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Coup de frein

Mobilisation agricole : les tracteurs interdits de circuler, la Coordination rurale décidée à «monter à Paris d’une façon ou d’une autre»

Le président du deuxième syndicat agricole est ressorti «très remonté» de son rendez-vous avec Sébastien Lecornu, jugeant les réponses proposées par le Premier ministre à ses revendications insuffisantes.

Un tracteur mobilisé sur l'A64, en Haute-Garonne, en décembre 2025. (Benoit Tessier/Reuters)
Publié le 05/01/2026 à 21h29

La mobilisation des agriculteurs reprend et les moteur de tracteurs tournent, mais les arrêtés préfectoraux pourraient les empêcher d’arriver jusqu’à la capitale. Selon plusieurs documents consultés par l’AFP, la circulation des tracteurs est en effet interdite dans plusieurs régions du pays et ce jusqu’à jeudi. Des textes rendus publics après que la Coordination rurale, reçue lundi soir par Sébastien Lecornu à Matignon, a menacé d’une action dans la capitale.

A la sortie de la réunion, le président du syndicat Bertrand Venteau ne s’en est pas laissé compter, lançant un «appel solennel» auprès de ses adhérents pour «monter à Paris» de façon «pacifique». De ses propres mots «très remonté» et «maltraité» après son rendez-vous avec le Premier ministre, il a assuré que les membres de son syndicat se rendraient à la capitale «d’une façon ou d’une autre, même si la moitié doit finir en garde à vue».

Des blocages dans le sud-ouest et le sud-est

Sur fond de multiples crises, de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) à la contestation de l’accord entre l’Union européenne et le Mercosur qui doit être signé le 12 janvier, le mouvement agricole reprend de plus belle en ce début d’année après avoir occupé le devant de l’actualité au mois de décembre. «On restera mobilisés» contre l’accord UE-Mercosur, a déclaré le président des JA à la sortie de son rendez-vous à Matignon, annonçant une mobilisation au Parlement européen le 19 janvier.

Son allié, la FNSEA (classée à droite), qui avait lancé ses tracteurs à l’assaut de la capitale début 2024, a sonné la «mobilisation nationale» dimanche, ce qui pourrait donner de l’ampleur au mouvement mais ses actions semblent pour le moment locales et ne pas se diriger vers de grands déplacements.

Plusieurs points de blocage ont été dénombrés par la gendarmerie lundi, notamment sur les autoroutes A75 (Lozère), A64 (Haute-Garonne), A51 (Isère) et sur l’A7 à différents niveaux, notamment aux abords de Lyon. La question sera de savoir si le président du syndicat appellera à sa sortie de Matignon à lancer les tracteurs vers Paris malgré les interdictions de déplacements.

Après des premières rencontres à Matignon et à l’Elysée en décembre, le gouvernement a promis vendredi «de nombreuses mesures», «tout au long du mois de janvier». La ministre de l’Agriculture Annie Genevard a annoncé lundi que le fonds hydraulique agricole passerait à 60 millions d’euros en 2026.

Des annonces «insuffisantes» aux yeux des agriculteurs mobilisés

Dimanche, le Premier ministre avait promis dans une lettre ouverte aux agriculteurs d’entrer dans une phase «plus offensive». Sébastien Lecornu appelait notamment l’UE à «amplifier rapidement» ses contrôles aux frontières pour tous les produits agricoles qui «ne respecteraient pas les normes sanitaires et phytosanitaires» de l’Union imposées aux producteurs.

Sébastien Lecornu et Annie Genevard ont confirmé dimanche qu’ils suspendraient par arrêté l’importation de fruits et légumes d’Amérique du Sud contenant des résidus de fongicides et herbicides interdits en Europe. Attendu mardi au Journal officiel, l’arrêté devra toutefois obtenir un feu vert de Bruxelles, où Annie Genevard se rend mercredi pour une réunion spéciale avec ses homologues européens sur le Mercosur et la PAC.

Pour l’heure, les syndicats jugent toutes ces promesses «insuffisantes». Opposées à la procédure sanitaire gouvernementale pour traiter la dermatose nodulaire, la Coordination rurale (mouvement anti-écologiste adepte des opérations spectaculaires) et la Confédération paysanne (classée à gauche) ont multiplié les mouvements en décembre, réclamant la vaccination généralisée des cheptels et l’arrêt de l’abattage intégral d’un troupeau à l’apparition d’un premier cas de DNC. Dans le Sud-Ouest, 77 % des bêtes ont été vaccinées, a annoncé le ministère de l’Agriculture dans la journée de lundi.

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