En résumé :
- Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a reçu ce vendredi les représentants des différents syndicats agricoles, sur fond de mobilisation du secteur contre la gestion gouvernementale du dossier de la dermatose.
- Avec ces entretiens menés séparément, le gouvernement français entendait mettre un coup de frein aux actions de la profession, qui menacent de bloquer les routes des départs en vacances. Mais il n’a pas obtenu de la Confédération paysanne et de la Coordination rurale qu’elles abandonnent la mobilisation.
- Ces pourparlers se sont déroulés au lendemain de l’annonce par la présidente de la Commission européenne du report de la signature du traité de libre-échange entre les pays de l’UE et du Mercosur au mois de janvier.
- Retrouvez notre live de jeudi ici.
Sur l'A63, l'A64 et l'A75, les barrages se maintiennent
Les barrages dressés par les agriculteurs sur l’autoroute A64 Toulouse-Bayonne et celui sur la RN20 Toulouse-Andorre étaient toujours en place ce vendredi en fin de journée, malgré les injonctions des gendarmes. « La Confédération paysanne, la Coordination rurale et les éleveurs locaux ont pris la décision de ne pas lever le barrage », a déclaré Corentin Torrent, éleveur et figure de ce point de blocage dans l’Ariège.
A Carbonne, au sud de Toulouse sur l’A64, les agriculteurs mobilisés contre la politique gouvernementale sur le sujet de la dermatose ont accepté de retirer de l’autoroute des engins de BTP venus renforcer leur blocage le matin même. Mais ils ont refusé de lever le blocage. Le barrage sur l’A63 près de Bordeaux subsiste également, comme celui sur l’A75 reliant Clermont-Béziers en Aveyron. Après avoir consulté ses adhérents, la Coordination rurale de l’Aveyron a annoncé la poursuite de la mobilisation, estimant que «les réponses apportées ne sont ni à la hauteur de la situation, ni à la hauteur de la détresse du monde paysan».
Sur l'A20, l'A61 ou l'A89, les barrages levés
Après le retrait jeudi des blocages sur l’A61 Toulouse-Narbonne et sur l’A20 Toulouse-Paris à Cahors, un deuxième barrage sur l’A20 à Brive a cessé ce vendredi, «dans le calme et sans incident» mais sous la pression des gendarmes, selon la préfecture de Corrèze. Même cas de figure sur l’A89 Bordeaux-Lyon à Ussel, selon la Coordination rurale de ce département. Vinci Autoroutes fait part en fin de journée d’une situation qui «s’améliore» dans le Sud-Ouest, «avec la levée progressive des points de blocages».
«Il faut que Noël puisse se faire», déclare la ministre de l'Agriculture, Annie Genevard
«Par solidarité à l’égard des petits commerçants, des salariés des petites entreprises, il faut que Noël puisse se faire», a plaidé en fin d’après-midi la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, qui s’est rendue dans une exploitation des Yvelines, à Gambais, pour y rencontrer des agriculteurs. Interrogée sur les négociations sur le traité de libre-échange avec le Mercosur, elle a déclaré que «l’accord, tel qu’il a été signé il y a un an à Montevideo, n’est pas acceptable». «C’est un accord d’un autre âge, mal né, qui n’est pas protecteur », a-t-elle poursuivi.
Emmanuel Macron sur l'accord avec le Mercosur : «Nous portons des exigences de bon sens»
De retour de Bruxelles où il a participé à un sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne, Emmanuel Macron se félicite dans un message publié sur le réseau social X d’avoir «obtenu le report de la signature de l’accord avec le Mercosur». Sous pression des syndicats agricoles, le président de la République avait réitéré en Belgique l’opposition de la France, et tenté de rallier à sa cause une minorité de blocage. «Nous portons des exigences de bon sens, légitimement demandées par nos agriculteurs : clause de sauvegarde robuste, réciprocité avec les clauses miroirs et contrôles efficaces sur les produits importés. Ces exigences doivent être garanties et effectives. Nous avons besoin d’avoir ces avancées pour que l’accord change de nature. Nous ne lâchons rien», explique-t-il.
