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Contestation agricole : Macron annonce que la France votera «contre la signature de l’accord entre l’Union européenne et les pays du Mercosur»

Des agriculteurs de la Coordination rurale sont entrés dans la capitale ce jeudi 8 janvier avant l’aube afin de porter les revendications d’une profession en colère.

Emmanuel Macron, à l'Elysée, ce jeudi 8 janvier. (Michel Euler/REUTERS)
Publié le 08/01/2026 à 8h41, mis à jour le 08/01/2026 à 21h31

En résumé :

  • Une centaine de tracteurs sont arrivés à Paris ce jeudi matin, dont une vingtaine ont réussi à rejoindre la tour Eiffel ou l’Arc de triomphe, malgré l’interdiction préfectorale, afin de protester contre l’accord avec le Mercosur et la gestion de l’épizootie de dermatose nodulaire contagieuse.
  • Des perturbations étaient en cours tôt ce matin sur plusieurs axes de la région parisienne, notamment l’A13 en direction de Paris, qui a depuis réouverte.
  • En fin de matinée, une centaine d’agriculteurs de la Coordination rurale se sont rassemblés devant l’Assemblée nationale. Partie à leur rencontre, la présidente de l’hémicycle, Yaël Braun-Pivet, a été chahutée.
  • D’autres actions locales ont eu lieu dans le reste de la France, notamment une mobilisation au péage de Perpignan sud, sur l’A9, une manifestation à Rodez en Aveyron, ou encore le blocage d’un dépôt de carburant près de Bordeaux.
Le 08/01 à 21H28

Crise agricole : les syndicats ne décolèrent pas

Par Pauline Moullot et Théo Eberhardt

Alors que la virulente Coordination rurale a manifesté à Paris, la FNSEA et la Confédération paysanne poursuivent les actions de terrain pour s’opposer à l’accord avec le Mercosur et réclamer une «vision» pour l’agriculture. L’analyse de nos journalistes sur une journée de colère.

Le 08/01 à 21H12

Jordan Bardella veut déposer des motions de censure contre le gouvernement Lecornu et la Commission européenne

Jordan Bardella, a annoncé jeudi que son parti déposerait une motion de censure contre le gouvernement Lecornu, malgré le vote contre de la France à l’accord commercial avec les pays du Mercosur, y voyant une «mise en scène». «En prétendant aujourd’hui s’y opposer, après des années de négociations sans jamais défendre les intérêts français, [Emmanuel Macron, ndlr] tente une manœuvre de communication aussi tardive qu’hypocrite», écrit sur X le président du Rassemblement national, qui dénonce une «trahison des agriculteurs français». «Le Rassemblement national engagera donc deux motions de censure: à l’Assemblée nationale contre le gouvernement, au Parlement européen contre la Commission von der Leyen», a-t-il écrit.

Le 08/01 à 20H48

Laurent Nuñez nie toute «défaillance» du dispositif policier

En dehors de Paris en France, 67 actions ont réuni 2 200 manifestants, notamment sur des routes dans 39 départements, et 625 tracteurs, a déclaré à la presse le ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez en début de soirée. Même si la préfecture de police avait interdit les manifestations autour de certaines zones comme l’Elysée, Matignon, le Parlement et que les barrages ont été forcés, le ministre a nié toute «défaillance» du dispositif, affirmant qu’il n’avait «pas souhaité» disperser les actions parisiennes de la CR, alors même qu’elles étaient «illégales».

Le 08/01 à 18H59

Un «rejet politique unanime» : Macron assure que la France votera contre l'accord UE-Mercosur

Emmanuel Macron a annoncé ce jeudi que la France voterait «contre la signature de l’accord entre l’Union européenne et les pays du Mercosur», invoquant un «rejet politique unanime». Malgré des «avancées incontestables» dont «il faut donner acte à la Commission européenne», «le constat doit être dressé d’un rejet politique unanime de l’accord, comme l’ont clairement montré les récents débats à l’Assemblée nationale et au Sénat» en France, a dit le chef de l’Etat dans un communiqué. «L’étape de la signature de l’accord ne constitue pas la fin de l’histoire. Je continuerai de me battre pour la pleine mise en œuvre concrète des engagements obtenus de la Commission européenne et pour protéger nos agriculteurs», a-t-il assuré.

