Un îlot de moins de deux kilomètres carrés, perdu au milieu de l’Océan Pacifique : loin d’être désert, l’atoll français de Clipperton héberge une concentration exceptionnelle de fous masqués, grands oiseaux marins de la famille des Sulidae. Mais leur survie est aujourd’hui menacée par la présence de rats introduits sur leur territoire dans les années 2000, alerte mardi 16 décembre la Ligue protectrice des oiseaux (LPO), à l’issue d’une expédition scientifique au mois de novembre.
Sur cet atoll corallien de 1,7 kilomètre carré, «on compte entre 120 000 et 150 000 oiseaux marins», parmi lesquels 35 000 à 40 000 couples de fous masqués, soit près de 70 % de la population mondiale de cette espèce, explique à l’AFP Cédric Marteau, directeur du pôle Protection de la nature de la LPO. Mais aujourd’hui, «tous ces oiseaux sont dans un état de conservation défavorable», alerte le scientifique, qui s’est rendu sur l’atoll et estime qu’il y a «urgence à agir».
La vie paisible des fous masqués a connu un brusque tournant au début des années 2000 : le Lili Marie et l’Occo, deux bateaux mexicains spécialisés dans la pêche au requin, font naufrage et s’échouent sur les rivages de l’îlot, en 1999 et 2001. A leur bord, des rats qui débarquent et prolifèrent au point de modifier profondément l’écosystème.
Outre les plus petits oiseaux, leur impact est spectaculaire sur les crabes rouges, dont la population est passée de 11 millions en 1968 à «entre 50 000 et 80 000 aujourd’hui». Or, ces crabes limitaient naturellement la végétation, créant des conditions favorables à la nidification des fous.
«Responsabilité» de la France
Les différences avec la dernière grande expédition scientifique sur place en 2005 sont flagrantes : «Il n’y avait quasiment pas de végétation sur l’île […]. Aujourd’hui, elle est en train d’envahir l’île», décrit Cédric Marteau. «Si on n’élimine pas les rats, les petites espèces vont disparaître et les fous seront menacés indirectement», assure-t-il.
Selon le responsable de la LPO, protéger la biodiversité de l’atoll est une «responsabilité» et un «acte de souveraineté» de la France, qui a pris possession de l’îlot en 1858. La mission de l’association, qui s’est déroulée du 11 au 22 novembre, visait à tester les conditions d’une future dératisation. Des granulés non empoisonnés, marqués au fluor, ont été dispersés pour évaluer la consommation et calibrer une opération d’éradication.
A lire aussi
Clipperton est jugée plus simple à dératiser que d’autres îlots français comme Tromelin ou Amsterdam, tous deux situés dans l’Océan Indien, où des opérations récentes ont eu des effets «immédiats» sur la biodiversité. Mais l’intervention nécessiterait un hélicoptère et accéder à l’île est un «défi logistique», estime la LPO qui souhaite lancer une opération de dératisation en 2026 ou 2027.
Les scientifiques ont également été frappés par l’ampleur de la pollution plastique échouée sur les plages. «C’est très choquant quand vous débarquez : vous ne voyez que ça, toutes les couleurs de l’arc-en-ciel», explique Cédric Marteau. La LPO plaide pour un renforcement de la protection, notamment par la création d’une aire marine protégée au-delà des 12 milles nautiques (environ 22 km) autour de l’atoll.




