En résumé :
- Ce jeudi, des agriculteurs européens ont convergé avec leurs tracteurs vers Bruxelles pour protester contre la politique agricole de l’UE, à l’occasion d’un sommet des chefs d’Etat.
- Le traité entre l’Union européenne et le Mercosur, zone de libre-échange sud-américaine, censé faciliter les échanges commerciaux entre les deux blocs, qui devait être signé samedi au Brésil selon le souhait de la Commission européenne, a été reportée au mois de janvier.
- Face à la gestion de l’épidémie de dermatose et à la perspective de la signature de l’accord UE-Mercosur, les agriculteurs poursuivent leurs actions à travers la France et menacent de maintenir leurs blocages pendant les fêtes.
- Après l’annonce du gouvernement de l’extension de la vaccination contre la dermatose dans le Sud-Ouest, 400 000 doses de vaccin devaient arriver en France dans la journée de jeudi.
A la une
La contestation prend de l’ampleur chez les agriculteurs mobilisés contre l’abattage systématique des troupeaux et l’accord de libre-échange entre l’UE et le Mercosur. Reportages et analyse, de l’Ariège à Bruxelles, à retrouver en kiosque vendredi, et dès ce jeudi soir dans notre édition en ligne.
Editorial
La contestation prend de l’ampleur chez les agriculteurs mobilisés contre l’abattage systématique des troupeaux et l’accord de libre-échange entre l’UE et le Mercosur.
Reportage
Des milliers de manifestants se sont rassemblés dans la capitale belge ce jeudi, en marge d’un sommet européen, dénonçant le traité qui pourrait être signé samedi.
Reportage
Alors que les syndicats agricoles sont reçus à Matignon vendredi 19 décembre, Libé est allé à la rencontre d’agriculteurs ariégeois. A bout, ils se mobilisent depuis une semaine pour protester contre la stratégie du gouvernement d’abattre totalement les troupeaux contaminés.
Accord avec le Mercosur : Ursula von der Leyen annonce le report de la signature en janvier
Selon des sources diplomatiques, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a annoncé jeudi soir aux 27 Etats membres de l’UE le report de la signature de l’accord au mois de janvier.
Décryptage
Composé de l’Argentine, du Brésil, du Paraguay, de l’Uruguay et de la Bolivie, cette dernière étant en voie d’intégration, le bloc est une plateforme de coordination économique et commerciale, fort de 280 millions d’habitants. Lisez ci-dessous notre décryptage.
Décryptage
Visite express du Premier ministre
Le Premier ministre a effectué, ce jeudi, une visite express en Ariège auprès d’agriculteurs concernés par la dermatose bovine. Dans les locaux de la sous-préfecture de Pamiers, Sébastien Lecornu, a rencontré hors presse les deux frères éleveurs dont le troupeau de plus de 200 vaches à été abattu la semaine passée dans le village des Bordes-sur-Arize, sans s’entretenir avec d’autres acteurs du monde agricole.
Lula annonce qu’il va soumettre au Mercosur une demande pour reporter la signature de l’accord
Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva a indiqué qu’il se ferait le messager samedi lors du sommet du Mercosur d’une demande de la Première ministre italienne Giorgia Meloni. L’objet de la demande : repousser la signature de l’accord de libre-échange avec l’Union européenne. Giorgia Meloni «m’a demandé que si nous pouvions avoir de la patience une semaine, dix jours, un mois, l’Italie soutiendra l’accord», a fait savoir Lula, relatant un entretien téléphonique tenu jeudi avec la dirigeante italienne, dont il transmettra la demande au Mercosur pour que celui-ci «décide quoi faire».
La liaison ferroviaire Toulouse-Auch toujours perturbée
Le trafic SNCF a pu reprendre sur la ligne Toulouse-Narbonne, le blocage des voies effectif depuis deux jours à Villefranche-de-Lauragais (Haute-Garonne) ayant été levé mercredi soir, a fait savoir SNCF Réseaux. Seule la liaison Toulouse-Auch reste perturbée, à cause d’«éléments sur les voies» en gare d’Auch.
Un manifestant a été placé en garde à vue après avoir forcé un barrage dans les Pyrénées orientales
Une cinquantaine d’agriculteurs ont forcé jeudi matin un barrage de gendarmerie dans les Pyrénées-Orientales, avant de bloquer un rond-point permettant d’accéder à l’A9, au niveau du péage du Boulou, près de la frontière espagnole. Selon la préfecture du département, un manifestant est actuellement en garde à vue pour violences sans ITT sur personne dépositaire de l’autorité publique.
De nouveaux rassemblements prévus vendredi
La coordination rurale appelle les agriculteurs à poursuivre la mobilisation vendredi, notamment dans l’Allier dans le secteur de Moulins, affirme un article de ICI Pays d’Auvergne. Le rendez-vous est donné à 9 heures au rond-point de l’aire du Bourbonnais sur la nationale 7, au niveau de Toulon-sur-Allier. «Bilan 2025 : mépris de l’Etat et de ses administrations», précise l’appel au rassemblement. Une mobilisation est également annoncée en Indre-et-Loire à l’appel des Jeunes Agriculteurs et de la Coordination rurale 37, fait savoir ICI Touraine.
A Bruxelles, la place du Luxembourg en cours d’évacuation
Selon les informations de la RTBF, la place du Luxembourg située non loin du parlement européen à Bruxelles est en train d’être évacuée par les forces de l’ordre. D’après la télé belge, 400 tracteurs ont été aperçus en train de quitter la capitale, en vue de bloquer le ring, le périphérique bruxellois.
