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Perrier peut continuer à vendre de «l’eau minérale naturelle»

Un arrêté préfectoral publié ce vendredi autorise Nestlé Waters à produire du Perrier avec l’appellation haut de gamme sur son site de Vergèze, dans le Gard, mais seulement sur deux de ses cinq forages.

L'usine d'eau minérale naturelle gazeuse Perrier à Vergèze, ici le 18 novembre 2025, devra renforcer ses contrôles sanitaires. (Manon Cruz/REUTERS)
Publié le 19/12/2025 à 15h56

Les autorités françaises avaient jusqu’à fin mars pour se prononcer, mais c’est finalement juste avant le début des vacances de fin d’année qu’elles ont publié leur décision : Nestlé Waters pourra bien continuer à produire du Perrier avec l’appellation haut de gamme «eau minérale naturelle» sur son site de Vergèze, dans le Gard.

Selon un arrêté du préfet du Gard révélé par Radio France et Le Monde, l’entreprise, au cœur d’un scandale depuis plusieurs mois sur la qualité de ses eaux, «est autorisée à exploiter […] après traitement et renforcement au gaz carbonique, l’eau minérale naturelle source Perrier issue du mélange des eaux des captages Romaine VI et Romaine VII» sur le site gardois. La décision s’appuie sur l’avis favorable «sous réserves» rendu par l’Agence régionale de santé (ARS) d’Occitanie fin novembre.

Les trois autres forages du site, pour lesquels Nestlé n’avait pas demandé d’autorisation en raison de l’impossibilité de les maintenir purs sans traitements interdits, «ne sont plus autorisés à l’exploitation». Leurs canalisations devront être démantelées.

Des «écarts biologiques» détectés en décembre

L’arrêté impose par ailleurs que les contrôles sanitaires soient renforcés, avec par exemple sur les forages un suivi des paramètres microbiologiques chaque semaine. Et d’ici deux ans, la transmission d’un bilan pour «attester que la stabilité de la composition minérale de l’eau, la pureté originelle et la protection suffisante de la nappe exploitée sont vérifiées».

Le leader mondial des eaux en bouteille avait déposé ces demandes d’autorisation en juillet à la préfecture, après qu’il a dû abandonner ses traitements interdits, révélés dans la presse l’année dernière. L’eau minérale naturelle ne pouvant faire l’objet de désinfection ou traitement de nature à modifier ses caractéristiques, le scandale avait contraint Nestlé à adopter la méthode de la microfiltration à 0,2 micron, dont la légalité est elle aussi contestée, puis celle à 0,45 micron.

En décembre, Radio France avait toutefois révélé de nouveaux épisodes de contaminations à Vergèze, depuis le retrait progressif des filtres interdit. Des milliers de palettes de bouteilles vertes étaient restées bloquées après la détection «d’écarts bactériologiques». Le 10 décembre, les puits du site gardois avaient été mis à l’arrêt sur décision préfectorale à la suite d’une inspection de la direction régionale de l’environnement.

Une décision «incompréhensible»

Si l’arrêté a été accueilli «avec beaucoup de soulagement» par le géant suisse, il ne fait pas l’unanimité. L’association de défense des consommateurs Foodwatch a dénoncé une décision «incompréhensible», en avançant que «la fraude, qui consiste à filtrer les eaux en bouteille, demeure caractérisée», Nestlé n’ayant «que partiellement» démontré «que les traitements de microfiltration à 0,45 µm n’avaient pas d’impact sur le microbisme naturel de l’eau», selon l’ARS.

En novembre, le tribunal judiciaire de Nanterre avait autorisé une première fois la poursuite de la commercialisation des eaux Perrier sous l’appellation «eau minérale naturelle», après un recours introduit en référé par l’UFC-Que Choisir.

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