Le 08/01 à 18H01

Le président de la Coordination rurale appelle à «libérer les tracteurs pour qu'on puisse rentrer»

Le président de la Coordination rurale Bertrand Venteau a appelé jeudi le ministère de l’Intérieur à «enlever les amendes, lever les gardes à vue et libérer» les tracteurs mis en fourrière pour que ses troupes, mobilisées depuis l’aube en région parisienne, puissent «rentrer se reposer». «Je n’ai vu aucune déclaration comme quoi les paysans étaient essentiels pour la France, c’est une honte», a déclaré Bertrand Venteau, juché sur un tracteur à la sortie de son rendez-vous avec la présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet. Longuement applaudi par les membres de la CR, qui ont entonné la Marseillaise alors qu’il les félicitait, le président de la Coordination rurale a dit ne pas savoir ce qui allait «sortir et quelles seront les annonces» du gouvernement pour calmer la colère de ses adhérents.

Le 08/01 à 17H16

Devant l'Assemblée, un leader local de la Coordination rurale propose «l’échange de nos gars bloqués en dehors de Paris contre notre départ»

Par Théo Eberhardt

Devant l’Assemblée, Serge Bousquet-Cassagne, leader de la Coordination rurale 47, monte sur les marches du tracteur. Il lance à la foule : «Nos représentants sont toujours à l’intérieur.» Il poursuit : «Je prends la responsabilité de tenter de négocier avec le préfet et la police l’échange de nos gars bloqués en dehors de Paris contre notre départ.» 300 personnes, environ, attendent toujours devant l’Assemblée nationale, encadrés par une centaine de policiers. La présidente de l’Assemblée Yaël Braun-Pivet échange toujours avec des manifestants à l’intérieur de l’enceinte.

Le 08/01 à 16H38

Le président de la FNSEA réclame des «annonces rapides» face à une «colère légitime»

Reçu par Yaël Braun-Pivet avant la Coordination rurale, le président de la FNSEA, Arnaud Rousseau, a assuré au sortir de la réunion que les actions allaient continuer parce que «la colère est légitime». «Les agriculteurs ne croient plus dans la parole publique, ils veulent voir des résultats tangibles et concrets, a ajouté le président du puissant syndicat agricole. Nous avons besoin d’annonces rapides.» Il demande notamment un «créneau d’ici mars-avril» au Parlement pour une loi spéciale.

Le 08/01 à 16H27

La Coordination rurale réclame un «moratoire sur les contrôles»

«Il faut que la ministre de l’Agriculture annonce quelque chose qui a du sens», a déclaré face aux télés présentes le président de la Coordination rurale, Bertrand Venteau, avant son rendez-vous avec Yaël Braun-Pivet. Quoi par exemple ? L’agriculteur voit bien une mesure qui ne «coûte pas grand-chose» selon lui : «Faire un moratoire sur les contrôles.» «C’est pas compliqué de dire que jusqu’à la prochaine présidentielle, personne ne viendra embêter les paysans dans leur ferme et que l’administration sera à leur service. C’est déjà un signe de changement de cap.»

Le 08/01 à 15H32

La préfecture annonce 11 interpellations et 65 verbalisations sur la région Ile-de-France

Alors que le cortège de la manifestation déclarée par la FNSEA a réuni 100 personnes «encadrée[s] par les effectifs de la préfecture de police» dans la matinée ce jeudi et «s’est déplacé sans heurt ni difficulté», les actions spontanées menées par la Coordination rurale ont conduit à 11 interpellations, ⁠12 mises en fourrière et 65 verbalisations sur la région Ile-de-France, mais aucunes à Paris, selon la préfecture. «Des militants ont contourné et forcé, parfois en prenant des risques totalement inconsidérés, les barrages mis en place en grande et petite couronnes. […] Le dispositif de police visant à les fixer est efficace car la situation est figée depuis le début de matinée», a ajouté la préfecture.

