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Epizootie

Dermatose nodulaire : un premier cas détecté en Ariège, des agriculteurs mobilisés pour empêcher l’abattage du troupeau prévu jeudi

Plusieurs centaines d’agriculteurs bloquent les routes du village de Bordes-sur-Arize. Ils tentent d’empêcher les vétérinaires d’accéder à l’exploitation où 200 vaches doivent être abattues ce jeudi matin, en respect du protocole sanitaire.

Une vache laitière dans le Rhône, le 14 novembre 2025. (Romain Doucelin/NurPhoto. AFP)
Publié le 10/12/2025 à 9h47, mis à jour le 11/12/2025 à 11h00

Des situations identiques d’un bout à l’autre de la France à une semaine d’intervalle. Après l’abattage d’un troupeau de vaches dans le Doubs le 2 décembre, c’est cette fois en Ariège qu’un cas de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) a été détecté. Plusieurs centaines d’agriculteurs sont mobilisés autour du petit village des Bordes-sur-Arize pour empêcher l’abattage du cheptel de 207 vaches. Ils ont barré les routes avec des troncs d’arbres et des branches pour bloquer l’accès à l’exploitation aux services vétérinaires.

Ces derniers, en vertu des consignes sanitaires émises pour lutter contre la propagation de cette maladie, doivent procéder à l’abattage du troupeau programmé ce jeudi matin, informe le procureur de l’Ariège. «Les mesures sanitaires qui s’imposent conduisent à ce que le troupeau soit abattu, c’est la meilleure solution qu’on puisse apporter. Aujourd’hui c’est la seule solution qui fonctionne […] pour préserver le cheptel français», a déclaré Hervé Brabant au micro de la radio Ici Occitanie. «Si je dois faire preuve de fermeté je ferai preuve de fermeté. Mais je serai désolé d’en arriver là et j’en appelle à la responsabilité», a poursuivi le préfet de l’Ariège.

«Etat de choc»

«L’abattage total est une aberration complète, une absurdité, parce qu’on voit bien depuis fin juin que la gestion de la DNC par l’Etat est calamiteuse et n’est pas bonne. Mais pourquoi on continue ? Est-ce qu’elle [la ministre de l’Agriculture Annie Genevard, ndlr] est mal conseillée , dénonce Sébastien Durand, président de la Coordination rurale (CR) en Ariège.

«Il n’y a rien qui marche aujourd’hui [contre la DNC], on le voit. Il y a un mois on avait demandé la vaccination totale de l’Ariège et ça n’a pas été entendu. Et aujourd’hui on a un éleveur qui est en état de choc émotionnel, qui ne comprend plus du tout ce qui se passe. On veut lui abattre 208 vaches pour une seule malade, il faut vraiment arrêter», a regretté Lionel Candelon, un autre dirigeant de ce syndicat agricole.

Il s’agit du premier cas confirmé de DNC dans ce département depuis la détection du premier foyer en Savoie le 29 juin 2025, a précisé la préfecture. Un autre foyer avait déjà été détecté dans le Sud-Ouest en octobre, dans les Pyrénées-Orientales. Mardi soir dans un communiqué, la préfecture d’Ariège a annoncé «le dépeuplement [l’abattage, ndlr] de l’unité de bovins dans laquelle la présence de la DNC a été confirmée, en application de la réglementation européenne». La règlementation visant à éviter la propagation de la maladie prévoit que l’ensemble du troupeau soit abattu et des «zones règlementées» instaurées dans un rayon de 50 km autour du foyer de DNC, un périmètre dans lequel les déplacements de bovins sont interdits ou restreints.

Un autre cas dans les Hautes-Pyrénées

Malgré ces mesures strictes, la dermatose continue de gagner du terrain et d’atteindre des départements jusqu’ici indemnes. Un nouveau cas de DNC a été détecté ce mercredi dans un élevage de la commune de Luby-Betmont, entre Tarbes et Trie-sur-Baïse, dans les Hautes-Pyrénées, annonce la préfecture. Sachant que l’agriculteur possède «trois lots distincts et distants», seul le troupeau contenant la vache infectée sera abattu. Cela concerne 20 bovins.

Une nouvelle zone réglementée a ainsi été mise en place par la préfecture : dans les Hautes-Pyrénées, 162 communes ont ainsi été placées en «zones de protection» (rayon de 20 km) et 307 communes en «zone de surveillance» (50 km). Des communes voisines des Pyrénées-Atlantiques et du Gers sont également concernées par ces restrictions de déplacements.

Sur place, plusieurs dizaines d’agriculteurs sont mobilisés pour empêcher l’abattage prévu vendredi, rapporte Sylvain Arberet, président de la Coordination rurale du département. «On ne comprend pas que ce dispositif de tuer des élevages entiers continue alors que ça ne marche pas : après tous les abattages qu’il y a eu, on a encore des animaux malades et des élevages touchés», déplore-t-il au micro de Ici Béarn-Bigorre.

«Il est important de lutter contre toute forme de transmission de la maladie. On interdit les mouvements de véhicule dans la zone de transports d’animaux, donc il ne s’agit pas d’aller piétiner aux abords. La manifestation est un droit constitutionnel que je respecte, mais si les gens doivent manifester, ils doivent le faire à distance de l’exploitation touchée», déclare de son côté le préfet des Hautes-Pyrénées à France 3 Occitanie.

L’épidémie pour l’instant «sous contrôle»

Cette maladie, apparue en juin en France et non transmissible à l’humain, est «sous contrôle» assure le ministère de l’Agriculture. Mais la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a estimé samedi qu’en cas de non-respect du strict protocole sanitaire, la dermatose pourrait décimer jusqu’à 10 % de l’ensemble du cheptel français.

La stratégie d’abattage systématique déchaîne la colère d’éleveurs soutenus par les syndicats Coordination rurale (CR) et Confédération paysanne, qui la jugent «injuste et inefficace» et multiplient les actions pour s’y opposer. Face à la colère d’éleveurs, le gouvernement a lancé mardi «des réflexions» sur la vaccination préventive du cheptel français contre la dermatose nodulaire contagieuse.

Syndicats et chambres d’agriculture ont proposé mercredi un protocole expérimental au ministère de l’Agriculture afin que les abattages soient limités aux vaches contaminées et appellent à une vaccination massive.

Mis à jour à 11 heures avec l’ajout de la détection d’un nouveau foyer dans les Hautes-Pyrénées.

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