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Nestlé va pouvoir continuer à vendre ses bouteilles Perrier comme «eau minérale naturelle», tranche la justice

L’association de consommateurs UFC-Que choisir, qui dénonce la microfiltration utilisée par le groupe sur ses eaux, demandait une «interdiction de commercialisation» et «la cessation des tromperies».

(Fred Tanneau/AFP)
Publié le 18/11/2025 à 8h29, mis à jour le 19/11/2025 à 7h38

Enième rebondissement d’un feuilleton de deux ans. Les ventes de Perrier sous l’appellation «eau minérale naturelle» par Nestlé Waters vont pouvoir se poursuivre, a tranché le tribunal judiciaire de Nanterre ce mardi 18 novembre. «L’existence d’un risque sanitaire pour le consommateur lié aux eaux Perrier étiquetées eaux minérales naturellesn’est nullement établie avec l’évidence requise en référé, de sorte qu’aucun dommage imminent n’est démontré», a estimé la justice.

C’est l’association de consommateurs UFC-Que choisir qui avait déposé un recours, en référé, au printemps. L’audience avait eu lieu fin septembre. L’association de consommateurs avait argué que la microfiltration utilisée par le groupe sur ses eaux fait que celles-ci ne peuvent plus prétendre à l’appellation «eau minérale naturelle», et demandait une «interdiction de commercialisation» et «la cessation des tromperies». Son avocat, Me Alexis Macchetto, était allé jusqu’à dire qu’il existait «un risque réel pour le consommateur».

L’association a été condamnée à verser 5 000 euros à Nestlé Waters pour couvrir ses frais de justice. «Nous sommes en colère, a réagi sa présidente, Marie-Amandine Stévenin. La pratique commerciale trompeuse est complètement passée sous le tapis au motif que par la suite il y a eu des mesures qui ont été prises, notamment de communication.» Et d’ajouter: «On ne peut pas accepter un discours qui vienne dire qu’il faut qu’il y ait des cas avérés avant de considérer qu’il y a un vrai risque sanitaire.» Elle n’a pas indiqué dans l’immédiat si l’association interjeterait appel.

Avant la décision de ce mardi, la présidente de l’UFC-Que choisir avait estimé que «les juges ont l’occasion de rappeler une évidence : une eau vendue comme eau minérale naturelle doit être… naturelle et originellement pure».

Nestlé Waters & Premium Beverages, qui produit en France les eaux Perrier, Vittel, Contrex ou encore Hépar, contestait «fermement» les demandes d’UFC-Que choisir, «notamment les allégations mettant en cause la sécurité alimentaire des produits».

«Toutes nos eaux» sont consommables «en toute sécurité», assénait depuis deux ans le groupe au cœur d’un scandale après qu’il a admis, début 2024 sous le coup de plusieurs enquêtes de presse, avoir utilisé par le passé des traitements interdits (charbon, UV) pour ses eaux.

Commercialisation «trompeuse» ?

Ils ont été depuis remplacés par une microfiltration à 0,2 micron dont la légalité a été contestée, l’eau minérale naturelle ne pouvant faire l’objet de désinfection ou traitement de nature à modifier ses caractéristiques, sauf exception pour retirer du fer ou du manganèse considérés comme nocifs.

Le groupe affirme l’avoir fait dans le cadre d’un plan de transformation validé par le gouvernement en 2023. L’action du gouvernement dans cette affaire a été vertement critiquée par une commission d’enquête sénatoriale en début d’année.

Depuis, les autorités sanitaires ont estimé que cette microfiltration à 0,2 micron modifiait le microbisme de l’eau, poussant le groupe, sous injonction préfectorale, à la remplacer par une microfiltration à 0,45 micron.

Si Nestlé Waters affirme que ce degré de microfiltration a été validé par les autorités, il a dû déposer de nouvelles demandes d’autorisation préfectorale pour exploiter ses forages et commercialiser sous l’appellation eau minérale naturelle.

Alors que les préfets n’ont toujours pas rendu leur décision, UFC-Que choisir affirmait que la commercialisation actuelle est «trompeuse». Nestlé Waters s’en défendait, soulignant la mise en place depuis juin, indépendamment de la procédure judiciaire, d’une «vaste» campagne de communication dans les supermarchés et la presse précisant bien que les eaux Perrier, Contrex et Hépar «sont susceptibles» de ne pas être minérales naturelles selon «l’analyse par l’Etat de leur microfiltration».

Des ventes «même en croissance»

Dans l’immédiat, cette campagne ne semble pas avoir eu d’impact sur les ventes. Sur les bouteilles Perrier classiques, «le nombre de foyers acheteurs est resté stable», affirme l’entreprise, précisant qu’elle vend toute sa production. Sur le dernier trimestre, avec une météo propice à la consommation d’eau, les ventes sont «même en croissance».

En revanche, la production des bouteilles bleues de Perrier fines bulles a reculé puisque des forages ont été suspendus depuis le début du scandale, et le groupe reconnaît que les ventes ont mécaniquement baissé.

Une autre campagne de communication a été lancée ces dernières semaines, cette fois par les concurrents français de Nestlé Waters réunis dans la Maison des eaux minérales naturelles. «L’appellation eau minérale naturelle se mérite», affirme le syndicat qui rassemble Danone (Evian, Badoit, Salvetat, Volvic) et des plus petits acteurs (Wattwiller, Mont-Roucous, Eau neuve, Bonneval).

Pour eux, la réglementation, dont Nestlé Waters a demandé une clarification, est limpide : «Nous partageons une responsabilité commune : protéger la pureté originelle. Sans traitement. Sans compromis.» C’est-à-dire avec une microfiltration à 0,45 micron réservée au retrait du fer ou du manganèse, ce qui n’est pas le cas pour les filtres utilisés par Nestlé Waters dans le cadre des demandes d’autorisation en cours.

Mise à jour à 18 h 31 avec l’ajout de la décision du tribunal judiciaire de Nanterre ; le 19 novembre à 7 h 38 avec la réaction de l’UFC-Que choisir.

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