Tous les articles du Libé des animaux, en kiosque les 24 et 25 décembre, sont à lire ici.
Ils ont des petits yeux doux et l’air un peu bête, le cou en teintes de rose et vert irisés qu’on adorerait en ombres à paupières, un roucoulement adorable, et sont toujours en train de faire trempette pour nettoyer leurs plumes ou de se faire des bisous. Vous voyez de qui je parle ? Ou peut-être que vous les qualifieriez de «rats volants», sales et porteurs de maladies, à n’approcher sous aucun prétexte. C‘est un drôle de paradoxe : tout le monde adore les oiseaux, mais tout le monde déteste les pigeons.
Pourquoi tant de haine ? Comme les renards, les corneilles ou les rats, les pigeons sont des animaux liminaires, qui vivent en périphérie des humains, dans un espace hybride ni totalement sauvage ni totalement domestique. Surtout, leur présence à nos côtés en ville est de notre fait, puisqu’après des milliers d’années d’exploitation pour servir de nourriture ou de messagers – même leur fiente était autrefois intéressante pour nous puisqu’elle nous servait d’engrais –, les pigeons biset domestiqués ont été laissés-pour-compte au milieu de nos villes, loin de leurs milieux d’origine. Et puis le temps a passé, l’histoire de leur proximité avec les humains s’est estompée dans nos mémoires, et ces animaux que l’on jugeait autrefois délicats, dignes des volières de la bonne société du XI




