En résumé :
- Sébastien Lecornu a tenu ce mardi à Matignon deux réunions sur les deux dossiers brûlants que sont la gestion de l’épizootie de dermatose nodulaire et la probable signature, cette semaine, du traité de libre-échange entre l’UE et les pays du Mercosur.
- Le Premier ministre a demandé «une accélération de la stratégie vaccinale» et a annoncé qu’il recevra les syndicats agricoles «dans la semaine».
- Annie Genevard, la ministre de l’Agriculture, s’est rendue lundi dans le Sud-Ouest pour tenter de rassurer les agriculteurs mobilisés mais refuse de concéder un allégement du protocole sanitaire pour endiguer la maladie bovine.
- Sur le terrain, des actions d’agriculteurs sont en cours dans plusieurs départements. Comme dans les Yvelines, où la nationale 12 est bloquée par une quinzaine de tracteurs. Selon les syndicats, les barrages des agriculteurs ne sont «pas près de se lever».
Le gouvernement ne «répond à aucune de nos deux revendications principales», dénonce la Confédération paysanne
Les annonces d’Annie Genevard ne suffisent pas à calmer la colère. Le gouvernement ne «répond à aucune de nos deux revendications principales», a dénoncé sur BFM TV le porte-parole de la Confédération paysanne, Thomas Gibert. A savoir ; l’ouverture vaccinale sur toute la France et la fin de l’abattage total dès la détection d’un cas. Le syndicat a ensuite appelé dans un communiqué «à amplifier et durcir les mobilisations ainsi qu’à continuer les blocages». En fin d’après midi, 75 actions étaient recensées par le ministère de l’Intérieur, mobilisant 3 400 personnes.
#DNC : la Confédération paysanne reste déterminée à obtenir la fin de l’abattage total ! Attendue sur l’abattage, la Ministre @Genevard n’a même pas prononcé le mot. Aucune prise en compte donc de la 1ére revendication des paysan·nes mobilisé·es depuis plus 15 jours. pic.twitter.com/QicTnOTX9m
— Conf' Paysanne (@ConfPaysanne) December 16, 2025
Un fonds de soutien de 10 millions d'euros pour les petits éleveurs
Parmi les annonces faites ce soir par la ministre de l’Agriculture au sortir d’un nouveau conseil ministériel de crises, une bonne nouvelle pour les petites exploitations : la création d’un fonds de soutien. Destiné aux petits éleveurs, il devrait s’élever à plus de 10 millions d’euros. Il vise à compenser les pertes de cheptel, les pertes économiques et la désinfection des installations.
Deux nouveaux départements concernés par la vaccination
Après l’Ariège, le Lot, la Haute-Garonne, le Gers, les Landes, les Hautes-Pyrénées, les Pyrénées-Orientales et les Pyrénées-Atlantiques, place à l’Hérault et au Tarn. La ministre de l’Agriculture a annoncé que la vaccination des bovins contre la dermatose nodulaire contagieuse s’élargissait désormais à ces deux nouveaux départements. Cette campagne va mobiliser «de façon tout à fait exceptionnelle, outre les vétérinaires des services de l’Etat, des vétérinaires volontaires, libéraux, retraités, en activité de toute la France, des vétérinaires militaires», a énuméré Annie Genevard. Pour l’heure, le stock de l’Etat est de 500 000 doses et une nouvelle commande a été réalisée la semaine dernière auprès des Pays-Bas.
Annie Genevard promet que toutes les vaches ariégeoises seront vaccinées d'ici la fin du mois
La ministre de l’Agriculture, de l’Agro-alimentaire et de la Souveraineté alimentaire, annonce ce mardi soir que les «1 000 exploitations de l’Ariège seront intégralement vaccinées au 31 décembre». Au total, 750 000 bovins seront vaccinés contre la dermatose nodulaire contagieuse «dans les semaines qui viennent» de la manière «la plus rapide possible». Environ un million de bêtes ont déjà été vaccinées, et 3 300 ont été abattues.
