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Primates

Etats-Unis : le CDC, principale agence fédérale sanitaire américaine, va mettre fin aux recherches impliquant des singes

Selon la revue «Science», qui révèle l’information, la décision pourrait mettre un sérieux coup d’arrêt à l’avancée de la recherche sur les maladies infectieuses.

Une chercheuse de l'université du Wisconsin-Madison, réalise une échographie sur une femelle macaque rhésus enceinte infectée par le virus Zika, le 28 juin 2016 à Madison, dans le Wisconsin. (Scott Olson/Getty Images. AFP)
Publié le 24/11/2025 à 20h17

L’annonce fait l’effet d’un coup de massue pour la communauté scientifique étasunienne. Les programmes de recherche sur des singes, même ceux en cours, devront être abandonnés par l’agence fédérale des Centres américains pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), selon un article publié le 21 novembre par la revue Science. D’après une source gouvernementale anonyme citée par le média, le ministère de la Santé projette de mettre fin à ces recherches, dont certaines portant sur le VIH, d’ici la fin de l’année.

Une décision «sans précédent», pour Sally Thompson-Iritani, vice-doyenne adjointe responsable du programme de soins aux animaux de l’université de Washington, qui concerne quelque 200 singes. Leur destin reste flou, certains devront rejoindre des refuges et d’autres, infectés par des virus humains, pourraient être euthanasiés.

La décision, largement engagée, a du mal à passer pour de nombreux scientifiques pour qui ce choix risque de peser sur l’avancée de la recherche. Car les programmes impliquant des expérimentations sur des primates ont joué un rôle central dans la prévention de maladies infectieuses, notamment dans l’élaboration de la prophylaxie pré-exposition, un traitement de prévention d’infection par le VIH connu sous le nom de «Prep» et qui a nettement réduit les taux d’infection dans le monde entier.

«Pas de véritable alternative»

Deborah Fuller, directrice du Washington National Primate Research Center, qui étudie le VIH depuis trois décennies, déplore «une perte énorme» pour la recherche dans ce domaine, notamment en matière de protection des femmes contre le VIH, et pour lequel il «n’existe pas de véritable alternative».

Pour remplacer les expérimentations sur les animaux, l’administration de Trump compte investir dans les puces organiques et le développement de l’intelligence artificielle, alors que le vaccino-sceptique ministre de la Santé Robert Kennedy Jr a récemment inscrit la réduction de la recherche animale dans son programme «Make America Healthy Again» (Rendre à l’Amérique sa santé).

Or, la lutte contre les expérimentations menées sur des primates pourrait être un cheval de Troie visant à freiner plus globalement l’avancée de la recherche aux Etats-Unis sur le sida, rapporte la revue. Selon Science, un projet de loi budgétaire de la Chambre des représentants, qui fixe les niveaux de dépenses de l’agence CDC pour 2026, prévoit de supprimer le financement de leur branche consacrée au VIH.

Cette ingérence prend d’autant plus de relief que la directive visant à interrompre les projets impliquant des singes émane, selon l’agence Bloomberg, d’un ancien employé du Département de l’efficacité gouvernementale (DOGE), Sam Beyda, récemment nommé chef adjoint des CDC, la principale agence fédérale en matière de protection de la santé publique. L’homme serait dépourvu de formation scientifique, selon la revue à l’origine de la révélation du gel de ces programmes de recherche.

Mais l’annonce a été applaudie par les défenseurs de la cause antispéciste. «Cela dépasse nos attentes», a commenté Justin Goodman, vice-président senior chargé de la défense des intérêts et des politiques publiques au sein de l’ONG White Coat Waste Project qui lutte contre les expérimentations animales. Il espère que «cela serve de modèle pour d’autres agences».

D’autres structures scientifiques américaines regardent en effet inquiétude cette décision de renoncer à tout un pan de la recherche. C’est notamment le cas de la Food and Drug Administration, qui héberge actuellement environ 45 babouins et macaques.

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