Jeux de main, jeux de vilain. A l’exception près que les reptiles n’utilisent pas leurs pattes pour jouer, mais bien leur gorge selon un code couleur défini (orange, bleu ou jaune) pour s’adonner à l’équivalent de notre quasi universel chifoumi, a dévoilé une étude publiée ce jeudi 1er janvier dans la revue Science.
Chez l’homme, deux adversaires s’affrontent en rythme en faisant des signes avec leurs mains. Tantôt pierre-feuille-ciseaux, tantôt chifoumi en France (à cause d’une déformation du japonais - «hito» , «futa» et «mi» - «un», «deux» et «trois»), le jeu a résolu plus d’un dilemme entre amis. Chez les lézards à flancs maculés, aussi appelés uta, les rivaux utilisent leur cou pour afficher leur position lors de combats entre mâles pendant la saison des amours. Selon la pigmentation, orangée, bleutée ou jaunie, leur attitude change du tout au tout.
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Parmi les plus belliqueux figurent les oranges, soit un choix équivalent à la pierre. Leur stratégie affichée est de conquérir prétendantes et territoires à leurs ennemis au cou bleu, force située au milieu, comme les ciseaux entre la pierre et la feuille. Enfin, il y a les lézards jaunes, eux, très peu offensifs, ils parviennent discrètement à piquer des femelles à leurs homologues oranges, alors semblables à la subtile mais puissante feuille.
Dans le giron de ce que les scientifiques ont appelé la «game theory», associant les comportements animaux à des jeux, la découverte de l’existence d’un équivalent de notre pierre-feuille-ciseaux chez les lézards remonte aux années 1990, les docteurs Sinervo et Lively ayant fait paraître en 1996 une modélisation mathématique du jeu.
«Je suis là, ne me cherche pas»
Ce n’est que récemment, grâce à plus de dix années de travail, que les raisons de cette drôle d’habitude ont pu être éclaircies. Un groupe de recherche, formé autour du docteur Sinervo, a analysé l’ADN d’individus sauvages, car les lézards vivant en captivité ne développent pas ces couleurs lors de la période de reproduction.
D’après les résultats obtenus, les génomes des mâles orange et bleus, les plus agressifs, ne différent que légèrement, là où les jaunes et les bleus sont identiques.
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Or pour le docteur Corl, un biologiste de l’Université de Berkeley qui a pris part à l’étude, il est possible que les animaux ne soient devenus bleus qu’après avoir réussi à conquérir un territoire, comme un signe de victoire. Un argument qui tendrait à relativiser le poids du facteur génétique dans la balance, au profit d’une explication avant tout comportementale.
«Ils exhibent leur insigne, comme pour dire : “Hé, je suis là, ne me cherche pas”», décrypte le scientifique, cité par le New York Times. A quand la version de ce chifoumi nature, avec l’option vert de rage ?




