Le gouvernement tente l’apaisement. La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a annoncé ce dimanche 14 décembre se rendre dès lundi dans le Sud-Ouest pour assister «au début de la vaccination» de troupeaux bovins face à la colère persistante d’une partie du monde agricole qui conteste la gestion de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) par les autorités. Le Sud-Ouest de la France, où la Coordination rurale ne compte rien lâcher avant d’avoir obtenu «l’arrêt des abattages totaux» de troupeaux bovins où ont été détectés des cas de DNC, reste ce dimanche l’épicentre de la contestation, avec plusieurs axes routiers bloqués.
Dans une lettre ouverte publiée ce dimanche, la présidente socialiste de la région Occitanie, Carole Delga, a estimé «qu’il [était] temps pour [le Premier ministre, Sébastien Lecornu] d’intervenir afin de garantir, dans les plus brefs délais, un dialogue franc et sincère avec les agriculteurs de ce pays, seul à même d’apaiser les tensions qui ne cessent de s’aggraver dans de nombreux départements». La dirigeante socialiste a décrit dans son courrier «l’indignation et la colère» qui croissent «inexorablement face au désespoir d’un peuple». «Elles sont à la mesure du choc ressenti par toute une profession et, au-delà, par la population, quant à la gestion gouvernementale de la dermatose nodulaire», martèle-t-elle.
Reportage
«C’est un défi que nous allons relever avec les éleveurs : vacciner dans les temps les plus rapides possible 1 million de bêtes parce que c’est le chemin pour lutter contre la maladie, a défendu ce matin la ministre au micro d’Europe 1. Je vais demain, comme je l’ai fait d’ailleurs en Savoie, en Haute-Savoie, dans le Jura, assister aux débuts de la vaccination sur ce territoire. Je vais m’y rendre parce que c’est un chemin d’espoir pour empêcher l’abattage des troupeaux.»
«On n’est pas près de lâcher»
En attendant son arrivée, les éleveurs continuent de se mobiliser ce dimanche. «Le Sud-Ouest du réseau reste très fortement perturbé entre Toulouse et Bayonne», indique Vinci autoroutes dans son dernier point.
L’A64 est notamment fermée entre les échangeurs 3 et 17, avec des éleveurs sur les voies au Pays basque ou à Carbonne, point de départ de la grogne agricole de janvier 2024, au sud-ouest de Toulouse. «Le barrage est en place, l’autoroute est jonchée de détritus, les remorques sont pleines de tout ce qui peut brûler», a déclaré par téléphone à l’AFP le coprésident de la Coordination rurale des Pyrénées-Atlantiques, Léon Thierry. Samedi soir, «il y avait 400-500 personnes, les tracteurs arrivent, on n’est pas près de lâcher». Sur cette autoroute bloquée depuis vendredi soir sur plus d’une centaine de kilomètres du Pays basque à l’est de Tarbes par des dizaines de tracteurs, des agriculteurs ont installé des sapins de Noël.
Outre l’A64, d’autres axes sont bloqués : une partie de la rocade nord de Pau, celle autour d’Auch (Gers), une portion de la N20 en Ariège, des bouts de la D911, de l’autoroute A75 en Aveyron, ainsi que des échangeurs sur l’A7 au nord de Montélimar et sur l’A62 à Castelsarrasin. En Gironde, un convoi devait partir dimanche matin du sud de Bordeaux en direction de la métropole. A Millau, une vingtaine de tracteurs ont déversé lisier, foin, pneus et ordures devant et dans la cour de la sous-préfecture de l’Aveyron, avant d’asperger le bâtiment de centaines de litres de lisier. D’autres agriculteurs se mobilisent près de Montpellier ou à Saint-Jean-de-Luz (Pyrénées-Atlantiques), en attendant de nouveaux appels au blocage en soirée à Bordeaux et en Dordogne. Dans l’Hérault, le sous-préfet de Lodève Eric Suzanne évoque une manifestation «limitée» mais rapporte «beaucoup plus de difficultés en Lozère et dans l’Aveyron, sur l’A75».
En fin d’après-midi, 27 actions étaient recensées, rassemblant un peu plus de 1 000 agriculteurs, selon le ministère de l’Intérieur.
Décryptage
Depuis l’apparition en France au mois de juin de cette maladie très contagieuse pour les bovins, la stratégie mise en place par l’Etat implique l’abattage de toutes les bêtes des foyers affectés, des restrictions de mouvements des troupeaux et jusqu’ici une «vaccination d’urgence» des cheptels dans un rayon de 50 km autour de la zone concernée. Au total, 111 foyers ont été détectés depuis juin dans dix départements, tous sont éteints selon le ministère.
Un million de bêtes supplémentaires vont être vaccinées dans les huit départements du Sud-Ouest placés en zone réglementée, en plus du million déjà vaccinées pour un coût de 20 millions d’euros, selon le ministère.
Mise à jour à 11 h 27 avec de nouvelles mobilisations ; à 14 h 44 avec les déclarations de Carole Delga ; à 15 h 18 avec plus de contexte ; à 16 h 09 avec le nombre de foyers de DNC ; à 17 h 19 avec davantage de contexte ; à 18 h 30 avec l’action à Millau ; à 19 h 48 avec le bilan du ministère de l’Intérieur.




