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Grippe aviaire : présente en Antarctique depuis deux ans, la maladie risque de menacer d’extinction la faune sauvage

De récentes études font état d’une propagation du virus H5N1 sur le continent glacé, notamment une variante particulièrement dangereuse, fragilisant la biodiversité.

Un manchot papou donne à manger à son petit, en Antarctique, en janvier 2024. (Juan Barreto/AFP)
Publié le 18/02/2026 à 12h22

La grippe aviaire se propage en Antarctique. Détecté pour la première fois en février 2024 sur les cadavres de deux labbes, ces oiseaux marins charognards, le virus H5N1 fait des ravages chez cette espèce, et gagne d’autres animaux natifs du continent glacé. Dans une récente étude internationale, publiée en janvier 2026 dans la revue Scientific Reports, des chercheurs ont recensé la mort d’environ 50 labbes en raison de la grippe aviaire, durant les étés 2023 et 2024.

Cormorans, goélands, manchots…

La présence d’une variante particulièrement dangereuse du virus a été détectée dès avril 2024 par le scientifique chilien Victor Neira et son équipe, et ses résultats parus dans Frontiers in Veterinary Science. «Cette maladie est capable de tuer 100 % des oiseaux en de courtes périodes», assure le scientifique, qui étudie l’arrivée de la grippe aviaire en Antarctique depuis une dizaine d’années. Des cas d’animaux porteurs du virus H5N1 ont été découverts tout le long des 900 km de la côte occidentale inspectée par les scientifiques.

«Le virus s’est complètement propagé dans la région antarctique où nous avons la capacité d’aller étudier», déplore Victor Neira. Lors de la dernière expédition durant l’été austral, de nouveaux cas ont été confirmés sur une dizaine d’espèces, telles que les cormorans antarctiques, le goéland dominicain, les manchots Adélie ou papous, ainsi que l’otarie à fourrure antarctique.

Les labbes, en tant que charognards, sont particulièrement touchés par la maladie puisqu’ils peuvent se nourrir du cadavre de leurs congénères infectés. Ces particularités font que les «labbes pourraient jouer un rôle important dans la propagation du virus à travers l’Antarctique», craignent les auteurs de l’étude internationale.

Espèces rares

Bien que les espèces jusqu’ici infectées ne présentent pour l’instant qu’un risque d’extinction «de moindre préoccupation» selon l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), Victor Neira rappelle que «les espèces de l’Antarctique sont en général rares à l’échelle mondiale». Les populations du cormoran antarctique ou du labbe antarctique ne sont estimées qu’à 20 000 individus. Si le virus continue de se renforcer, «toute espèce, si elle est gravement touchée, pourrait finir par être menacée d’extinction», alerte le scientifique.

En 2023, peu avant son arrivée en Antarctique, la grippe aviaire a tué environ 1 300 manchots de Humboldt, soit près de 10 % de cette population présente au Chili, selon le Service national des pêches (Sernapesca). Une vague mondiale de grippe aviaire frappe depuis 2021 des millions d’oiseaux sauvages et de mammifères en Amérique, en Asie et en Europe, en raison de leur migration à travers le monde.

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