Face aux «blocages», Laurent Nuñez invoque les vacances et «la responsabilité des uns et des autres»
Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez en a appelé ce vendredi «à la responsabilité des uns et des autres» face aux manifestants des agriculteurs, vendredi. «La priorité, pour nous, c’est vraiment d’éviter les nouveaux blocages d’axes structurants», a-t-il expliqué devant la presse. «Je crois qu’il faut être raisonnable : il y a les vacances scolaires qui débutent, il y a beaucoup de nos compatriotes qui veulent partir et qui doivent pouvoir emprunter des axes», a-t-il poursuivi. En milieu d’après-midi, 93 actions, réunissant un peu moins de 4 000 personnes et 900 engins agricoles, étaient encore en cours sur l’ensemble de la France, a détaillé le ministre.
Les gendarmes lèvent un barrage autoroutier en Corrèze
Les gendarmes ont procédé ce vendredi au déblocage «dans le calme» d’un barrage d’agriculteurs sur l’A20 à hauteur de Brive-la-Gaillarde, en Corrèze. La section départementale de la Coordination rurale a également fait part de son intention de lever un barrage sur l’A89 face au déploiement des forces de l’ordre. Ces premiers déblocages interviennent à la veille d’un week-end marqué par des départs en vacances de fin d’année, mais d’autres barrages liés aux manifestations agricoles dans le Sud-Ouest restaient en vigueur vendredi à la mi-journée, notamment sur l’A64 entre Bayonne et Toulouse et sur l’A63 près de Bordeaux.
Les acteurs mobilisés devant la villa des Macron au Touquet lèvent le camp
Ils ont fini par quitter les lieux, après avoir manifesté et déversé des tonnes de patates, choux, fumier, branchages et pneus. Arrivés au petit matin devant la villa d’Emmanuel et Brigitte Macron au Touquet, dans le Pas-de-Calais, quelques dizaines d’agriculteurs de la FDSEA-JA ont finalement levé le camp vers 14h45, avec leurs tracteurs et leurs bennes vides et dans un concert de klaxons. «RIP AGRI», «Non Mercosur», «Mange Français» ou encore «Stop taxe», pouvait-on lire sur un cercueil placé par les protestataires devant la villa, au terme d’une manifestation qui s’est déroulée dans le calme.
La Confédération paysanne fait part de sa «profonde déception»
«On ne peut pas lever les blocages», a déclaré Stéphane Galais, porte-parole de la Confédération paysanne, à l’issue de sa rencontre avec Sébastien Lecornu. Le syndicaliste a exprimé sa «profonde déception» et sa surprise de voir à la table des négociations Benjamin Haddad, le ministre délégué chargé de l’Europe. Cela «prouve que l’enjeu n’est pas uniquement sur le sanitaire, mais aussi économique. Ce qui nous motive est de protéger les troupeaux, les paysans et les paysannes. La colère ne se calmera pas s’ils n’ont pas cette priorité», a expliqué Stéphane Galais. Il a ajouté cependant avoir observé «quelques ouvertures», notamment sur la vaccination des «petites races» de bovins.
Est-il vrai que «rien ne justifie» l’abattage des troupeaux, comme l’affirme Jean-Marc Sabatier, du CNRS ?
Divers contenus sur les réseaux sociaux, dont certains nourris des positions d’un chercheur du CNRS, minimisent les considérations scientifiques sous-tendant la stratégie d’abattage. Et affirment qu’elle est liée au «plan de réduction du cheptel national» suggéré par la Cour des comptes. Lire notre Checknews.
Vers une signature du Mercosur début janvier ?
La Commission européenne voudrait signer l’accord commercial avec les pays du Mercosur le 12 janvier au Paraguay, ont indiqué des sources européennes à l’AFP ce vendredi. L’exécutif européen espérait parapher ce traité de libre-échange dès samedi au Brésil, mais il a été contraint de reporter, faute d’aval d’un nombre suffisant d’Etats membres jusqu’ici.