Le point sur les blocages en cours
Les barrages des agriculteurs se poursuivent, au lendemain de la visite de la ministre de l’agriculture, Annie Genevard, en Occitanie. Entre la Haute-Garonne et les Pyrénées-Atlantiques, l’autoroute A64 est notamment toujours bloquée sur 180 kilomètres, tandis que l’A61 est fermée dans le sens Carcassonne-Toulouse. Une manifestation est également en cours sur un passage à niveau à Villefranche-de-Lauragais (Haute-Garonne), bloquant les circulations entre Toulouse et Castelnaudary sur l’axe Bordeaux-Marseille, a expliqué SNCF Réseau à l’AFP. Dans le Gard, plusieurs échangeurs sont fermés dans le département et autour de Nîmes, a constaté Vinci Autoroutes. Une centaine d’agriculteurs étaient également présents sur l’A75, au niveau de Béziers (Hérault), en début de matinée. En Gironde, l’A63 est toujours fermée à la circulation au niveau de Cestas, près de Bordeaux. Enfin, dans les Yvelines, la N12 est bloquée en direction de Paris.
Les contrôles se multiplient pour contenir la maladie
Ce mardi, des agents de l’Etat ont inspecté plusieurs camions de vaches laitières sur une aire d’autoroute au sud de Rennes. «On est là pour vérifier que les camions de bovins qui circulent ne viennent pas» des foyers déclarés de la maladie, essentiellement situés dans le sud de la France, détaille à l’AFP Marie-Amélie Rouxel, une fonctionnaire de la Direction départementale de la protection des populations (DDPP) d’Ille-et-Vilaine. «Le grand ouest reste totalement indemne de cette épizootie qui serait catastrophique pour nous», déclare pour sa part le sous-préfet de Fougères-Vitré, Gilles Traimond. «Toutes les mesures de précaution doivent être prises» pour empêcher la contagion. Depuis le début de l’épizootie, en Savoie cet été, l’État tente de contenir la propagation de la maladie en se basant sur «trois piliers» : l’abattage systématique dès la détection d’un cas, la vaccination et la restriction de mouvements.
Le Premier ministre dénonce une «violence» de militants de «l'ultragauche» lors des manifestations
Au pupitre de l’Assemblée nationale, lors d’une séance de questions au gouvernement, Lecornu a déploré l’«amalgame» qui a pu être fait «entre les éleveurs de France et 40 à 50 militants de l’ultragauche qui sont venus s’immiscer» dans les manifestations des éleveurs en Ariège avec «des armes par destination». «Il n’y a pas de place pour cette violence», a-t-il lancé en direction des députés de La France insoumise.
Crise agricole : @SebLecornu annonce plusieurs mesures, dont la mise en place de "zonages" pour "clarifier la vaccination", la "mobilisation des vétérinaires des armées" ainsi qu'"un accompagnement spécifique des tout petits élevages". #DirectAN #QAG pic.twitter.com/s9IvOwQB3g
— LCP (@LCP) December 16, 2025
En première ligne face à la dermatose bovine, les vétérinaires sous pression
La profession, réquisitionnée lors d’opérations d’abattage des troupeaux contaminés, fait ces derniers jours face à une vague de violences rarement vue, entre cyberharcèlement, invectives et intimidations physiques.
Qui sont les vétérinaires de l'armée ?
Face à «l’urgence absolue» de la vaccination contre la dermatose nodulaire contagieuse, le Premier ministre a annoncé vouloir mobiliser «les vétérinaires des armées». Ces derniers, qui constituent un corps militaire de 74 officiers selon un document du ministère des Armées disponible en ligne, assurent notamment le soutien des animaux militaires : «2800 chiens, 1400 chevaux, et quelques faucons». Ces vétérinaires sont également chargés, «en cas de crise», de participer aux mesures «de lutte contre les épizooties et zoonoses». Ainsi, lors de la crise de la grippe aviaire en 2017, «des vétérinaires des armées ont régulièrement été appelés en renfort du dispositif national lors de certaines crises sanitaires», souligne la même source.
