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Après-coup

Colère des agriculteurs : entre passage de «pommade» et «promesse creuse», des réactions mitigées aux annonces d’Attal

Après les annonces faites par le Premier ministre ce vendredi 26 janvier censées éteindre la colère du monde agricole, agriculteurs et politiques restent sceptiques voire très critiques.

La Coordination rurale 47 écoute les annonces de Gabriel Attal, ce vendredi. (Christophe Archambault/AFP)
Publié le 26/01/2024 à 19h19

Gabriel Attal a-t-il réussi à éteindre l’incendie ? A Montastruc-de-Salies (Haute-Garonne), le Premier ministre a dévoilé une batterie de mesures censées esquisser des pistes face à la colère des exploitants. Dix mesures de simplification «immédiates», suppression de la hausse de la taxe sur le GNR, fonds d’urgence… En réaction à ces annonces, l’éleveur de bovin en Haute-Garonne Jérôme Bayle, figure de proue de la contestation, assure qu’il y a de grandes chances que samedi après-midi les autoroutes seront débloquées. «Je pense qu’on a gagné», estime-t-il en réaction aux annonces du Premier ministre. «On a discuté, on a fini de négocier. Il reste un demi-point, on ira le chercher et quand on l’aura négocié, on ira boire un coup comme à la fin d’un match de rugby», claironne Jérôme Bayle.

Pour Luc Mesbah, secrétaire général de la FDSEA de la Haute-Garonne, les annonces de Gabriel Attal s’apparentent en revanche à des mesurettes : «Il n’a pas compris tout à fait le fond du problème du monde agricole aujourd’hui. Il faut des changements et des lois, des modifications de fond.» Quid de la suppression de la taxe sur le gazole non routier ? «Une petite mesure, 15 centimes», selon lui. «On va se concerter à l’échelle nationale […] et on attendra l’ensemble du retour de notre président», assure Luc Mesbah. La FNSEA prévoit de consulter sa base avant de réagir dans la soirée aux annonces du gouvernement.

A Agen, Karine Duc, coprésidente de la Coordination rurale 47, déplore elle aussi le contenu des annonces de Gabriel Attal. «Il nous a passé la pommade. J’ai quand même des interrogations donc j’aimerais aller en parler avec le préfet et après on verra ce qu’on fait», affirme-t-elle. Pour Laurence Maransola, porte-parole de la Confédération paysanne, «rien de ce qu’il a dit ne va provoquer une transformation profonde de l’agriculture. Où est la réponse pour le revenu des paysans ? Promettre des sanctions envers les entreprises ne respectant pas la loi Egalim c’est bien, mais c’est juste appliquer la loi. Il faut aller plus loin». Face à ces mesures qu’il estime «loin du compte», le troisième syndicat agricole appelle ses adhérents à rester mobilisés dans les jours à venir.

«Un grave recul sur l’environnement»

Du côté des politiques, la réaction de la tête de liste écologiste aux européennes est en revanche sans appel. Dans la foulée des mesures annoncées ce vendredi par le Premier ministre en faveur du secteur agricole, Marie Toussaint a dénoncé «une promesse creuse, parce qu’en réalité, il n’envisage aucun changement de fond, aucune rupture avec la logique actuelle qui met les agriculteurs au pied du mur de la dette». Elle l’affirme, «la réponse du gouvernement n’est pas de nature à apaiser la colère des agriculteurs parce qu’elle ne comporte aucune piste de réforme systémique». En outre, Marie Toussaint estime que les annonces de simplification sont «une véritable menace pour la possibilité d’agir en justice, notamment pour faire respecter le droit de l’environnement».

Selon Aurélie Trouvé, députée LFI-Nupes, il n’y a «rien pour répondre à l’absence de prix rémunérateurs», fustigeant notamment «aucune nouvelle mesure concrète de protection contre les multinationales et les importations à prix cassé» et un «grave recul sur l’environnement». «Entre communication contredisant totalement ce que le gouvernement a soutenu pendant sept ans et mesurettes insuffisantes, Gabriel Attal n’a rien annoncé qui permette d’assurer la pérennité et le renouveau du modèle agricole français. La détresse des agriculteurs reste profonde», affirme, de son côté, Jérôme Bardella, président du RN. La députée d’extrême droite Marine Le Pen a, elle, dénoncé les mesures «à court terme» de Gabriel Attal pour répondre à la colère agricole, qui, selon elle, «ne répondent ni aux enjeux ni aux attentes». «Restaurer notre souveraineté de grande puissance agricole impose de rompre avec un modèle qui organise le déclin de notre agriculture», a-t-elle ajouté.

Côté majorité, les annonces sont sans surprise saluées. «Le Premier ministre a donné les gages d’une vision, d’un soutien total», s’est par exemple réjoui le député Renaissance Jean-René Cazeneuve. Daniel Labaronne, autre député du parti présidentiel : «Le gouvernement est à l’écoute des difficultés du monde agricole et répond par des mesures fortes et concrètes, auxquelles je souscris pleinement.» Les agriculteurs montreront ces prochains jours s’ils ont autant été convaincus par Gabriel Attal.


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