une mobilisation agricole visant à éviter l’euthanasie du bétail, les services vétérinaires ont finalement pu se rendre dans l’étable, escortés par la gendarmerie, qui a délogé jeudi soir par la force quelques centaines de manifestants. Aux alentours de 10 h 30, les premières vaches abattues ont commencé à être chargées par un engin dans un des camions benne, a constaté le journaliste de l’AFP.

Faisant usage de gaz lacrymogène, les gendarmes mobiles avaient investi peu avant 23 heures jeudi l’élevage situé dans le village des Bordes-sur-Arize, éloignant les manifestants alors que des affrontements ont ponctué la soirée, les grenades lacrymogènes répondant à des jets de projectiles dans un paysage nocturne éclairé par des feux de bottes de foin ou de palettes. «L’action conjointe des forces de sécurité intérieure a permis de sécuriser l’exploitation agricole. La situation est désormais sous contrôle», avait indiqué la préfecture de l’Ariège, peu avant minuit.

Vendredi matin, avant le début de l’abattage des bêtes, il n’y avait plus qu’une dizaine de manifestants mais plus aucun tracteur à proximité de la ferme, dont l’accès est toujours bloqué par plusieurs véhicules de la gendarmerie mobile. Sur RTL, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nunes a annoncé qu’il y avait eu 4 interpellations.

Depuis mercredi matin et l’annonce du cas de DNC, les agriculteurs s’étaient rassemblés sur le site pour bloquer l’accès aux services vétérinaires, chargés d’euthanasier 207 blondes d’Aquitaine. Au plus fort de la mobilisation, ils ont été plusieurs centaines d’agriculteurs, notamment de la Coordination rurale (CR), de la Confédération paysanne ou de simples sympathisants à protester dans le calme.

Le préfet de l’Ariège a assuré jeudi en début de soirée que les deux frères propriétaires du troupeau lui avaient donné leur accord pour l’abattage, conformément au protocole sanitaire de lutte contre la DNC. Cette affirmation a été démentie par Pierre-Guillaume Mercadal, dirigeant de la CR du Tarn-et-Garonne, venu sur place. «Ils sont deux frères, un a cédé, l’autre non. Ils sont en train de déchirer cette famille, en plus de l’accabler du deuil de leurs vaches», a-t-il répondu au préfet.

Vaccinations

L’abattage, seule méthode efficace pour éviter que «la maladie se diffuse dans l’ensemble du cheptel français», se fera «dès que possible» puis une campagne de vaccination sera lancée dans le département, a annoncé le représentant de l’Etat.

Sur les 33 000 bovins d’Ariège, 3 000 ont déjà été vaccinés le mois dernier, dans les zones proches des Pyrénées-Orientales où des foyers ont été détectés.

Les syndicats agricoles locaux et la chambre d’agriculture ont proposé en vain un protocole expérimental au ministère de l’Agriculture, demandant notamment que seules les vaches contaminées soient abattues et qu’une campagne de vaccination massive soit lancée.

«Zones réglementées»

Jusqu’ici, la réglementation visant à stopper la propagation de la maladie prévoit que l’ensemble du troupeau concerné soit abattu et l’instauration de «zones réglementées» dans un rayon de 50 km autour du foyer de DNC, périmètre dans lequel les déplacements de bovins sont interdits ou restreints.

Dans les Hautes-Pyrénées, un autre troupeau d’une vingtaine de bêtes doit être abattu vendredi, a annoncé le préfet de ce département, Jean Salomon. Dans cette exploitation, située à Luby-Betmont, quelques dizaines d’éleveurs sont aussi mobilisés pour empêcher l’action des services vétérinaires. «Les tentatives de blocage ou les regroupements observés en proximité des exploitations font courir à tous les éleveurs un risque de propagation supplémentaire de la maladie», s’est inquiété Jean Salomon.

En Ariège, «c’est vraiment une place de résistance et j’espère qu’elle va tenir le plus longtemps possible», avait souhaité dans l’après-midi Bertrand Venteau, président de la CR. «La mobilisation paye, ça a retardé l’échéance», avait-il jugé, en appelant également à une vaccination massive et à «une grande unité du monde agricole». La ministre de l’Agriculture «Annie Genevard doit changer sa politique, sinon elle va nous foutre le feu dans les campagnes», a-t-il poursuivi, estimant que la maladie «n’est pas sous contrôle».

Premier foyer en Savoie

Apparue en juin en France, non transmissible à l’humain mais pouvant entraîner la mort des animaux, la DNC est «sous contrôle», soutient au contraire le ministère de l’Agriculture qui a ouvert mardi «des réflexions» sur la vaccination préventive du cheptel français. Contrairement à la CR et à la Confédération paysanne, la FNSEA y est plus réticente en raison du «risque d’effondrement des exportations et des prix» qu’elle pourrait entraîner, a expliqué mardi à l’AFP son président, Arnaud Rousseau.

Jeudi soir, ce dernier a cependant annoncé dans une vidéo avoir demandé à Annie Genevard une «extension de la zone vaccinale au-delà des zones réglementées». Les cas détectés de DNC en Ariège et Hautes-Pyrénées sont les premiers recensés dans ces départements depuis la détection du premier foyer en Savoie le 29 juin 2025.

Mise à jour à 8 h 35 avec annonce de 4 interpellations par le ministre de l’Intérieur et l’abattage ce vendredi ; à 11 h 35 avec le début de l’abattage.

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