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Dermatose nodulaire : la mobilisation se poursuit, le gouvernement promet un million de vaccins mais continue les abattages

La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a défendu ce vendredi 12 décembre la stratégie sanitaire du gouvernement. En réaction, la Confédération paysanne organise la mobilisation. Samedi, les autorités recensaient 43 actions en France.

Mobilisation après la détection d'un cas de dermatose nodulaire contagieuse à Les-Bordes-sur-Arize, en Ariège, le 11 décembre. (Matthieu Rondel/AFP)
Publié le 12/12/2025 à 14h49, mis à jour le 13/12/2025 à 19h59

Une maladie contagieuse, et deux façons de l’appréhender. Face à la dermatose nodulaire bovine qui touche actuellement la France, du Doubs à l’Ariège, «l’abattage est la seule solution pour sauver toute la filière», a asséné ce vendredi la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard. Elle a toutefois également élargi la zone de vaccination des animaux autour de deux foyers récents dans le Sud-Ouest, alimentant la colère des agricultures et promis ce samedi : «Nous allons, dans les semaines qui viennent, vacciner près d’un million d’animaux et donc, protéger les éleveurs». Au micro de la radio Ici Occitanie, la Doubiste a également concédé que les abattages étaient «un traumatisme immense». Mais, «je veux dire qu’aucun éleveur ne sera laissé seul, les pertes seront indemnisées», a-t-elle tenté de rassurer.

«Le protocole actuel fonctionne», a-t-elle assuré dans une interview au Parisien. Sur X, elle a affirmé : «Nous sommes aujourd’hui engagés dans une véritable course contre la montre contre le virus. Deux nouveaux foyers, éloignés des précédents, montrent qu’il circule. Le risque, c’est le débordement», a-t-elle souligné dans un message posté sur X. «C’est pourquoi, j’ai décidé la mise en place d’une zone vaccinale élargie, avec vaccination obligatoire de tous les bovins, intégralement prise en charge par l’Etat, et des mouvements strictement encadrés», a-t-elle poursuivi, tout en ajoutant être «ouverte au dialogue» au sujet de la vaccination générale de tous les troupeaux français.

Au total, 109 foyers ont été détectés depuis juin dans huit départements, dont 107 sont désormais éteints et deux actifs, selon le ministère. En Occitanie, la maladie touche quatre départements: Pyrénées-Orientales, Ariège, Hautes-Pyrénées et Haute-Garonne, où un nouveau foyer a été détecté vendredi.

«Dans ce cadre, le dépeuplement est un arrachement, pour les éleveurs comme pour moi, autant qu’il est un dernier recours», a-t-elle encore dit, appelant à «la discipline collective. Le respect scrupuleux des règles mises en place reste notre meilleure chance d’éviter ces drames humains».

Plusieurs blocages en cours

A l’inverse, pour la Confédération paysanne, syndicat agricole classé à gauche, mobilisé depuis le début de l’épizootie contre les abattages des troupeaux, notamment au côté de la Coordination rurale (classée à droite), cette stratégie sanitaire défendue par le gouvernement n’est pas entendable. Dans un communiqué publié ce vendredi, quelques minutes après la prise de parole d’Annie Genevard, la «Conf» a appelé «à se mobiliser et à organiser des blocages partout en France» pour demander «la fin de l’abattage total». Le but : «En finir avec cette folie».

«Cas après cas, les mobilisations pour refuser l’abattage total prennent de l’ampleur et permettent ainsi d’instaurer le doute dans cette machine administrative froide et déconnectée des réalités du terrain. Le bras de fer avec la ministre de l’Agriculture a bien été lancé et va s’intensifier dans les prochains jours avec les prochaines mobilisations et les blocages qui s’intensifient», assure le syndicat.