Le 08/01 à 15H18

Fabien Roussel tente une main tendue aux agriculteurs et se fait chahuter

Par Théo Eberhardt

Devant l’Assemblée, le secrétaire national du Parti communiste, Fabien Roussel, s’adresse aux manifestants : «Je suis venu pour vous dire : tenez bon. J’appelle ici les députés français à rejeter le Mercosur la semaine prochaine. Là, ce sera un signal.» Un jeune agriculteur l’interpelle : «Vous parlez de souveraineté, mais c’est vous qui avez détruit la démocratie.» Le député tente de répondre mais la foule de manifestants se met a scander «Frexit» autour de lui, qui repart.

Le 08/01 à 15H09

109 tracteurs et 670 manifestants à Paris et ses environs

Le dernier décompte du ministère de l’Intérieur fait état de la présence en région parisienne de 109 tracteurs (46 à Paris, 63 en périphérie) et 670 manifestants.

Le 08/01 à 14H07

Eric Coquerel hué par les agriculteurs

Par Théo Eberhardt

«Rentre chez toi Coquerel, espèce de traître !» ; «Discutez même pas avec lui, il vous crève tous les matins. Ecolo, bobo, socialo, LFIste.» Ambiance, à l’arrivée d’Eric Coquerel à l’Assemblée. Auprès de Libération, le député insoumis assure : «Nous faisons partis des seuls de la classe politique à être en phase avec l’opposition du Mercosur. On estime que les agriculteurs ne défendent pas seulement leur vie, mais l’intérêt général du pays.» Il craint un problème de souveraineté en cas d’application de l’accord alors que «tous les agriculteurs sont contre». Et de rappeler, face aux huées : «Quels que soit les syndicats, nous sommes là pour les soutenir.»

Le 08/01 à 12H30

«Il faut bloquer Paris», envenime un député RN

Par Théo Eberhardt

Alors que l’entrée de l’Assemblée nationale est gênée par la foule de manifestants, Frédéric-Pierre Vos, député RN de l’Oise et l’un des nombreux élus d’extrême droite présents au rassemblement, relativise l’émotion générée par l’arbre coupé à la porte d’Auteuil : «Ça, n’est pas un débordement. Il faut bloquer Paris, au niveau de Rungis. C’est tout.». Devant le Palais Bourbon, Frank Giletti, député RN du Var est aussi présent pour apporter son soutien aux agriculteurs de la Coordination rurale, marquée à l’extrême droite. Côté Reconquête, Eric Zemmour est sous l’Arc de Triomphe et l’eurodéputée et candidate à la mairie de Paris Sarah Knafo devant l’Assemblée nationale. Plus tôt dans la matinée, la députée insoumise Aurélie Trouvé s’y était également rendue.

Le 08/01 à 12H18

La FNSEA appelle à manifester le 20 janvier à Strasbourg si l'accord avec le Mercosur est signé

La FNSEA, premier syndicat agricole français, a dit attendre du Premier ministre un «signal très fort» ce vendredi à destination des agriculteurs en colère, appelant à des «mesures d’urgences» avant même le vote du budget, lors d’une conférence de presse ce jeudi à Paris. Le syndicat, comme son allié des Jeunes agriculteurs, a aussi appelé à manifester le 20 janvier à Strasbourg, siège du Parlement européen, si le traité de libre-échange entre l’Union européenne et des pays du Mercosur était signé ce week-end. La FNSEA, qui affirme se battre sur tous les fronts pendant que d’autres viennent «mettre trois tracteurs devant un monument pour faire causer», veut «interpeller les eurodéputés qui auront encore la possibilité de saisir la Cour de justice européenne pour repousser cet accord du Mercosur», a expliqué son président Arnaud Rousseau.

Le 08/01 à 12H00

«On tombe sur la tête de paysans qui revendiquent le droit de travailler»

Par Théo Eberhardt

«Ça fait des générations qu’on élève nos animaux, je refuse qu’on abatte mon troupeau pour des raisons soi-disant légitimes», s’indigne Fred, éleveur d’un troupeau de vaches laitières en Normandie, et membre de la Coordination rurale. Fred, qui a connu la crise de la vache folle, se refuse de revivre ce crève-cœur. Derrière lui, des CRS entourent la centaine de manifestants présents. Une vingtaine de policiers s’appliquent à contraindre le rassemblement sur le trottoir, devant la grille de l’Assemblée nationale. Fred commente : «On tombe sur la tête de paysans qui revendiquent le droit de travailler.» L’éleveur se montre particulièrement inquiet par l’accord avec le Mercosur : «Ce ne sont que des accords de marché qui servent aux intérêts de multinationales.»