L'urgence absolue est «d'accélérer» la vaccination, insiste Lecornu
A l’Assemblée, le Premier ministre promet des «décisions» et des annonces «dans la soirée». «Notamment pour clarifier la stratégie vaccinale, notamment le zonage», a-t-il précisé au cours d’une séance de questions au gouvernement, pour l’instant consacrée uniquement à la crise agricole. Sébastien Lecornu a dit attendre une «étude d’impact sur ce que cette vaccination peut vouloir dire pour les filières et notamment à l’exportation». «Un certain nombre de décisions seront prises dans quelques instants», a répété le chef du gouvernement, pour qui «l’urgence absolue, c’est d’accélérer cette vaccination». «Et pour cela, on a besoin de doses, on a besoin de lever un certain nombre de freins logistiques» et «on a besoin de bras également pour vacciner», a martelé Lecornu qui a annoncé également la «mobilis [ation]» de «l’ensemble des vétérinaires de nos armées».
De nouvelles manifestations prévues mercredi dans tout le pays
La colère agricole ne faiblit pas. Alors que plusieurs axes routiers sont bloqués par des dizaines de tracteurs et des remorques chargées de bottes de paille, notamment dans le sud-ouest, de nouvelles mobilisations s’organisent déjà. A l’appel de la Coordination rurale, syndicat agricole classé à droite, des manifestations se tiendront ainsi à Laon (Aisne), Troyes (Aube), Strasbourg (Bas-Rhin) mercredi. De son côté, la Confédération paysanne, elle aussi opposée à l’abattage systématique des troupeaux au moindre cas détecté, se mobilisera mercredi à Valence (Drôme), dans les Côtes d’Armor mais aussi dans l’Aude. Jeudi, rendez-vous est donné à Lyon, à Châlons (Marne) ou encore à Lille.
Les actions des agriculteurs en images
L'Espagne veut une signature rapide du Mercosur
L’Espagne «espère» que la Commission européenne signera «dans les prochains jours» le traité de libre-échange négocié par l’UE avec les pays sud-américains du Mercosur, a fait savoir ce mardi le ministre espagnol de l’Agriculture, estimant ce traité «fondamental».
Nouveau blocage entre Carcassonne et Toulouse
Des agriculteurs ont investi mardi après-midi l’autoroute A61 avec leurs tracteurs, afin de dénoncer la politique agricole du gouvernement, provoquant une interruption de la circulation dans le sens Carcassonne-Toulouse. Sous la surveillance des forces de l’ordre, les agriculteurs ont pris position sur la chaussée de l’A61, avec des dizaines de tracteurs, des engins agricoles et des remorques chargées de bottes de paille. L’autoroute est fermée sur environ 45 kilomètres entre Bram, dans l’Aude, et Villefranche-de-Lauragais, a indiqué la préfecture de l’Aude précisant que «la circulation est maintenue sur l’axe inverse». «L’idée c’est de faire un maximum de bruit pour se faire entendre, on n’a rien trouvé de mieux que d’aller sur l’autoroute parce que l’Etat ne nous entend pas», a déclaré un des manifestants, Nicolas Espitalier, céréalier membre des Jeunes agriculteurs, qui avaient déjà bloqué l’axe ferroviaire Toulouse-Narbonne dans la matinée.
Manifestations agricoles toujours en cours. Avant de prendre la route, informez-vous sur vos conditions de circulation en suivant notre point de situation sur le réseau VINCI Autoroutes https://t.co/xkUIs3pelX et en écoutant #Radio1077 #A61 pic.twitter.com/rxMnpEPAr9
— Autoroute A61 (@A61Trafic) December 16, 2025
Les agriculteurs attendus jeudi dans la rue contre la future PAC et le traité Mercosur
Les agriculteurs, déjà très remontés contre la gestion de la dermatose bovine, prévoient de manifester jeudi en nombre à Bruxelles, mais aussi en France, contre la politique européenne, en particulier la réforme de la PAC et le traité avec le Mercosur, en phase de ratification. L’organisateur, le lobby agricole Copa-Cogeca, attend jusqu’à 10 000 personnes à Bruxelles, dont un contingent de 4 000 Français, ont affirmé des dirigeants de l’alliance syndicale majoritaire FNSEA-Jeunes agriculteurs (JA). «Il y a encore 20 ans, la politique agricole commune représentait plus de la moitié du budget de l’Union européenne. Là où, dans la prochaine proposition, ce sera moins de 30 %», a martelé Maxime Buizard-Blondeau, vice-président des JA.
