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Au Canada, des scientifiques sidérés par la méthode de chasse inédite de loups

Dans l’ouest du pays, des canidés ont été filmés alors qu’ils remontaient à la surface de l’eau un piège à crabes afin de manger l’appât qu’ils contenaient. Une approche qui pourrait être la première utilisation connue d’outils chez ces animaux sauvages.

Images publiées le 20 novembre 2025 montrant un loup extirpant hors de l'eau un filet, dans une région reculée de la Colombie-Britannique, au Canada. (Hailzaqv Wolf and Biodiversity Project /AFP)
Publié le 21/11/2025 à 17h19, mis à jour le 21/11/2025 à 17h51

Ouest du Canada, région reculée de la province de la Colombie-Britannique. Depuis début 2023 et l’installation de pièges à crabes verts – une espèce envahissante qui menace l’écosystème local – par les Heiltsuk, un peuple autochtone local vivant le long de la côte, le mystère demeure. Qui s’amuse à vandaliser les filets ? Qui est ce mystérieux prédateur qui, régulièrement, extirpe hors de l’eau ces pièges et en dévore son contenu une fois sur le rivage ? Et pourquoi, à chaque fois, les dégâts concernent les filets contenant des morceaux de harengs ou d’otaries, qui servent d’appâts ?

L’identité des voleurs est aujourd’hui connue : le Canis lupus. Et non un prédateur marin, comme longtemps envisagé. Dans une étude publiée lundi 17 novembre dans la revue Ecology and Evolution, plusieurs scientifiques associés à la Première Nation heiltsuk, un peuple autochtone local, révèlent en effet que des loups sont derrière ces méfaits.

Des caméras installées le long de la berge en mai 2024 ont permis de percer ce mystère. Sur plusieurs vidéos, on peut ainsi apercevoir une louve qui émerge de la rivière en tenant dans sa gueule une bouée flottante. Le canidé marche à reculons et, progressivement, ramène à l’aide de ses crocs le flotteur et filet auparavant dans les profondeurs vers la plage de cailloux. Sans tarder et visiblement au fait du butin qu’elle recherche, la louve mâche le filet pour en libérer la boîte contenant les appâts. Une fois son repas savouré, en trois minutes chrono, l’animal, rassasié, s’ébroue rapidement avant de quitter le rivage. Ni vu ni connu.

«Je n’en croyais pas mes yeux»

Pour Kyle Artelle, un biologiste en environnement à la State University of New York, ce comportement «vraiment intelligent, vraiment incroyable et sophistiqué» est «méticuleusement chorégraphié». «La louve savait comment tirer le piège, et savait que si elle tirait le piège sur la plage, elle pourrait obtenir de la nourriture […]. Je n’en croyais pas mes yeux», ajoute-t-il. «Chaque geste est parfaitement efficace.» L’animal démontre de fait une «compréhension fine du mécanisme complexe reliant la bouée flottante à l’appât contenu dans le piège invisible», peut-on également lire dans l’étude.

Selon les chercheurs, cette approche sophistiquée serait «potentiellement la première utilisation connue d’outils chez les loups sauvages». La louve pourrait, d’après eux, avoir compris comment ramener le casier sur la rive progressivement, après plusieurs essais et erreurs, soulignant que les loups dans cette région reculée sont moins exposés aux dangers, dont ceux engendrés par les humains. Et qu’ils ont par conséquent plus de temps pour expérimenter.

En février 2025, dans une vidéo captée au même endroit, un autre loup est lui aussi filmé alors qu’il effectue la même manœuvre. Lui tire cependant une ligne reliée à un piège partiellement immergé. Par ailleurs, de façon intermittente, «d’autres pièges ont aussi été endommagés et traînés à proximité sans toutefois être filmés». Gare aux bouées flottantes, donc. Peut-être faudrait-il mieux changer d’appât.

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