Sous la lumière du petit jour glacé qui s’engouffre par les flancs de l’étable, l’œil extérieur verra peut-être juste un troupeau : quelques dizaines d’animaux à poil gris cendré, à peu près identiques, le museau goulûment plongé dans le foin. Corentin Tourrent, lui, y distingue et reconnaît Moranette, Ocre et Nuage, ou encore là, un peu plus loin, la fille de cette dernière, Tempête. Toutes «pleines», prêtes à vêler. Et des vaches qui «ont toutes une histoire», avec lesquelles il a grandi comme éleveur. Certaines sont même plus âgées que sa carrière, débutée il y a quinze ans, lorsqu’il a rejoint ses parents dans l’aventure d’une ferme des Pyrénées ariégeoises, où ils font transhumer des gasconnes, la race locale, depuis trop de générations pour que Corentin se rappelle combien. Alors, «si on me les prend, je ne saurai pas repartir».
Il a 34 ans, les traits tirés et le menton tremblant tandis qu’il cherche ses mots : «C’est un métier qu’on fait avec passion, avec des moments très durs, plein ! Et j’ai jamais rien connu de tel. Moi, je ne suis normalement pas du genre à manifester, mais là, depuis ce qui s’est passé la semaine dernière… pas le choix.» Ce qui s’est passé, c’est d’abord l’alerte d’un cas de