L'autoroute A9 fortement perturbée
D’après Vinci Autoroutes, le trafic est fortement perturbé sur l’A9 à cause de la présence d’agriculteurs. «Depuis l’A75 à Béziers, il est impossible de rejoindre l’A9», fait savoir Vinci Autoroutes sur son site et ses réseaux sociaux. Plusieurs vidéos partagées sur X font état d’une opération péage gratuite à la sortie de l’A9.
L’axe ferroviaire Toulouse-Narbonne bloqué par une manifestation
Une manifestation d’agriculteurs à Villefranche-de-Lauragais (Haute-Garonne) a interrompu mardi la circulation des trains entre Toulouse et Narbonne sur l’axe Bordeaux-Marseille, a-t-on appris auprès de SNCF Réseau. «On est sur une interruption des circulations qu’on imagine durer toute la journée pour le moment. Au passage à niveau, il y a des obstacles sur la voie. Donc on ne peut pas faire circuler de train en sécurité», a déclaré un porte-parole de SNCF-Réseau. Environ 150 manifestants rassemblés dans le calme à l’appel des Jeunes Agriculteurs (JA) ont installé des palettes et une botte de foin sur les voies.
Le Parlement européen vote le renforcement du contrôle des produits agricoles dans le cadre du Mercosur
Les législateurs européens ont approuvé ce mardi un renforcement des contrôles sur les importations de produits agricoles sur le continent, dans le cadre d’un éventuel accord commercial avec le bloc sud-américain Mercosur. Soutenues par 431 voix contre 161, ces mesures de sauvegarde prévoient un suivi des produits sensibles comme le bœuf, la volaille ou le sucre et une possible réintroduction de droits de douane en cas de déstabilisation du marché. Ce vote intervient au lendemain de la demande de la France et de l’Italie de reporter le vote sur cet accord, prévu jeudi. Cette clause de sauvegarde ne devrait toutefois pas suffire à obtenir le feu vert de la France, alors que Bruxelles voudrait parapher au Brésil samedi.
«Il n’y a pas mieux pour mettre de l’huile sur le feu que cet accord de libre-échange»
«Cette signature du Mercosur [qui pourrait avoir lieu d’ici la fin de la semaine] va être un coup de poignard supplémentaire dans le dos des éleveuses et des éleveurs», considère le porte-parole de la Confédération paysanne, Thomas Gibert. Déjà mobilisés contre les abattages des troupeaux dans lesquels la dermatose nodulaire contagieuse est détectée, les agriculteurs se préparent à faire monter la pression d’un cran dans les prochaines quarante-huit heures, décisives sur l’issue de l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les quatre pays d’Amérique du Sud du Mercosur. Pour la Confédération paysanne, c’est «le dogme de l’économie libérale» qui est à l’origine des deux crises. «Ces politiques sanitaires sont mises en place pour pouvoir continuer à exporter», alors que les importations de viande bovine à droits de douane réduits issue du Mercosur «vont tirer les prix vers le bas», juge Thomas Gibert. «Il n’y a pas mieux pour mettre de l’huile sur le feu que cet accord de libre-échange.»
Analyse
Lecornu demande «une accélération de la stratégie vaccinale» et recevra les syndicats agricoles «dans la semaine»
Sébastien Lecornu va recevoir «dans la semaine» les syndicats agricoles dont certains contestent la gestion par le gouvernement de cette épizootie, a annoncé son entourage à l’issue d’une réunion à Matignon sur le sujet. Le Premier ministre doit en tenir une seconde à 17 h 30, avec les mêmes ministres et des préfets en visioconférence. Il a demandé à son gouvernement «une clarification et une accélération de la stratégie vaccinale qui doit davantage tenir compte de la réalité de chaque département» pour «protéger nos éleveurs et l’élevage français», appelant à «garantir» une «disponibilité des doses» de vaccins «plus forte». Il a également demandé un «état des lieux des contrôles sur les transports interdits d’animaux», «un plan d’accompagnement pour les petits élevages», ainsi qu’«un plan de repeuplement adapté à l’Occitanie».