Le 08/01 à 11H39

L'Irlande annonce voter contre le Mercosur

L’Irlande votera contre l’accord commercial de l’Union européenne avec le Mercosur lors d’un vote vendredi, a annoncé jeudi son vice-Premier ministre Simon Harris, rejoignant l’opposition de plusieurs pays dont la France. «Bien que l’UE ait accepté un certain nombre de mesures supplémentaires, elles ne sont pas suffisantes pour satisfaire nos concitoyens. Notre position demeure donc inchangée. Nous voterons contre l’accord», a déclaré Simon Harris dans un communiqué. Cette décision s’ajoute à l’opposition de la France, de la Pologne ou de la Hongrie, mais ne devrait cependant pas empêcher la Commission européenne d’obtenir le feu vert d’une majorité d’Etats membres.

Le 08/01 à 11H37

Pas rancunière, Yaël Braune-Pivet se place du côté des éleveurs

«Je ne me dérobe jamais», a réagi Yaël Braun-Pivet auprès des médias rassemblés au Palais Bourbon après avoir été huée. «Les Français ont le droit de venir s’exprimer devant l’Assemblée», a-t-elle estimé, se disant «être à l’écoute des citoyens». «Même si c’est tendu et qu’ils n’ont pas envie de parler mais d’exprimer leur colère, je suis là pour l’entendre.» Elle soutient le combat des manifestants, en rappelant que «l’Assemblée nationale a exprimé à plusieurs reprises son refus du Mercosur».

Le 08/01 à 11H33

«On était 7 paysans, ils étaient 200 CRS !»

Par Par Théo Eberhardt

Au moment où nous l’apostrophons, Martin, viticulteur dans le Tarn et membre de la Coordinatrice rurale, filme fièrement l’unique tracteur arrivé devant l’Assemblée nationale. L’engin est entouré de quatre camions de CRS. Martin explique qu’il a roulé, avec d’autres agriculteurs, toute la nuit. «On était 7 paysans dans un tracteur chacun, ils étaient 200 CRS», hurle-t-il, avant de lancer : «Je suis très en colère. On a des collègues en garde à vue en ce moment ! On était là pour se montrer, pas pour dégrader», justifie-t-il à Libération. Selon lui, il faut cesser les coups portés au secteur : «On tue du bétail parce que le gouvernement veut absolument faire appliquer son Mercosur, on nous taxe, la PAC est une fumisterie !»

Le 08/01 à 11H24

Pour la FNSEA, rendez-vous à Strasbourg

Par Pauline Moullot

Lui n’a pas fait monter les tracteurs dans la capitale. «Le sujet, aujourd’hui, ce n’est plus Paris mais Bruxelles. On va continuer le combat contre le Mercosur mais à Bruxelles», a expliqué ce jeudi le président de la FNSEA Arnaud Rousseau, lors de ses vœux à la presse. Justifiant des modes de revendication qui diffèrent selon les organisations, le patron du syndicat productiviste a annoncé une manifestation à Strasbourg le 20 janvier, avec ses alliés des Jeunes agriculteurs, pour pousser les eurodéputés à saisir la Cour de justice européenne sur le traité de libre-échange avec les pays du Mercosur.

Le 08/01 à 11H13

Yaël Braun-Pivet huée par les agriculteurs lors de son arrivée

L’entourage de la présidente de l’Assemblée nationale a confirmé que Yaël Braun-Pivet est partie à la rencontre des agriculteurs mobilisés ce jeudi à Paris, dont certains sont devant le Palais Bourbon. D’après plusieurs médias présents sur place, elle a été huée, sifflée et insultée par les agriculteurs qui scandaient «démission». Selon le Parisien, un projectile lui a été lancé avant qu’elle ne soit exfiltrée, quelques minutes plus tard. D’après France Info, il s’agirait d’un «jet de neige». «Je vois toutes les organisations syndicales à partir de 14 heures», a-t-elle annoncé devant les manifestants.

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