L’accord tant contesté est signé. Les pays latino-américains du Mercosur et l’Union européenne ont conclu, ce samedi 17 janvier au Paraguay, le traité créant l’une des plus grandes zones de libre-échange au monde, après plus de 25 ans de négociations et malgré les inquiétudes du monde agricole. Ensemble, les deux blocs représentent 30 % du PIB mondial et comptent plus de 700 millions de consommateurs.
«Nous optons pour un commerce juste plutôt que des droits de douane, pour un partenariat productif à long-terme plutôt que l’isolement. Et par-dessus tout, nous entendons apporter des avantages concrets et tangibles à nos peuples et nos entreprises», s’est félicitée la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, à Asunción, la capitale du Paraguay où s’est déroulée la signature et qui exerce la présidence tournante du bloc sud-américain. Pour Santiago Peña, le président du Paraguay, le texte est un «signal clair en faveur du commerce international» dans un contexte de «tensions».
La Commission européenne négociait cet accord depuis 1999 avec les membres fondateurs du Mercosur (Argentine, Brésil, Uruguay et Paraguay). Vendredi à Bruxelles, une majorité d’Etats européens a soutenu le traité, malgré l’opposition de plusieurs pays, dont la France.
Analyse
Avant Asunción, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s’est rendue à Rio de Janeiro vendredi avec António Costa, le président du Conseil européen, afin d’y rencontrer le président Luiz Inácio Lula da Silva. Le chef d’Etat brésilien a joué un rôle crucial dans l’avancée du traité mais n’a pas réussi à le faire signer en décembre au Brésil, qui exerçait alors la présidence tournante du Mercosur.
Le dirigeant n’a pas prévu d’assister à la signature de l’accord ce samedi, a affirmé une source au sein de la présidence brésilienne. Cette absence est liée au fait qu’il était prévu, au départ, que cet événement se déroule au niveau ministériel côté latino-américain, et les présidents n’ont été invités par le Paraguay qu’«à la dernière minute». Le président du Paraguay et son homologue uruguayen Yamandú Orsi, eux, ont assisté à la signature.
Troisième voie
Pour le Brésil, première économie d’Amérique latine, ce traité «est essentiel afin de montrer qu’il existe une troisième voie» en plus des Etats-Unis et la Chine, souligne Luciana Ghiotto, docteure en sciences sociales de l’Université de Buenos Aires. Le retour de Donald Trump à la Maison Blanche a donné un argument supplémentaire aux partisans de l’accord. Ce traité «est celui qui a pris le plus de temps de négociation au niveau mondial et la précipitation pour le conclure est liée au gouvernement de Donald Trump et à l’application massive de droits de douane» sur les produits importés par les Etats-Unis, relève l’experte.
Certains des Vingt-Sept y trouvent aussi leur compte. «Pour l’UE, c’est une manière de renforcer son autonomie et sa place en tant qu’acteur important à l’échelle internationale», estime Alejandro Frenkel, politologue à l’Université nationale de San Martin en Argentine. Ce traité permet en outre au Mercosur de signaler «une avancée dans un contexte de crise et de fragmentation interne» du bloc sud-américain, selon Alejandro Frenkel.
Décryptage
En supprimant une large part des droits de douane, l’accord favorise les exportations européennes de voitures, de machines, de vins et de fromages. Dans le sens inverse, il facilite l’entrée en Europe de bœuf, de volaille, sucre, riz, miel et soja sud-américains, avec des quotas de produits détaxés qui alarment les filières concernées. Pour ses partisans, l’accord permettra de relancer une économie européenne à la peine et de soigner les relations diplomatiques avec l’Amérique latine.
Milliers de manifestants
Mais pour ses détracteurs, ce traité va bousculer l’agriculture européenne avec des produits moins chers et pas forcément respectueux des normes de l’UE, faute de contrôles suffisants. Des milliers d’agriculteurs ont d’ailleurs manifesté ces derniers jours en France, en Pologne, en Irlande ou encore en Belgique. Dans l’espoir d’amadouer les agriculteurs, Bruxelles a enchaîné les concessions ces derniers mois, dont des garanties renforcées pour les produits les plus sensibles. Le gouvernement français, qui s’est opposé à l’accord, a surmonté mercredi 14 janvier deux motions de censure déposées à l’Assemblée nationale par les partis de gauche LFI et d’extrême droite RN.
Après la signature, le texte doit encore être ratifié par le Parlement européen. Le scrutin pourrait être serré, même si une majorité semble favorable à l’accord. Dès mercredi prochain, les eurodéputés se prononceront sur une éventuelle saisine de la justice contre cet accord, laquelle permettrait de décaler de plusieurs mois sa ratification mais n’empêcherait pas une éventuelle application provisoire.




