En résumé :
- Plus de 350 tracteurs sont entrés ce mardi matin à Paris et stationnent aux abords de l’Assemblée nationale, après des opérations ayant ciblé lundi les ports français, symbole du libre-échange international, ainsi que des autoroutes.
- Une délégation d’une douzaine d’agriculteurs a été reçue à Matignon ce mardi après-midi. La réunion a été suivie par une série d’annonces de la part de Sébastien Lecornu, notamment une loi d’urgence, un moratoire sur les politiques liées à l’eau et des potentielles dérogations sur la réglementation sur les nitrites.
- A l’approche de la signature de l’accord UE-Mercosur samedi au Paraguay, les actions d’agriculteurs qui y sont opposés perdurent en France. Pour ses détracteurs, ce traité va bousculer l’agriculture européenne avec des produits importés d’Amérique latine moins chers et pas forcément respectueux des normes de l’UE, faute de contrôles suffisants.
- Cette nouvelle mobilisation agricole, qui avait débuté en décembre dans le Doubs puis en Ariège en opposition à la gestion gouvernementale de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) bovine, s’est musclée la semaine dernière avec l’entrée de tracteurs dans Paris.
Notre décryptage des annonces de Sébastien Lecornu
Les annonces du Premier ministre, ce mardi 13 janvier, répondent aux demandes du syndicat majoritaire, la FNSEA, qui a mis un ultime coup de pression au gouvernement en mobilisant 350 tracteurs à Paris.
Pour aller plus loin
Près de 400 tracteurs encore à proximité de l'Assemblée
Près de 400 tracteurs sont encore sur place. Un important cordon de police, également. Une trentaine de camions et une cinquantaine de policiers encadrent le convoi.
Tracteurs aux abords de l'Assemblée nationale: la FNSEA annonce «rester pour la nuit»
Après y avoir passé toute la journée de mardi pour réclamer davantage de soutien au secteur et malgré les nouvelles annonces du gouvernement insuffisantes à leurs yeux, les agriculteurs de la FNSEA annoncent rester «pour la nuit» devant l’Assemblée nationale. «On a décidé, après consultation des délégations, de rester ici pour la nuit», a déclaré Damien Greffin, l’un des vice-présidents de la FNSEA, affirmant à ses troupes que le syndicat agricole souhaitait «remonter au créneau» sur le «sujet de trésorerie», actuellement en discussion. «On veut toujours rester dans un cadre républicain. L’idée, c’est que l’on puisse repartir à 7 heures. Aujourd’hui, on a besoin que le gouvernement fixe un cap pour son agriculture. Ce que l’on n’a pas aujourd’hui», dénonce Damien Greffin.
La Coordination rurale dénonce une différence de traitement entre les syndicats par les forces de l'ordre
Après avoir observé ce mardi les mobilisations dans Paris initiées par la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs (JA), la Coordination rurale a fustigé «une différence de traitement entre les mobilisations de chaque syndicat» par les forces de l’ordre. «Nous avons constaté avec amertume une véritable politique d’empêchement et d’arrestations visant notre mobilisation, alors qu’aujourd’hui la FNSEA bénéficie d’un traitement très différent à Paris pour permettre l’avancée de ses tracteurs vers les lieux de pouvoir», estime le syndicat.
Sébastien Lecornu promet un «moratoire» sur les politiques liées à l'eau, une «petite victoire» pour la FNSEA
«Je demande un moratoire sur toutes les décisions relatives aux questions de la politique de l’eau jusqu’à l’inscription en Conseil de ministres du projet de loi d’urgence agricole», a annoncé sur X le Premier ministre, arguant qu’il «nous faut prendre le temps de concerter tous les acteurs et de se projeter sur l’avenir.» Une «petite victoire» pour Damien Greffin, représentant de la FNSEA. Par contre, les annonces sur la directive UE sur les nitrates ne convainquent pas. «Ce n’est pas à la hauteur de ce qu’on attendait», explique Damien Greffin, juché sur une remorque, à la foule manifestants massée devant l’Assemblée nationale. De fait, Sébastien Lecornu s’est dit «prêt à demander à la Commission européenne de faire évoluer le cadre existant, en prenant en compte l’agronomie et le bon sens», promettant des «possibilités de dérogation.» Damien Greffin assure vouloir porter le sujet à Strasbourg, au Parlement européen.
«Les annonces sont insuffisantes», dénoncent les manifestants
Devant les manifestants, Damien Greffin, vice-président de la FNSEA et président de la Chambre d’agriculture d’Ile-de-France, prend la parole suite aux annonces de Sébastien Lecornu. «Je découvre comme vous. On voulait une loi, le Premier ministre l’annonce. Avec un passage en Conseil des ministres en mars et qui serait examinée au Parlement avant l’été.» La foule hue. «On ne bougera pas» est scandé par les agriculteurs en colère, ou «On va rentrer» en pointant l’Assemblée nationale. «Les annonces sont insuffisantes, ce n’est que des promesses. Il n’y a toujours pas d’actes. Tant que rien de concret ne sera annoncé, on restera là», affirme Aurélien, céréalier dans le 95. Derrière, en cercle devant les grilles de l’Assemblée, les représentants des syndicats départementaux se sont entretenus pendant une trentaine de minutes. En attendant, la foule a scandé «Lecornu, où es-tu ?».
