Après plus d’une semaine de pause, sans aucun nouveau foyer de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) détecté dans l’Hexagone, l’épizootie reprend. Le site du ministère de l’Agriculture indique ce lundi 22 décembre que 114 foyers de cette maladie ont été détectés en France au total depuis le début de l’épidémie. Le compteur n’avait pas évolué depuis le 15 décembre dernier, et l’apparition d’un foyer à Pomas, dans l’Aude. La ministre de l’Agriculture s’était depuis félicitée d’une «situation sous contrôle», avec «plus aucun foyer actif de dermatose».
Ce nouveau cas a été recensé dans les Pyrénées-Orientales, département qui comptait déjà 21 cas de DNC, précise le site du ministère. A la mi-journée, la préfecture des Pyrénées-Orientales, département dans lequel 100 % du cheptel a été vacciné, confirme qu’«un bovin a été détecté positif dans un élevage de Saint-Marsal le vendredi 19 décembre 2025». Ce lundi, les quatre bovins du troupeau concerné ont été «dépeuplés», soit euthanasiés. La préfecture précise par ailleurs que «cet élevage avait déjà fait l’objet» d’un abattage, mais «concernant une autre unité épidémiologique, indépendante du cas actuel».
Quelques heures plus tard, après une simple suspicion, un autre cas de dermatose a été confirmé en Haute-Garonne, dans une exploitation d’une soixantaine de bêtes située à Juzet-d’Izaut, à une centaine de kilomètres de Toulouse, rapporte ICI Occitanie. Il s’agit du deuxième foyer recensé dans le département, après celui identifié le 13 décembre dernier. Et le 115e au niveau national. Une information confirmée à Libération par Christian Déqué, président de la chambre d’agriculture de la Haute-Garonne. De son côté, la préfecture n’a, à ce stade, pas répondu à nos sollicitations.
D’après la radio locale, les bovins – qui seront à terme tous abattus en raison d’un contact direct avec la vache malade – ne seront pas euthanasiés ce lundi. Des experts estiment toujours la valeur du cheptel. En parallèle, des fourgons de gendarmerie stationnent devant l’exploitation et bloquent tout accès : l’éleveur ne veut «personne sur son exploitation» afin d’éviter des tensions, assène Christian Déqué.
Une mobilisation en recul
Ce nouveau foyer émerge alors que la mobilisation des agriculteurs, opposés notamment à la politique gouvernementale d’abattage massif des bovins en cas de découverte d’un seul cas de dermatose nodulaire contagieuse (DNC), a reflué ce week-end à travers toute la France après une semaine d’intense mobilisation. Une dizaine de barrages seulement étaient maintenus dimanche selon la gendarmerie, essentiellement dans le Sud-Ouest. Au pic des actions, 110 avaient été recensés jeudi.
Dans la nuit de dimanche à lundi, les manifestants de la Confédération paysanne, Coordination rurale et un collectif local ont ainsi levé le blocage à Tarascon-sur-Ariège, sur la RN20, axe stratégique entre la France et l’Andorre. Des bottes de paille et des tracteurs y étaient plantés depuis plus de 10 jours.
Toutefois, malgré cette baisse de la mobilisation, la circulation est encore entravée ce lundi matin sur l’A63 près de Bordeaux, sur l’A64 entre Toulouse et Bayonne ou encore sur l’A75 en Lozère et dans l’Aveyron, selon Bison Futé.
A lire aussi
Sur le blocage de Cestas, en Gironde, la Coordination rurale espère notamment «des réponses» de la préfecture mais aussi des décisions «en haut lieu» sur ses revendications : fin de l’abattage systématique des troupeaux lorsqu’un cas de dermatose est détecté, mais aussi plan d’aide pour le secteur viticole en crise. De nouvelles actions fleurissent encore malgré les appels du gouvernement à une «trêve de Noël».
Etudier d’éventuelles évolutions de la stratégie nationale d’abattage
En parallèle de cette colère agricole qui persiste sur le terrain, une cellule de dialogue entre scientifiques et représentants agricoles d’Occitanie doit se réunir ce lundi à Toulouse (Haute-Garonne) pour une deuxième rencontre, après une première réunion le 17 décembre. Objectif de cette «cellule de dialogue scientifique» constituée par la ministre de l’Agriculture : «examiner au plus vite, et en toute indépendance, les propositions formulées en Occitanie, au regard de l’impératif de protection des cheptels».
Dans l’Ariège, l’ensemble des syndicats – FDSEA comprise – a en effet proposé début décembre un «protocole expérimental» afin d’éviter d’abattre tout le cheptel, dès lors qu’un cas de DNC est détecté. Une demande appuyée par des membres de l’intersyndicale réunissant les Jeunes Agriculteurs de Haute-Garonne, la FDSEA, la Confédération paysanne et la Coordination rurale dans un courrier à la ministre envoyé dès le lendemain, demandant «d’urgence une réflexion sur la question des euthanasies dans les élevages» et des «alternatives pragmatiques et proportionnées».
Ce comité scientifique, composé notamment de plusieurs présidents de chambre d’agriculture côté représentants agricoles, mais aussi de représentants du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad), de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), ou de l’École nationale vétérinaire de Toulouse (ENVT) côté scientifique, a ainsi dans leur première rencontre «rappelé le contexte, l’état de tension et l’impact catastrophique de cette épizootie sur le monde de l’élevage».
A lire aussi
Ce lundi, d’autres points seront à l’ordre du jour, notamment «les conditions dans lesquelles il serait possible d’éviter le dépeuplement total des foyers», mais aussi, dans le cas de dépeuplement, les conditions dans lesquelles celui-ci pourrait être «opéré en abattoir» et non directement sur l’exploitation, un processus traumatisant pour les éleveurs. «Ces travaux techniques et scientifiques nécessiteront ensuite une expertise juridique de niveau national et européen» pour être appliqués, précise un communiqué du ministère de l’Agriculture.
Depuis le début de l’épidémie en Savoie cet été, l’État tente de contenir la propagation du virus en se basant sur «trois piliers», inchangés jusqu’à présent malgré les pressions du monde agricole : l’abattage systématique dès la détection d’un cas, la vaccination et la restriction de mouvements.




