La Coordination rurale se replie, la Confédération paysanne se déploie. Sur le périphérique parisien, la mobilisation agricole se poursuit vendredi 9 janvier contre l’accord Union européenne-Mercosur et la politique sanitaire du gouvernement.
La Confédération paysanne, troisième syndicat agricole français, a dénoncé en début d’après-midi l’interpellation de deux de ses porte-parole nationaux place de l’Étoile à Paris, alors qu’ils venaient «dénoncer pacifiquement l’accord UE-Mercosur», a déclaré à l’AFP une responsable du syndicat. «Deux porte-parole nationaux, Thomas Gibert et Stéphane Galais, ont été interpellés de manière très brutale par les forces de l’ordre. C’est inadmissible. Ils doivent immédiatement être relâchés, sans aucune poursuite», a dit Fanny Métrat, troisième porte-parole du syndicat. «Il y a deux jours, ils étaient dans le bureau du Premier ministre. Sébastien Lecornu nous a dit : “Il va falloir se mobiliser dans la rue contre le Mercosur”, la France vote contre et aujourd’hui, on arrête des représentants syndicaux paysans», s’est-elle indignée.
Le «non» de la France au traité de libre-échange avec le Mercosur, finalement décidé par le président Emmanuel Macron, et la quasi-certitude d’un vote en faveur de ce texte entre l’Union européenne et des pays latino-américains, laisse un goût amer aux agriculteurs, mobilisés depuis des mois contre ce traité.
Avant l’aube, plusieurs dizaines d’entre eux, affiliés à la Confédération paysanne, sont entrés sur le périphérique parisien, porte de Montreuil, avec six tracteurs, bloquant la circulation, un peu avant 7 h 30.
«Non ! Non ! Non au Mercosur !», ont-ils scandé, brandissant des fumigènes. «C’est le Mercosur qu’il faut abattre, pas nos vaches !», a déclaré Nicolas Fortin, secrétaire général du troisième syndicat agricole français, historiquement opposé au libre-échange et très engagé dans l’opposition à la gestion actuelle de l’épizootie de dermatose qui frappe les bovins.
«Un exploit»
Accompagnés de militants du mouvement écologiste les Soulèvements de la terre et d’étudiants d’AgroParisTech, les agriculteurs ont dit leur rejet de la «maladie du libre-échange». Une position défendue la veille par les «bonnets jaunes» de la Coordination rurale (CR), deuxième syndicat agricole français, coutumier des opérations coup de poing et mais éloignée de l’altermondialisme défendu par la Conf’.
«Mercosur mort à coup sûr», clamait une pancarte accrochée à un tracteur de la CR parvenu jeudi au pied de l’Arc de Triomphe. Après avoir cheminé depuis leurs bastions du Sud-Ouest, de Normandie ou du Nord, les agriculteurs ont réussi à entrer dans la capitale, jusque devant l’Assemblée nationale. Dans la soirée, le président du syndicat, l’éleveur Bertrand Venteau, a appelé ses troupes au repos. L’ensemble des agriculteurs et leurs engins avaient quitté Paris vers 22 heures, selon la police.
«Ce qui a été fait, c’est un exploit», a-t-il dit à ses troupes, juché sur un tracteur, promettant de «revenir» en force si besoin. Des actions de blocages routiers et manifestations sont prévues dans certaines régions de France, mais aussi en Belgique ou encore en Pologne, pour un troisième hiver d’affilée marqué par des mouvements d’agriculteurs.
Dans le Nord, les autoroutes A27 et A2, qui mènent aux autoroutes belges E42 et E19, sont fermées depuis jeudi soir dans le sens France-Belgique, selon la préfecture. La gendarmerie a fait état de plusieurs blocages routiers à 7 h 30, à Beaune (Bourgogne) mais aussi en Lozère, dans le Tarn et dans le Pays basque. L’accès au dépôt de carburant de Bassens, sur le port de Bordeaux, par des agriculteurs de la CR se poursuit, d’après l’AFP.
Crainte de la concurrence
Depuis début décembre, la mobilisation s’est durcie dans les campagnes françaises, pour dénoncer la gestion sanitaire de la dermatose nodulaire, la signature imminente du traité de libre-échange UE-Mercosur, la faiblesse des prix des céréales et la hausse de celui des engrais.
L’annonce d’un «non» au Mercosur de la France, qui n’est pas parvenue à réunir une minorité de blocage à Bruxelles, signifie surtout, pour les syndicats, la «faiblesse» et «l’isolement» de la première puissance agricole européenne. Et ce, en dépit des déclarations jeudi soir de la ministre de l’Agriculture Annie Genevard qui a revendiqué «un non puissant» contre ce traité et vanté les avancées obtenues par Paris, notamment pour faire baisser le prix des engrais et préserver le budget de la Politique agricole commune (PAC).
Ces dernières semaines, le gouvernement français et Bruxelles ont multiplié les annonces, mais la pilule du Mercosur ne passe pas pour de nombreux agriculteurs, qui craignent l’arrivée de bœuf, sucre et de volailles sud-américains produits avec des normes moins disantes que celles imposées aux Européens.
La Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), premier syndicat de France, a appelé à un grand rassemblement devant le Parlement européen à Strasbourg le 20 janvier, avec ses alliés des Jeunes agriculteurs. De son côté, le président de la CR a promis un combat «dur et long». Il a de nouveau appelé à un «moratoire sur les contrôles» dans les fermes jusqu’à la présidentielle.
Onze interpellations, 12 mises en fourrière et 65 verbalisations ainsi que plus de 600 manifestants ont été recensés jeudi par le ministère de l’Intérieur en Ile-de-France, hors de la capitale.