Coupures d’axes et fermeture d’échangeurs, le point sur la circulation dans le Sud Ouest
Les perturbations continuent sur les routes du Sud Ouest de la France, malgré la reprise du trafic sur l’A61 en direction de Narbonne. «Le Sud-Ouest du réseau reste très fortement impacté, en particulier les axes A64 (Bayonne-Toulouse) et A63 (Espagne-Bordeaux). Plusieurs tronçons autoroutiers restent partiellement fermés, et impactent la circulation, notamment sur les axes A20 (Montauban-Cahors ; Brive-la-Gaillarde) et A89 (Périgueux ; Ussel)», précise Vinci Autoroutes. Sur l’A10 la situation ne débloque pas. Des fermetures d’échangeurs sont toujours en cours à Blois, Mer, Château-Renault, Châtellerault Nord et Poitiers Sud. Même constat à Romorantin sur l’A85.
Au moins 7 300 manifestants ont défilé dans la capitale belge selon la police bruxelloise
Selon un pointage diffusé par la police bruxelloise, 7 300 personnes ont pris part à la manifestation autorisée qui a défilé au sein de la capitale belge, accompagnée d’une cinquantaine de tracteurs, principalement dans le calme. En outre, 950 tracteurs, selon la même source, s’étaient massés dans le quartier européen, engorgeant plusieurs rues. La Copa-Cogeca, principal lobby agricole européen, avait dit attendre au moins 10 000 manifestants venus de plusieurs pays, dont un groupe de 4 000 Français mais aussi des représentants des 27 pays.
A Bruxelles, les tracteurs quittent le quartier du parlement à coup de klaxons
Aux abords du Parlement européen, des centaines d’agriculteurs et journalistes regardent au loin la place avec un regard perplexe. «On fait quoi maintenant ?», lance l’un d’eux, alors que la situation s’envenime. Autour de lui, ses voisins haussent les épaules. Dans la foule, certains évoquent des «casseurs», des «gens cagoulés» et des heurts avec les forces de l’ordre. Les tracteurs, eux, quittent le quartier à coups de klaxons. «Je vais essayer de retrouver mes camarades, et je pense qu’on va attendre que le bus rentre», conclut une agricultrice française, l’air déçu.
Sébastien Lecornu présent ce matin en Ariège aux côtés des agriculteurs
D’après des informations de La Dépêche du Midi, le chef du gouvernement s’est rendu ce matin à Pamiers, la sous-préfecture de l’Ariège. Il en a profité pour échanger avec des éleveurs dont le troupeau avait été euthanasié en raison de la dermatose nodulaire.
Devant le parlement européen, la situation se tend
Au loin, un épais nuage de fumée noire se dégage de la place du Luxembourg. Devant le Parlement européen, des pneus entassés brûlent au milieu des tracteurs garés, alors que les agriculteurs du cortège arrivent petit à petit. Soudain, des dizaines de personnes s’éloignent en courant. «Partez, on se fait gazer là», lâche l’un d’eux, tout en couvrant sa bouche. «On pensait pas être accueillis comme ça, tout s’était bien passé dans le cortège», lance Pierrick Pigot, les yeux rougis par les gaz lacrymogènes. Avec quelques amis, l’agriculteur du Loiret cherche désormais un «nouveau plan» pour poursuivre la mobilisation. «On va pas retourner devant le Parlement en tout cas».
Plusieurs journalistes de BFMTV agressés et insultés sur des points de blocage dans le sud de la France
Selon BFMTV, deux journalistes ont été agressées «violemment» mercredi soir sur un point de blocage non loin de Carcassonne sur l’autoroute A61. Selon la chaîne, l’agresseur est un «homme au volant d’un tracteur» qui a percuté «volontairement» la voiture des deux journalistes, «sous les encouragements de deux autres hommes, complètement ivres». «Elles ont dû manœuvrer en urgence et en marche arrière pour échapper à leur agresseur», assure la chaîne dans un communiqué. Dans la matinée, une autre reporter de la chaîne a été victime d’insultes de la part d’agriculteurs.
Le cortège d'agriculteurs se rapproche du Parlement européen
Maintenant les prises de parole terminées, le cortège bruxellois s’élance en direction du Parlement européen. Derrière les trois tracteurs qui ouvrent la marche, des milliers d’agriculteurs venus d’un peu partout en Europe défilent sous les bruits des pétards et des klaxons. «Tous ces pays réunis, c’est historique», sourit Juan, veste de la Copa-Cogeca sur le dos. Dans quelques minutes, le cortège arrivera dans le quartier européen, où les dirigeants des Etats membres sont réunis aujourd’hui. «On veut leur faire passer un message clair, reprend Juan. Il est temps de prendre au sérieux l’agriculture européenne». Derrière lui, plusieurs Français scandent en chœur : «On est là, Ursula !»
Alexis, 26 ans :«Si on reste chez nous, ça ne sert à rien»
Sur la pointe des pieds, Alexis tente d’apercevoir un bout de la tribune. Devant lui, une nuée de drapeaux français, espagnols, belges ou encore suédois s’agite devant la scène, où les intervenants se succèdent avant le départ du cortège. L’agriculteur de 26 ans, lui, est arrivé de Rennes ce matin. «Si on reste chez nous, ça ne sert à rien. C’est ici que les décisions se prennent, notamment pour le Mercosur», insiste-t-il. Aujourd’hui, Alexis espère une chose : que l’accord, qui «va entraîner une concurrence déloyale», ne passe pas. En janvier, le Breton s’installera seul, après trois ans à travailler dans l’exploitation familiale. «Et pour l’instant, qui sait si je vais pouvoir gagner ma vie ?»