Près de 150 km de l’autoroute A64 interdits à la circulation

La Confédération paysanne, qui dénonce une gestion «plus effrayante que la maladie elle-même», a annoncé plusieurs rassemblements d’ici à dimanche, dont certains dès vendredi soir et toute la nuit sur la rocade d’Auch (Gers) et un autre «à durée indéterminée» sur la RN20 au sud de Tarascon-sur-Ariège, sur l’axe entre Toulouse et Andorre. Ce samedi, la rocade autour d’Auch, dans le Gers, est ainsi fermée tout comme la N20 en Ariège. La Coordination rurale des Pyrénées-Atlantiques a également appelé à une mobilisation à partir de 22 heures vendredi à la hauteur des péages de Lescar-Pau Ouest sur l’autoroute A64 et au croisement des autoroutes A63 et A64 à Saint-Pierre-d’Irube, en périphérie de Bayonne, a indiqué la préfecture dans un communiqué.

A Lescar, des agriculteurs «ont pénétré sur l’autoroute» où ils ont «incendié des ballots de paille» et tenté «de dégrader les barrières de sécurité», a fait savoir peu avant minuit la préfecture. «Deux policiers ont été légèrement blessés» lors de leur intervention faisant usage de «jets de lacrymogènes», a-t-elle ajouté, précisant que «l’autoroute A64 allait être fermée entre Tarbes et Lescar». Ce samedi midi, près de 150 km de l’autoroute A64 entre Bayonne et Tarbes étaient toujours interdits à la circulation en raison des blocages débutés vendredi soir peu après 22 heures, de même qu’une partie de la rocade nord de Pau.

Une quinzaine d’actions au niveau national

Plus tôt, des agriculteurs aux volants de 80 tracteurs ont bloqué l’A64 à la hauteur de Carbonne (Haute-Garonne), y installant un campement pour y passer la nuit, a constaté un journaliste de l’AFP. Cette voie avait déjà été bloquée une dizaine de jours en 2024 lors d’un précédent mouvement des paysans. Selon Vinci Autoroutes, près de 180 km de l’autoroute A64 entre Bayonne et Saint-Gaudens étaient encore fermés à la circulation samedi soir.

«Ce soir on sera là, demain matin on sera là», a déclaré Jérôme Bayle, figure régionale de la mobilisation, tandis que les manifestants plaçaient des bottes de paille, installaient une tonnelle et un groupe électrogène sur la chaussée. Du côté de la Coordination rurale, son président Bertrand Venteau appelle lui aussi à «continuer à manifester» pour faire valoir la «vaccination généralisée» demandée par son syndicat. «Il faut absolument une rencontre rapide avec Sébastien Lecornu […] et avec Emmanuel Macron», ajoute-t-il.

Par ailleurs, trois syndicats agricoles – la Confédération paysanne, la Coordination rurale et le Mouvement de défense des exploitants familiaux (Modef) – avaient annoncé vendredi un rassemblement le lendemain devant la préfecture de Mont-de-Marsan dans les Landes, en soutien aux éleveurs «qui ont vu ou voient encore l’entièreté de leur troupeau abattue, alors que d’autres solutions sont possibles». Ce samedi matin, une centaine d’agriculteurs se sont effectivement réunis devant les grilles de la préfecture des Landes, où une délégation a été reçue.

Au niveau national, les autorités ont recensé 43 actions en France, réunissant 2 000 manifestants, ponctuées par endroits de «tensions», selon le ministère de l’Intérieur. Laurent Nuñez a demandé samedi aux préfets et responsables de la police et de la gendarmerie de faire preuve de «souplesse» et de «tact» face aux actions des éleveurs en colère et de n’intervenir qu’en cas de «violences».

Mise à jour à 8 h 16 avec les mobilisations de la nuit ; à 9 h 52 avec les déclarations d’Annie Genevard à Ici Occitanie ; à 14 h 29 avec l’état des blocages ; à 18 h 35 avec le bilan des foyers ; à 19 h 59 avec les précisions de Vinci Autoroutes.

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