Les arrêtés préfectoraux n’auront pas suffi à arrêter les tracteurs. Malgré d’importants dispositifs des forces de l’ordre, les agriculteurs poursuivent leur mobilisation ce mercredi 7 janvier à l’appel de plusieurs syndicats parmi lesquels la FNSEA, les Jeunes agriculteurs (JA), la Coordination rurale (CR) et la Confédération paysanne, avec en ligne de mire un rassemblement à Paris dès jeudi. Alors que Sébastien Lecornu, qui a reçu les organisations lundi et mardi, doit faire des annonces d’ici vendredi, une dizaine de blocages sont érigés autour de Toulouse, et un convoi a percuté un véhicule de la gendarmerie dans les Yvelines.
«Guerre d’usure»
A grand renfort d’engins agricoles, de bottes de paille et de fumier, les agriculteurs se sont fixé pour objectif de «paralyser» la capitale occitane en fermant les principaux axes qui l’entourent, ont constaté des journalistes de l’AFP. Epizootie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) chez les bovins, faible cours du blé et prix élevé des engrais, menace d’une concurrence accrue des pays latino-américains du Mercosur, les agriculteurs maintiendront la pression «tant qu’on n’aura pas de réponse», a déclaré à l’AFP Lionel Candelon, membre de la direction nationale de la Coordination rurale (CR).
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En prévision de cette mobilisation annoncée, le préfet de la région Occitanie et de la Haute-Garonne, Pierre-André Durand, avait pris plusieurs arrêtés d’interdiction, en raison du «risque de troubles à l’ordre public», des «potentielles perturbations de la circulation des services de secours ainsi que de la vie économique régionale».
«C’est une guerre d’usure. On est déterminés à faire le nécessaire pour avoir des réponses et être entendus», lance Pierre Solana, 37 ans. «Il faut vraiment qu’on trouve une solution pour sauver l’agriculture française», explique au petit matin cet éleveur du Gers, parti vers minuit d’Auch, à 70 kilomètres de Toulouse, dans un convoi de la Coordination rurale dont l’avancée a été «bloquée à plusieurs reprises».
Convois vers Paris
«On est très étonnés d’un tel déploiement de moyens parce qu’on a dit que la manifestation était pacifique et on s’est retrouvés bloqués par endroits», a déclaré le président de la Coordination rurale, Bertrand Venteau, reçu sur France Inter ce mercredi 7 janvier. Il a évoqué les convois en route vers Paris, où les agriculteurs ont prévu d’entrer jeudi 8 janvier.
«Même en sous-marin par la Seine, on va y arriver. On aura peut-être perdu des troupes, mais on arrivera dans Paris sur des lieux symboliques pour porter nos doléances», a-t-il ajouté, prévenant vouloir «rentrer pacifiquement» dans la capitale jusqu’à l’Assemblée nationale et au Sénat.
Dans la matinée, quatre tracteurs ont forcé le passage face à des gendarmes près de La Queue-les-Yvelines (Yvelines), touchant un véhicule des forces de l’ordre pour ensuite prendre la direction de Paris, a indiqué la gendarmerie à l’AFP. Selon cette source, les quatre tracteurs avaient fait un dépôt de neige sur la route N12 pour bloquer le trafic au niveau de cette commune quand un véhicule de patrouille a tenté d’intervenir.
Des sources avaient indiqué initialement qu’un barrage de gendarmerie avait été forcé, mais selon la gendarmerie, c’est ce véhicule unique qui a été poussé, ne causant aucun blessé et des dégâts matériels très légers.
Trois des quatre tracteurs sont passés sur la route, et leur position actuelle n’a pas été indiquée à l’AFP. Le quatrième a été suivi par la gendarmerie avant de s’arrêter dans un champ. Dans l’immédiat, l’AFP n’est pas en mesure d’indiquer si les agriculteurs font partie d’un des syndicats agricoles actuellement mobilisés.
«Mesures d’urgence»
Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a promis d’annoncer d’ici à vendredi «les mesures qu’il entend très concrètement mettre en place» pour répondre aux revendications des agriculteurs, a affirmé le 6 janvier le premier syndicat du secteur, la FNSEA.
A l’issue d’une réunion à Matignon, le président de l’organisation, Arnaud Rousseau, a dit espérer voir «clarifier» les détails de ces «mesures d’urgence attendues qui sont rappelées depuis très longtemps par la FNSEA». Il a mentionné les dossiers sanitaires, de la viticulture, de la taxe carbone aux frontières, mais aussi les décrets d’application de la loi Duplomb qui prévoit notamment des mesures de simplification administrative en faveur de la profession.




