Une dernière nuit et puis s’en va. Après quelques heures passées à veiller devant l’Assemblée nationale, les quelque 350 tracteurs de la FNSEA et des Jeunes agriculteurs (JA) ont commencé à se retirer de la capitale mercredi avant le lever du jour, après avoir obtenu dans la nuit des engagements sur les sujets de trésorerie.
«Une délégation a été reçue vers minuit par la ministre de l’Agriculture Annie Genevard qui nous a donné des précisions et des engagements sur les prêts de trésorerie et de restructuration pour les agriculteurs les plus endettés», a confié à l’AFP le vice-président de la FNSEA Luc Smessaert, avant de repartir dans l’Oise. Les premiers tracteurs ont commencé à quitter Paris vers 4 heures, a-t-il précisé.
Une «loi d’urgence agricole» sur la table du Conseil des ministres
Obtenir des avancées sur le sujet de la trésorerie avait été mentionné mardi soir par Damien Greffin, autres vice-présidents de la FNSEA, au moment de justifier la poursuite de la mobilisation «pour la nuit» devant l’Assemblée nationale. Plus tôt dans la journée, le Premier ministre avait annoncé une «loi d’urgence agricole» pour tenter de calmer la colère des agriculteurs. Le texte promis par Sébastien Lecornu doit porter sur «plusieurs priorités : eau, prédation, moyens de production».
Il «sera inscrit à l’ordre du jour du Conseil des ministres au mois de mars et sera ensuite examiné par le Parlement avant l’été», a assuré le Premier ministre. Cela s’ajoute à un paquet de «300 millions d’euros» annoncé vendredi et qui contient des mesures prévues à la fois dans le budget, et donc soumises au vote des parlementaires, et d’autres déjà égrainées ces dernières semaines par le gouvernement pour répondre à la crise agricole, alimentée par le rejet de l’accord sur le Mercosur et, pour partie, par la politique sanitaire du gouvernement pour lutter contre la dermatose nodulaire.
Autant d’annonces qui ont répondu point par point ou presque aux demandes de la FNSEA et des des JA, organisations encore majoritaires du syndicalisme agricole, en partie dans le grand bassin parisien et le nord de la France.
Les mesures n’ont pas été aussi bien accueillies par les deux autres syndicats agricoles que sont la Coordination rurale et la Confédération paysanne, davantage implantées dans la partie sud du pays. La première, adepte des opérations coups de poing et portée par un discours anti-écologiste, a dénoncé mardi sur X «la différence de traitement du gouvernement face à nos mobilisations», en référence aux interdictions auxquelles le deuxième syndicat a fait face en amenant ses tracteurs, jeudi 8 janvier à Paris. La Confédération paysanne, qui avait aussi emmené des tracteurs à Paris le lendemain, a dénoncé dans un communiqué les demandes de la FNSEA sur l’eau qui ne «répondent pas à la colère».
«Malgré tous les efforts pour nous museler, nos tracteurs sont enfin rentrés dans Toulouse»
Si bien que dans la nuit, c’est dans la plus grande ville du sud-ouest, Toulouse, que les engins agricoles de la Coordination rurale du Gers ont fait leur apparition, en dépit d’une interdiction du préfet de Haute-Garonne et de la région Occitanie.
«Malgré tous les efforts pour nous museler, pour nous interdire de manifester, pour nous intimider et nous faire rester chez nous, nos tracteurs sont enfin rentrés dans Toulouse», se félicitait vers 23 heures Lionel Candelon, président de la CR du Gers et de la chambre d’agriculture locale, dans un message à l’AFP.
Sur place, le porte-parole de l’antenne départementale du syndicat Vincent Arbusti a dénoncé un deux poids, deux mesures entre le traitement de la FNSEA et celui des bonnets jaunes de la CR : «Quand nous, on décide de s’approcher pacifiquement, on a un accueil qui est bien différent d’autres personnes. […] Les premiers arrivés, le plus proche de la préfecture, se sont vus casser une vitre par les forces de l’ordre».
Quatre personnes ont également été interpellées, a ajouté le porte-parole, avant que les manifestants ne finissent par être délogés de la préfecture : «Voilà la réponse de l’Etat quand on sait que l’on nous a apporté aucune réponse, hormis la signature [de l’accord avec le] Mercosur.» Se rabattant vers la périphérie, une dizaine de tracteurs de la Coordination rurale du Gers ont ensuite filtré la circulation sur un rond-point menant à l’aéroport Toulouse-Blagnac, perturbant le trafic.




