Nouveau rebondissement dans le sillage du scandale des eaux minérales naturelles. L’entreprise Bonneval Emergence a assigné en octobre son concurrent Nestlé Waters devant le tribunal de Nanterre pour concurrence déloyale, a révélé Le Monde ce mercredi 17 décembre. Des informations également confirmées par l’AFP.
La société, qui commercialise notamment l’eau minérale naturelle Bonneval, réclame un peu plus de 1,3 milliard d’euros, soit 1,6 milliard avec les intérêts, au géant agroalimentaire, au titre du préjudice économique subi. Bonneval demande également la fin de la commercialisation des eaux minérales produites sur les marchés français et le rappel des produits estampillés «eau minérale naturelle», avec une astreinte d’un million d’euros par jour de retard.
Contacté par l’AFP, Nestlé Waters, qui produit en France les eaux Perrier, Vittel, Contrex ou encore Hépar, déclare avoir «pris acte de cette assignation déposée sur des motifs que nous estimons totalement infondés» et annonce qu’il défendra «vigoureusement [sa] position».
Traitements interdits
Nestlé Waters est au cœur d’un scandale après avoir admis début 2024, sous la pression de plusieurs enquêtes de presse, avoir utilisé par le passé des traitements interdits tels que le filtre à charbon et les filtres UV pour ses eaux.
En utilisant ces traitements, Nestlé Waters «a commis des actes de concurrence déloyale à l’encontre de Bonneval», accuse son concurrent, estimant qu’il aurait pu capter «les parts de marché illégalement occupées par cette dernière» en augmentant sa capacité de production. «Il s’agit de réparer un préjudice causé et de restaurer une concurrence loyale pour l’avenir», indique à l’AFP David Merle, directeur général et cofondateur de l’entreprise.
Enquête
Suite à ces révélations, Nestlé Waters a remplacé les traitements interdits par une microfiltration à 0,2 micron dont la légalité a été contestée. Et pour cause : l’eau minérale naturelle ne peut pas faire l’objet de désinfection ou traitement de nature à modifier ses caractéristiques, sauf exception pour retirer du fer ou du manganèse considérés comme nocifs.
Deux plaintes
Depuis, les autorités sanitaires ont estimé que la microfiltration modifiait le microbisme de l’eau [flore bactérienne, ndlr], poussant le groupe, sous injonction préfectorale, à la remplacer par une microfiltration à 0,45 micron. Si Nestlé Waters affirme que ce degré de microfiltration a été validé par les autorités, il a dû déposer de nouvelles demandes d’autorisation préfectorale pour exploiter ses forages et continuer à vendre ses bouteilles sous l’appellation «eau minérale naturelle».
En novembre, après le recours de l’association de consommateurs UFC-Que Choisir, la justice avait tranché : la poursuite de la commercialisation des eaux Perrier sous cette fameuse appellation, «eau minérale naturelle», a été autorisée par le tribunal judiciaire de Nanterre.
Au pénal, deux informations judiciaires avaient été ouvertes en février à Paris après deux plaintes de l’association Foodwatch visant Nestlé Waters et le groupe Sources Alma (Cristalline, St-Yorre, Vichy Célestins) concernant le traitement de leurs eaux minérales.




