Dans la vie réelle, les loups ne sont pas végétariens. Gabriel Binon parle même du «massacre» de ses brebis. Cet éleveur d’ovins destinés à l’éco-pâturage, 32 ans, a perdu la quasi-totalité d’un de ses troupeaux qui paissait à Sarrey, près de Chaumont, la veille de Noël. Une meute de loups est suspectée d’en être à l’origine. Un loup peut ainsi être aperçu sur des images de vidéosurveillance du champ la nuit de l’attaque, que l’éleveur a publiées sur son compte Facebook.
L’Office français de la biodiversité (OFB) s’est rendu jeudi sur place pour faire des prélèvements de poils et «regarder la taille des crocs pour voir s’il y a un ou plusieurs individus», a précisé Gabriel Binon. «Vu le secteur et la population de loups présente ici, il n’y a pas trop de doute sur l’auteur. Mais tout ça reste encore à valider», explique Julien Aujean, directeur adjoint de l’Office français de la biodiversité de Haute-Marne auprès de Libération. Ce dernier précise qu’une meute, composé de 9 loups, est aujourd’hui présente sur le département.
Si tel est le cas, ce serait la plus importante prédation imputée au loup en 2025 en Haute-Marne, un département où le nombre de ces attaques a explosé cette année. ll s’agirait même de «la plus grosse attaque de loups dans le département depuis 2012», d’après Julien Aujean, selon qui «on n’avait jamais dépassé la vingtaine d’animaux».
191 attaques dans le département en 2025
L’assaut est loin d’être inédit dans le secteur. «On a des prédations tous les jours», abonde Julien Aujean. A ce jour, 191 attaques d’ovins ayant fait plus de 800 victimes ont été attribuées au loup depuis le début de cette année en Haute-Marne, contre seulement 10 en 2024, selon la préfecture du département interrogée vendredi.
«On va répondre très prochainement par des mobilisations. Il y a une peur, mais il y a surtout une colère qui monte», a déclaré Thomas Millot, président du syndicat Jeunes agriculteurs en Haute-Marne. «La situation n’est plus du tout tenable. Ça fait plus d’un an qu’on attend la ministre de l’Agriculture. Si elle ne vient pas à nous, c’est nous qui allons venir à elle», a-t-il ajouté.
Quinze éleveurs du département disposent d’une autorisation préfectorale pour effectuer des tirs de défense contre le loup. Mais ils réclament en plus des tirs de prélèvement, réalisés par des professionnels, pour réduire la population de ce grand prédateur, selon Thomas Millot. Tuer les loups, «une fausse solution, seulement de court terme», estime Julien Aujean. «La solution pérenne, c’est de protéger les troupeaux par le biais de clôtures adaptées.»
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Neuf loups - deux adultes et sept louveteaux - avaient été identifiés en Haute-Marne par des pièges photos de l’OFB à la fin de l’été, selon la préfecture. Le nombre de loups en France est resté relativement stable en 2025, à 1 082 individus en moyenne, selon des chiffres officiels publiés fin novembre, que les éleveurs jugent sous-estimés. Ils réclament inlassablement une augmentation du quota d’abattage annuel autorisé, fixé à 19 % de la population estimée.
Le sujet du loup est potentiellement incandescent, s’ajoutant à d’autres sources de mécontentement des agriculteurs, de la gestion gouvernementale de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) chez les bovins à l’accord commercial entre l’UE et des pays du Mercosur.




