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Dermatose nodulaire : la ministre de l’Agriculture au chevet des agriculteurs du Sud-Ouest, un nouveau foyer détecté dans l’Aude

Des autoroutes sont coupées ce lundi matin vers Toulouse et Bordeaux, ainsi qu’au Pays basque. Dimanche, 27 actions étaient recensées en fin d’après-midi, rassemblant un peu plus de 1 000 agriculteurs, selon le ministère de l’Intérieur. A ce jour, 112 foyers ont été détectés depuis juin.

Devant la sous-préfecture de Millau (Aveyron), dimanche 14 décembre 2025. (Idriss Bigou-Gilles/AFP)
Publié le 15/12/2025 à 8h06, mis à jour le 15/12/2025 à 11h00

Un monde agricole en colère. Alors que la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) sévit dans une dizaine de départements en France, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard se rend ce lundi 15 décembre à Toulouse (Haute-Garonne), à nouveau épicentre de la contestation, pour défendre sa gestion de cette maladie bovine. La ministre lancera la campagne de vaccination d’un million de bêtes afin d’endiguer la crise sanitaire dans le Sud-Ouest, alors qu’un nouveau foyer de contamination a été détecté dans l’Aude, à Pomas, dimanche. «Dès confirmation de la maladie, l’unité épidémiologique infectée, composée de dix bovins, a dû être abattue», écrit la préfecture dans un communiqué ce lundi.

Sur le plateau de France 2 ce lundi matin, Annie Genevard a assuré que «la situation est contrôlée aujourd’hui». La ministre a également évoqué une «discussion ouverte» autour d’une éventuelle suspension de la procédure de lutte contre la dermatose, sans concéder l’arrêt de l’abattage systématique des troupeaux infectés, une mesure soutenue par l’alliance syndicale majoritaire FNSEA-Jeunes Agriculteurs. «Je ne veux pas vous donner de réponse catégorique aujourd’hui, parce que ce temps de dialogue est indispensable et il faut pouvoir y associer les professionnels», a-t-elle encore affirmé. «Mon devoir est aussi de protéger 125 000 autres éleveurs qui ne veulent pas voir arriver la maladie chez eux, et de préserver 16 millions de bovidés», avait-elle argumenté dimanche auprès de L’Opinion.

De son côté, le ministère précise que si les modalités d’éradication du virus pouvaient être discutées, rien ne changeait à ce stade : «en attendant l’avis scientifique sur un protocole allégé, la stratégie française ne bouge pas».

Une approche vivement contestée par des éleveurs et d’autres syndicats, comme la Coordination rurale et la Confédération paysanne, dont les actions se multiplient dans le Sud-Ouest, avec des blocages de routes. Dimanche, 27 actions étaient recensées en fin d’après-midi, rassemblant un peu plus de 1 000 agriculteurs, selon le ministère de l’Intérieur.

Ce lundi, l’autoroute A64 restait bloquée entre le sud de Toulouse et le Pays basque. Une vingtaine d’agriculteurs ont passé la nuit sur un barrage installé depuis vendredi à hauteur de la commune de Carbonne, à une quarantaine de kilomètres de la préfecture d’Occitanie, où la ministre est attendue à la préfecture pour une «réunion de crise sur la situation sanitaire et la campagne vaccinale».

A Cestas (Gironde), près de Bordeaux, c’est l’autoroute A63 qui a été bloquée tard dimanche soir. Les glissières ont été rapidement démontées, les braseros se sont mis à crépiter, les vivres rapidement installés, dont des dizaines de saucisses grésillant sur des planchas, sous des barnums situés sous le pont autoroutier.

La sous-préfecture de Millau (Aveyron) a été recouverte de paille, lisier et pneus usagés dimanche.

112 foyers détectés en France

«On sait que la ministre se déplace et on fera quelque chose pour lui confirmer notre volonté que cette politique sanitaire d’abattage total s’arrête», a promis Emilie Deligny, secrétaire générale de la Confédération paysanne. Ce syndicat dit porter «toujours le même message», qui est la demande d’«élargissement de la vaccination et l’arrêt des abattages totaux». «On est en lien plus ou moins avec la ministre pour lui porter nos revendications mais ça n’avance pas à la vitesse que l’on voudrait», déplore Emilie Deligny.

La DNC, non transmissible à l’humain, est apparue en France en juin, en Savoie. Elle s’est depuis développée dans le Sud-Ouest après la détection d’un foyer dans un élevage de l’Ariège, le 9 décembre, où plus de 200 vaches ont été abattues malgré la mobilisation de manifestants. Du 29 juin au 15 décembre 2025, 112 foyers ont été détectés en France, selon le ministère : Savoie (32), Haute-Savoie (44), Ain (3), Rhône (1), Jura (7), Pyrénées-Orientales (20), Doubs (1), Ariège (1), Hautes-Pyrénées (1), Haute-Garonne (1) et désormais Aude (1). La stratégie mise en place implique l’abattage de toutes les bêtes des foyers affectés, des restrictions de mouvements des troupeaux et une «vaccination d’urgence» des bovins sur 50 kilomètres à la ronde. A ce jour, environ 3 000 bêtes ont été euthanasiées.

Des responsables politiques, du Rassemblement national à LFI, ont critiqué ce week-end la gestion du gouvernement face à la colère montante d’une partie des agriculteurs. La présidente socialiste de la région Occitanie, Carole Delga, a adressé dimanche une lettre ouverte au Premier ministre Sébastien Lecornu, lui demandant «d’intervenir afin de garantir, dans les plus brefs délais, un dialogue franc et sincère avec les agriculteurs».

D’autres dossiers brûlants comme la baisse annoncée du budget de la Politique agricole commune (PAC) européenne et surtout l’accord de libre-échange prévu entre l’UE et les Etats du Mercosur, qui doit être voté à partir de mardi, alimentent aussi la colère des agriculteurs. A ce propos, Emmanuel Macron a demandé dimanche à la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen «un report de l’examen de l’accord» Mercosur par les Etats membres de l’UE, constatant que «le compte n’y est pas pour protéger les agriculteurs français».

Ursula von der Leyen souhaite parapher l’accord avec l’Argentine, le Brésil, l’Uruguay et le Paraguay samedi prochain lors d’un sommet Mercosur au Brésil. Mais un feu vert préalable des Etats membres est nécessaire.

Mise à jour à 10 h 50, avec l’ajout du nouveau foyer de contamination dans l’Aude.

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