Troisième syndicat reçu à Matignon, la Coordination rurale dit vouloir «une sortie de crise» mais «ne lâchera pas»
Dans le bureau du Premier ministre, les syndicats agricoles défilent. Après les JA et la FNSEA, deux organisations en accord avec le gouvernement concernant l’abattage systématique des troupeaux contaminés par la dermatose, place à la Coordination rurale (CR), fer de lance des blocages en cours en France. A sa sortie de Matignon, le président de la CR, Bertrand Venteau, souligne qu’il «ne lâchera pas», même si le syndicat souhaite «une sortie de crise» rapidement, d’ici à «début janvier». «Il faut que l’on arrête d’abattre des troupeaux sains et qu’on ait une approche qui tienne la route en France.» Interrogé ensuite sur la levée des blocages, Bertrand Venteau a assuré que chaque section départementale de son syndicat était «autonome». «Je ne peux pas les appeler à arrêter, c’est d’eux-mêmes qu’ils doivent arrêter», a-t-il affirmé, tout en concédant que bien évidemment, il «va appeler à une chose, c’est la bienveillance pour les familles qui vont se retrouver» à Noël.
A Agen, la CR veut se reposer «pour repartir plus fort en janvier»
Le président de la Coordination rurale du Lot-et-Garonne (CR47) José Pérez, a appelé, vendredi à Agen, les agriculteurs à passer Noël en famille, afin de relancer «plus fort en janvier» la mobilisation contre la gestion de la dermatose bovine et l’accord UE-Mercosur. «Demain c’est Noël, je crois qu’on doit le passer avec nos familles, avec nos enfants qu’on ne voit pas beaucoup», a déclaré Pérez, avant d’ajouter : «Préparez-vous, reposez-vous un peu. On va repartir si rien ne se passe […] Demain, il suffit d’un coup de fil et on se retrouve à 1 000 tracteurs à Paris.» «Chacun dans son département fera ce qu’il voudra, mais on a besoin d’un peu de repos pour repartir plus fort en janvier», a-t-il ensuite précisé à l’AFP, expliquant «préparer une grosse action», avec notamment l’idée «d’encercler Paris», «si rien ne se passe d’ici le 5 janvier».
En images
La signature du traité UE-Mercosur «devrait se faire dans deux ou trois semaines», estime Berlin
Le gouvernement allemand a jugé ce vendredi que la signature de l’accord commercial entre l’UE et les pays du Mercosur était acquise, réagissant au report à janvier annoncé lors d’un sommet des 27, notamment du fait de l’opposition française. «Le chancelier Friedrich Merz est très satisfait, car on ne demande plus si l’accord sera signé, mais quand il le sera», a déclaré le porte-parole adjoint du gouvernement, Sebastian Hille, lors d’un point presse régulier. «Cela devrait se faire dans deux ou trois semaines, lorsque l’UE pourra signer cet accord avec les États membres concernés», a-t-il ajouté.
Le Mercosur, l’autre crise en ligne de mire
Accusé de concurrence déloyale et de non-respect des normes sanitaires et environnementales, le traité de libre-échange entre l’UE et des pays d’Amérique du Sud est inacceptable pour les agriculteurs français.
Décryptage
Le patron de la FNSEA juge que «la situation n’est pas tenable»
Après les Jeunes agriculteurs, la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) sort à son tour de sa réunion avec Sébastien Lecornu et les ministres de l’Agriculture et du Commerce extérieur à Matignon. «Le Premier ministre s’est engagé à nous fournir d’ici ce soir un courrier avec l’intégralité de ses intentions», a lancé Arnaud Rousseau, patron de ce syndicat agricole majoritaire, quelques minutes après cette entrevue plus longue que prévu. «Ce courrier sera décisif», avance-t-il, tout en ajoutant que «tant [qu’il n’aura] pas ce courrier en main, [son] réseau continuera à se mobiliser». «Nous prendrons une décision ce soir», poursuit-il. Un nouveau rendez-vous avec le locataire de Matignon est par ailleurs prévu «en début janvier».
