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Des militants de la Confédération paysanne en garde à vue, levée du blocage d’un dépôt pétrolier en Savoie : le point sur la mobilisation agricole

Jugeant les annonces du Premier ministre concernant la crise qui les touche insuffisantes, les agriculteurs français restent encore mobilisés sur tout le territoire ce jeudi 15 janvier.

La Confédération paysanne investit le bâtiment de la Direction générale de la performance économique du ministère de l’Agriculture, le 14 janvier 2026 à Paris. (Rémy Artiges/Libération)
Publié le 15/01/2026 à 15h06

A l’approche de la signature du traité de libre-échange entre l’UE et le Mercosur, prévue samedi 17 janvier au Paraguay en présence de la présidente de la Commission européenne, la colère agricole ne retombe pas. Les agriculteurs français opposés à cet accord qui risque de concurrencer fortement les filières européennes, souvent plus coûteuses et soumises à des normes plus strictes, poursuivent ce jeudi les mobilisations à travers la France. La «loi d’urgence» agricole annoncée par Sébastien Lecornu mardi à l’issue d’un coup de force de la FNSEA et de ses 300 tracteurs n’a en rien éteint leurs craintes concernant ce traité de libre-échange, mais aussi autour de la gestion de la dermatose bovine.

A Paris, après avoir envahi pacifiquement les locaux d’une annexe du ministère de l’Agriculture mercredi après-midi, une cinquantaine de militants de la Confédération paysanne ont été placés en garde à vue dans la soirée pour «trouble à l’ordre public» et plusieurs «délits», selon la préfecture de police de Paris. Un représentant du ministère a déposé plainte, a ajouté la préfecture. La Confédération paysanne avait évoqué pour sa part 52 gardés à vue parmi lesquels ses trois porte-parole nationaux et le président de la chambre d’agriculture de Guyane.

Ce jeudi, alors que le syndicat agricole appelle les militants à se mobiliser devant les différents commissariats de police de la capitale, les gardés à vue «sont relâchés au compte-gouttes, libres sans aucune poursuite», indique l’organisation à Libération.

«Madame la ministre de l’Agriculture, nous demandons la libération immédiate des 52 paysans en garde à vue», a exhorté sur X la députée LFI Manon Meunier, opposée à la stratégie d’abattage total des bovins touchés par la dermatose nodulaire contagieuse (DNC). L’élue insoumise avait rejoint la veille les manifestants entourés par les forces de l’ordre, accompagnée d’autres députés de gauche.

«On a été obligés d’évacuer, on était déjà cernés»

Dans le Sud-Ouest, des tracteurs de la Coordination rurale (CR), syndicat classé à droite, ont tenu mercredi des barrages sur un rond-point menant à l’aéroport Toulouse-Blagnac et sur l’A64. Les blocages ont finalement été levés dans la journée. Un responsable de la CR du Gers et un autre de la FNSEA de Haute-Garonne, placés en garde à vue à Toulouse pour avoir organisé des manifestations en dépit d’un arrêté préfectoral l’interdisant, sont ressortis libres quelques heures plus tard.

Dans la Marne, le blocage du dépôt pétrolier de Vatry continue ce jeudi : une vingtaine d’agriculteurs sont toujours présents sur place, rapporte Ici Champagne-Ardenne. «Rien ne rentre et rien ne sort» du dépôt, avait déclaré mercredi à l’AFP Christophe Saint-Juvin, représentant de la CR 51, estimant que les annonces gouvernementales de ces derniers jours ne comportaient «rien de concret». Le dépôt pétrolier de Saint-Pierre-des-Corps (Indre-et-Loire) est également toujours à l’arrêt, après deux jours de blocage.

A l’inverse, au dépôt pétrolier d’Albens (à Entrelacs, en Savoie), foyer de mobilisation pendant l’été après la détection de cas de DNC dans des cheptels, les agriculteurs de la Coordination rurale et de la Confédération paysanne mobilisés sur place depuis plus d’une semaine ont évacué les lieux dans la matinée. «On s’est engagés à démonter les barrages après la visite de la préfète sur place, qui s’est engagée à organiser une réunion dans les trois prochaines semaines, notamment sur la question de la vaccination contre la dermatose», explique à Libération Pierre Maison, agriculteur membre de la Confédération paysanne, qui «dort depuis sept nuits sur de la paille installée sur la neige». Et de poursuivre : «De toute façon, si on ne partait pas, on allait être évacués manu militari, on était déjà cernés par les CRS.»

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