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Néonicotinoïdes

Loi Duplomb 2 : le sénateur persiste à vouloir réintroduire deux insecticides interdits

Au micro d’Ici Pays d’Auvergne ce lundi 9 février, le sénateur réitère les mêmes arguments qu’il avait déployés pour justifier sa première loi sur la réintroduction de deux néonicotinoïdes controversés.

Manifestation devant le Conseil constitutionnel, contre la réintroduction de l’acétamipride, le 7 aout 2025. (Stéphane Lagoutte/Myop pour Libération)
Publié aujourd'hui à 9h56

Il a fait de la réintroduction de l’acétamipride son cheval de bataille. Laurent Duplomb, sénateur LR, revient à la charge avec sa proposition de loi, déposée le 2 février au Sénat et qui doit être soumise au Conseil d’Etat. Elle propose la réautorisation, encadrée et limitée dans le temps, de deux pesticides interdits en France mais utilisés ailleurs en Europe, l’acétamipride et le flupyradifurone. Son premier texte sur le sujet, partiellement censuré par le Conseil constitutionnel en août, avait suscité un vaste mouvement de protestation et provoqué de vives critiques à gauche et dans une partie du camp macroniste.

Au micro d’Ici Pays d’Auvergne ce lundi 9 février, Laurent Duplomb a tenté de justifier son retour en force, affirmant que les «problèmes» que rencontrent les agriculteurs sont loin d’être réglés. «On fait des contrats de libre-échange et on importe des produits qui utilisent cette molécule [l’acétamipride, ndlr] autorisée partout ailleurs», a-t-il plaidé, affirmant qu’«aucune étude sérieuse» n’a démontré la dangerosité «ni pour l’homme, ni pour l’environnement» de ce pesticide, fustigeant «un obscurantisme qui voudrait nous faire croire tout l’inverse.»

En réalité, «de plus en plus d’éléments indiquent que son exposition pourrait être génotoxique, reprotoxique et neurotoxique pour les mammifères, y compris l’homme», résumaient dans une étude publiée en 2023 la biologiste Lucia Zuscikova et son équipe, après avoir épluché l’entièreté de la littérature scientifique disponible à propos de l’acétamipride. Pour le chimiste et toxicologue Jean-Marc Bonmatin, chercheur au CNRS et spécialiste de référence sur les néonicotinoïdes, «les études indépendantes sur le sujet sont relativement récentes et toute sa nocivité n’a pas encore été démontrée, mais il est bel et bien nocif. C’est une aberration scientifique de clamer le contraire».

Cerise, betterave, noisette et pomme

Pour contrer la censure du Conseil constitutionnel, qui avait retoqué la première loi Duplomb, arguant que la réintroduction de l’acétamipride n’était pas assez circonstanciée en temps et en espace, Laurent Duplomb affirme vouloir le retour du pesticide controversé pour seulement quatre filières : la cerise, la betterave, la noisette et la pomme.

«On s’est arrêté au nombre de filières que l’Institut national français de l’agriculture a déclinées comme étant des filières en impasse totale, où les phytosanitaires ne peuvent rester que la seule solution pour les maintenir», affirme-t-il. «Pour certains, la réintroduction tiendra trois ans, pour d’autres ça sera quatre ans», a-t-il ajouté, assurant vouloir limiter «les dérives et les éventuels impacts que ça peut avoir sur l’environnement.» «Le problème, c’est qu’on a pris ces quatre filières parce que l’Inra a fait des études dessus, mais les filières du kiwi, de la nectarine, des asperges sont dans la même situation», a-t-il encore poursuivi.

De leur côté, des militants écologistes, paysans ou simples «citoyens concernés» ont participé samedi 7 février à des rassemblements à l’appel de plus de 80 organisations pour dénoncer cette nouvelle proposition de loi. Une dizaine à Brest, devant la mairie, ils étaient jusqu’à 300 à Lille, place du Théâtre, et une centaine à Bordeaux. A Lyon, 150 personnes étaient réunies place Bellecour, en majorité des agriculteurs de la Confédération paysanne, selon la préfecture.

Alors que la première loi Duplomb a été votée sans avoir été débattue par les députés à l’Assemblée nationale, une pétition réclamant son abrogation a réuni plus de 2,1 millions de signatures, permettant la tenue de discussions à l’Assemblée. Celles-ci se dérouleront mercredi 11 février, mais ne pourront pas modifier l’issue du texte.

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