Lecornu promet un projet de «loi d'urgence» présenté en mars
Sébastien Lecornu a promis ce mardi aux agriculteurs qu’il présenterait en mars un projet de «loi d’urgence» sur la politique de l’eau, la «prédation» du loup et les «moyens de production», qui sera examiné par le Parlement «avant l’été». En attendant le texte de loi qui sera présenté en Conseil de ministres et dont le «cap» sur l’eau sera «fixé d’ici le Salon de l’agriculture», le Premier ministre a demandé un «moratoire» sur toutes les décisions relatives à la politique de l’eau. Il se dit aussi «prêt à demander à la Commission européenne de faire évoluer le cadre existant» pour l’utilisation des nitrates.
«On attend, on reste déterminés», assure la FNSEA
Samuel Vandaele, président FNSEA île de France annonce à la foule que les 14 représentants des syndicats n’ont pas été reçus par le Premier ministre, «bloqué à l’Assemblée nationale», mais par son conseiller agricole et son directeur de cabinet. Ont été évoqués, entres autres : la directive sur les nitrates, la loi spéciale afin «d’avoir un cap pour le pays sur les moyens de production et les normes» et les produits phytosanitaires. «Sur l’ensemble de ces éléments, le Premier ministre doit faire une annonce dans les prochaines minutes», poursuit le représentant. La foule hue. Samuel Vandaele insiste : «Pour l’instant, on attend, on reste déterminés, et on fera le point dès qu’on aura les informations.»
Laurent Wauquiez promet aux manifestants que la «droite républicaine» les soutiendra au Parlement européen
«La meilleure façon de défendre l’écologie, c’est de défendre l’agriculture. Sur les mesures, la loi de simplification est fondamentale, ainsi que le combat contre l’accord avec le Mercosur», a affirmé l’élu de Haute-Loire Laurent Wauquiez aux manifestants rassemblés devant l’Assemblée nationale, promettant que «les députés de la droite républicaine viendront avec vous devant le parlement européen mardi prochain.» «On ne peut imposer à nos produits ce qu’on n’impose pas aux produits qu’on importe. On sait qu’on ne fera pas de miracles dans cette année qui vient mais il faut des avancées», a-t-il ajouté.
François Ruffin appelle à saisir la Cour de Justice européenne
Le député de la Somme, qui appelle le gouvernement à s’opposer à «l’adoption provisoire» de l’accord UE-Mercosur avant le vote au Parlement européen, demande la saisine de la Cour de Justice européenne, accusant la présidente de la Commission Ursula von der Leyen de contourner les assemblées nationales pour appliquer le traité. «Sur le Mercosur, nous exigeons que vous saisissiez la Cour de Justice. Pour protéger notre agriculture. Sinon ce sera la censure», a-t-il lancé à l’Assemblée nationale. La proposition a été balayée par le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot.
Trente tonnes de pommes de terre bennés sur le pont de la Concorde
La FNSEA déverse en ce moment 30 tonnes de pommes de terre sur le pont de la Concorde, aux abords de l’Assemblée nationale, afin «d’en faire don à la ville et aux Parisiens», annonce un manifestant au microphone. Deux tracteurs sont à l’œuvre.
Des agriculteurs déversent 25 tonnes de pommes de terre devant l'Assemblée Nationale à Paris.#AgriculteursEnColere #agriculteurs pic.twitter.com/J4cf7LwcdH
— Luc Auffret (@LucAuffret) January 13, 2026
«Un deuxième train d'annonces» attendu cet après-midi de la part du Premier ministre
Devant les grilles de l’Assemblée nationale, la ministre de l’Agriculture, venue échanger avec les agriculteurs de la FNSEA, a déclaré que «le Premier ministre Sébastien Lecornu fera un deuxième train d’annonces dans l’après-midi». Celles-ci feront suite à la réunion organisée à Matignon entre le cabinet du Premier ministre et une délégation d’agriculteurs. Vendredi dernier, un plan d’urgence de 300 millions d’euros avait été annoncé.
Réunion à Matignon entre le cabinet du Premier ministre et une délégation de la FNSEA
Une délégation d’une douzaine d’agriculteurs de la FNSEA, dont Damien Greffin, vice-président du syndicat, ou Régis Desrumeaux, patron de la FDSEA de l’Oise, est actuellement reçue par le bureau du Premier ministre à Matignon. En parallèle, avant les questions au gouvernement prévues à partir de 15 heures à l’Assemblée nationale, la ministre de l’Agriculture rencontre à son tour les manifestants.
