La fin de l’errance du Spiridon II. Parti d’Uruguay en septembre avec à son bord pas moins de 2 900 vaches, le cargo est resté bloqué deux mois dans la Méditerranée après s’être vu refuser l’autorisation de débarquer son chargement en Turquie. Les bovidés ont finalement été acceptés en Libye, a affirmé mardi 25 novembre le gouvernement uruguayen. La Fondation pour le bien-être des animaux émet des doutes sur cette annonce, et s’alarme du possible déversement de cadavres en mer. Elle appelle à une enquête internationale.
Parti le 20 septembre, le cargo Spiridon II, qui transportait pour moitié des vaches en pleine gestation, est arrivé le 22 octobre au large de Bandirma (ouest de la Turquie). «Des inspections ont révélé que certains animaux n’étaient pas munis de boucles auriculaires ni de puces d’identification électronique, et que 469 d’entre eux ne correspondaient pas aux listes fournies», ce qui a conduit à l’interdiction d’entrée du bétail, avait indiqué le gouvernement turc. Le navire est resté bloqué un mois.
«Calvaire»
L’Uruguay a évoqué un désaccord entre l’exportateur et l’importateur, et indiqué la semaine dernière que le navire avait entamé son voyage de retour, tout en précisant qu’il tenterait d’acheminer le bétail vers une autre destination. Alors qu’il repartait pour Montevideo, il a pu se dérouter vers Benghazi, dans l’est de la Libye, ont indiqué la Fondation pour le bien-être animal et Robin des Bois sur la base d’images satellitaires le 24 novembre. Information confirmée par le ministère uruguayen de l’Elevage, de l’Agriculture et de la Pêche, qui estime que l’affaire «est définitivement résolue», précisant que «les animaux ont débarqué en bonne santé».
Le directeur de Ganosan, l’entreprise uruguayenne qui a conclu la vente à la Turquie, a déclaré à des médias locaux spécialisés dans l’agriculture avoir vécu un «calvaire». Selon lui, la destination finale libyenne a été une surprise car ce pays n’a pas établi de protocoles avec l’Uruguay sur l’exportation de bétail vivant.
«Nous avons fait ce que nous devions faire. Nous avons vendu […] nous avons mis le bétail sur le bateau, l’homme a payé, l’homme a affrété le bateau, le bateau est parti et c’est là que ça s’arrête pour nous», a-t-il conclu.
Signal coupé
Mais la Fondation pour le bien-être animal (AWF, selon son sigle en anglais) a déclaré le 25 novembre à l’AFP qu’il «n’y a pas d’informations fiables» sur l’état sanitaire des animaux à leur arrivée en Libye. Dix jours plus tôt, l’ONG alertait déjà sur le sort des animaux : «Les documents judiciaires révèlent des détails alarmants. 58 bovins sont morts durant la traversée de l’Uruguay à la Turquie. […] Au moins 140 vaches ont mis bas à bord» , déclarait-elle dans un communiqué. «Les nouveau-nés vivants ont une existence très difficile», dans «un enclos surpeuplé», estimait-elle, précisant qu’il était «fort probable que la plupart des veaux soient morts».
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L’extinction du signal pendant trois jours la semaine dernière soulève des questions, notamment sur le possible déversement par-dessus bord de cadavres d’animaux, de lisier et de déchets accumulés pendant deux mois, ce qui serait une «claire violation de l’accord international sur la protection marine Marpol». L’ONG cite aussi des images satellitaires montrant le pont vide, sans les grands sacs blancs repérés auparavant et suspectés de contenir des cadavres.
«Nous assistons à l’une des plus graves violations de la protection marine et du bien-être animal enregistrées ces dernières années - et à un nouvel exemple de l’échec structurel du transport d’animaux vivants par la mer», a commenté Maria Boada Saña, vétérinaire pour l’AWF.
La Fondation appelle à une enquête «immédiate», de la part de l’Organisation mondiale de la santé animale et de l’Organisation maritime internationale, avec examen des animaux (à bord ou en Libye), et à des investigations pour violations éventuelles de l’accord Marpol. Elle appelle également à l’interdiction du transport d’animaux vivants en haute mer.
Mise à jour le 26 novembre à 9 h 30 avec les déclarations du gouvernement uruguayen.