A la sortie de Matignon, les Jeunes agriculteurs (JA) saluent une «première victoire»
Des représentants du syndicat agricole Jeunes agriculteurs, les premiers à être reçus par le Premier ministre ce vendredi, ont salué à la sortie de leur entretien une «première victoire» concernant le report de la signature de l’accord UE Mercosur. «Il est impensable qu’on continue à accepter ce qui est en train de se jouer, c’est un moment historique. Si l’Union européenne ne se met pas dans des dispositions offensives, nous ne relèverons pas le défi de la souveraineté agricole», a avancé Pierrick Horel, président des JA. Le syndicat respectera bien une «trêve» pour Noël, mais assure que la mobilisation continuera «à la rentrée». Une nouvelle rencontre avec le Premier ministre est ainsi prévue est janvier. Concernant le protocole mis en place par le gouvernement autour de la dermatose – rejeté en bloc par la Coordination rurale et la Confédération paysanne, mais accepté par les JA et la FNSEA – le secrétaire général du syndicat a lui insisté sur l’urgence sanitaire. «Il faut cibler très rapidement les exploitations qui ne jouent pas le jeu, anticiper les déplacements des animaux parce qu’on ne peut plus se laisser promener par cette maladie qui va aller de région en région», souligne Quentin Le Guillous.
Le point sur les blocages
Quatre grands axes autoroutiers restent bloqués ce vendredi matin dans le Sud-Ouest par les manifestations agricoles, à quelques heures du début des congés scolaires de fin d’année, selon Vinci Autoroutes. «Des fermetures importantes de plusieurs tronçons autoroutiers perdurent depuis presque une semaine sur les axes A64 (Bayonne-Toulouse), A63 (Bordeaux), A20 (Cahors, Brive) et A89 (Périgueux, Ussel)», a précisé l’opérateur, constatant que le sud-ouest «reste la zone la plus fortement impactée» de son réseau.
Manifestations agricoles toujours en cours. Avant de prendre la route, informez-vous sur vos conditions de circulation en suivant notre point de situation sur le réseau VINCI Autoroutes https://t.co/pn47Kkevy2 et en écoutant #Radio1077 pic.twitter.com/6EYAAf1bwm
— VINCI Autoroutes (@VINCIAutoroutes) December 19, 2025
Des agriculteurs manifestent devant la villa d’Emmanuel Macron au Touquet
Depuis le petit matin, la villa du président Emmanuel Macron située au Touquet (Pas-de-Calais) est encadrée par une vingtaine de tracteurs, des remorques chargées de bottes de foin et plusieurs dizaines d’agriculteurs. Une mobilisation organisée à l’appel de la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles (FDSEA). L’action, «qui est partie pour durer au moins une bonne partie de la journée», est «symbolique». «Nous étions à Bruxelles hier, nous sommes devant la maison du président de la République aujourd’hui. Car un report d’un mois du Mercosur, ça ne nous convient pas. Ce n’est pas suffisant. Il nous faut une suppression pure et simple», lance auprès de Libération Lucie Delbarre, présidente de la FDSEA 62. L’agricultrice exhorte donc Emmanuel Macron «à monter au créneau auprès de Ursula von der Leyen» et «à aller chercher d’autres alliés» pour «enfin enterrer cet accord».
Le gouvernement «ne tolérera plus de nouveaux blocages»
Alors que les barrages dressés par les agriculteurs sont encore dressés sur de nombreuses routes et autoroutes françaises, notamment dans le Sud-Ouest, et ce à quelques heures des premiers départs en vacances pour les fêtes de Noël, le gouvernement hausse le ton. Ce vendredi matin, la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon a annoncé sur RTL qu’elle ne «tolérera plus de nouveaux blocages» des agriculteurs, même si les forces de l’ordre agiront «avec discernement». «On ne veut pas opposer les policiers, les gendarmes et les agriculteurs. Mais pour autant les Français doivent pouvoir rejoindre leur famille pour ces moments de fête, c’est aussi notre responsabilité», a-t-elle ajouté.