Braun-Pivet veut «titiller» le gouvernement sur le manque d'application des lois votées
La présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet a annoncé ce mardi devant des agriculteurs que la chambre basse interrogerait en février le gouvernement sur les retards pris dans l’application des lois adoptées au Parlement, dont la loi «Duplomb» sur l’agriculture, dont aucun décret d’application n’a encore été pris. Devant des journalistes, la présidente de l’institution a assumé de vouloir «titiller le gouvernement» sur un sujet qui revêt «un enjeu démocratique». Plusieurs autres responsables politiques sont allés mardi devant l’Assemblée rencontrer les agriculteurs, notamment Bruno Retailleau. «Ce qui fait crever les agriculteurs, c’est ce qui fait crever la France, c’est toutes ces charges, ce manque de compétitivité, toutes ces normes», a lancé le patron de LR.
LFI saisit l'Arcom après un commentaire de Pascal Praud sur les policiers et les agriculteurs «blancs»
Nouvel épisode entre la chaîne d’extrême droite CNews et LFI, sur fond de crise agricole. Le coordinateur du mouvement Manuel Bompard a annoncé mardi 13 janvier saisir l’Arcom après des propos de l’animateur Pascal Praud. En début de journée, commentant une scène de tensions entre policiers et agriculteurs bloquant l’A64, cette figure du média bolloréen suggérait : «Manifestement les policiers font leur travail et les gens en face sont blancs. Non mais c’est important de le dire, parce que c’est pas facile pour les policiers, ils sont obligés de s’interposer en plus avec des gens de qui ils partagent parfois les convictions ou […] les origines.»
Une saillie dont le caractère raciste a sauté aux yeux du député des Bouches-du-Rhône : «En France, n’en déplaise à Pascal Praud, la police n’a pas à agir en fonction de la couleur de peau. Ces propos sont des propos racistes inacceptables. Nous saisissons l’Arcom et le procureur de la République», a-t-il écrit. Au même moment, le patron du PS Olivier Faure écrivait, dans le même sens : «Il y a une extrême droite totalement décomplexée qui ne masque plus rien du fond de sa pensée, s’il est possible d’appeler ça une pensée… l’Arcom doit se saisir.»
Arnaud Rousseau espère «des décisions d'ici 10 jours»
«Un certain nombre de décisions doivent être prises en urgence, car il y a des producteurs qui ne peuvent pas attendre. J’espère que des décisions seront prises d’ici 10 jours», déclare le patron de la FNSEA, Arnaud Rousseau, auprès de Libération, tout en se disant «très lucide». «Il ne s’agira pas de la révolution attendue.» Selon lui, «le vrai changement», après un texte de loi d’ici l’été, «ça sera la présidentielle de 2027».
Devant l'Assemblée nationale, Michel Barnier va à la rencontre des agriculteurs
L’ancien Premier ministre est présent devant les grilles de la chambre basse. Auprès de Libération, il rappelle le «problème d’urgence» et central entourant la colère agricole : le Mercosur. Selon le LR, «cet accord est une question de société, c’est la question de l’alimentation, de la qualité, de la traçabilité de l’alimentation qu’on ne veut pas aseptiser et industrialiser». Et l’ancien Premier ministre de poursuivre : «On met nous-mêmes nos agriculteurs en position de concurrence déloyale par une surenchère» de normes administratives. Et si l’absence de majorité inquiète les agriculteurs, Michel Barnier rassure : «le combat n’est pas terminé». Un ultime vote sur l’accord contesté est prévu au Parlement européen dans les prochaines semaines.
En images
Les agriculteurs de toute la région Occitanie appelés à converger mercredi vers Toulouse
Les quatre grands syndicats agricoles – Jeunes Agriculteurs, Coordination rurale, Confédération paysanne et FDSEA – appellent les agriculteurs de toute la région Occitanie à converger demain à Toulouse pour une «manifestation d’ampleur». «On veut mettre la pression sur les instances décisionnaires», explique Luc Mesbah, secrétaire général de la FDSEA de Haute-Garonne, auprès du Monde.
Une réunion prévue entre la FNSEA et le Premier ministre à 14 heures, annonce Arnaud Rousseau
Arnaud Rousseau, patron de la FNSEA, annonce qu’une délégation d’une douzaine d’agriculteurs se rendra à Matignon à 14 heures pour rencontrer le Premier ministre. «L’objectif aujourd’hui est d’obtenir un budget pour obtenir des réponses. La situation ne pourra être résolue que par un changement de logiciel», poursuit-il, tout en ajoutant que Sébastien Lecornu «devrait faire des annonces». «Concentrant nous sur le budget aujourd’hui, sur l’Europe la semaine prochaine. Nous serons le 20 janvier à Strasbourg pour sensibiliser les eurodéputés. On ne peut pas construire un avenir de l’agriculture seulement avec de la colère.» Avant de rencontrer le Premier ministre, Arnaud Rousseau a également pu échanger avec la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet.



