C’est l’un des aliments plébiscités par les Français face à l’inflation, et il est pourtant placé sous haute surveillance. La raison : il est l’un des aliments les plus sensibles à la présence de Pfas. Mardi 9 décembre, la préfecture de Haute-Savoie a dévoilé les résultats d’une étude menée fin octobre mesurant la présence de ces «substances per- et polyfluoroalkylées» dans les œufs issus de poulaillers domestiques sur Rumilly et huit communes alentour. Une zone notamment connue pour être le berceau de l’usine Tefal, capitale mondiale de la poêle et hot spot d’une contamination aux polluants éternels. Conclusions de ce rapport : parmi les 39 échantillons réalisés, «un dépassement des seuils réglementaires européens applicables aux denrées commercialisées» a été mis en lumière pour 31 prélèvements, indique la préfecture.
«Afin de limiter l’exposition de la population aux Pfas», la préfecture déconseille alors la consommation des œufs, aliment dont la consommation a atteint cette année un record, provenant de poulaillers domestiques provenant de cette zone. Les œufs vendus par les particuliers sont également concernés. A l’inverse, les œufs provenant des ateliers de poules pondeuses sont, eux, jugés «conformes» car soumis à davantage de contrôles et de seuils réglementaires.
Les œufs «sont des réservoirs de pollution environnementale», explique Rachel Cambonie, directrice adjointe de la délégation départementale de l’Agence régionale de santé (ARS), pour France 3 Haute-Savoie. «Les poules, lorsqu’elles picorent dans le sol, vont ingérer des graines, des insectes ou même des végétaux qui ont pu être exposés à des substances résistantes comme les Pfas», détaille-t-elle.
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Cette alerte s’inscrit dans une lignée d’autres restrictions similaires mises en place dans l’Hexagone. En 2023, une première alerte avait été émise concernant la consommation d’œufs de poulaillers domestiques dans toute l’agglomération parisienne en raison d’une «contamination» par des «polluants organiques persistants», notamment près de poulaillers situés proches de l’incinérateur de déchets d’Ivry-sur-Seine. Plus au sud, dans les alentours de Lyon, notamment aux abords des deux usines chimiques Arkema et Daikin, des recommandations identiques avaient plus tard été édictées par la préfecture du Rhône après la détection de polluants éternels huit à seize fois supérieurs aux seuils définis par la réglementation européenne. Ces substances – utilisés notamment dans les textiles, les emballages en papier et carton pour le contact alimentaire – sont associées à des risques de cancers, de perturbation du système immunitaire et de la thyroïde.
Alerte sur les fruits et les légumes
A Rumilly et dans les alentours, la consommation de fruits et légumes des potagers de particuliers est elle aussi déconseillée sur «un périmètre très limité». De plus, la préfecture met en garde les riverains sur la consommation d’eau issue des puits privés : les résultats fournis par le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) confirment la contamination de la nappe sur le secteur de Rumilly, et permettent d’étendre le périmètre de restriction mis en place en février «à l’ensemble de la commune de Bloye».
«Il est recommandé de ne pas utiliser l’eau issue des puits privés de particuliers à usage unifamilial, quel qu’en soit l’usage. Cette recommandation s’applique également à l’arrosage des potagers, qui demeure toutefois possible avec l’eau du robinet», précise ainsi la note de l’Etat.
Aucune contre-indication en revanche concernant la consommation de lait et de viande produit localement dans des exploitations agricoles : aucune norme n’a été dépassée.
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Bien au-delà de Rumilly, à l’échelle de tout le département, l’Agence régionale de santé (ARS) mène de son côté une surveillance généralisée de l’eau du robinet afin de détecter la présence de polluants éternels. A ce jour, tous les prélèvements sont conformes aux normes et «l’eau du robinet demeure propre à la consommation, conformément à la réglementation», rassure la préfecture.




